Le casino de Paris accueille, pour notre plus grand plaisir, le flamboyant et extravagant bus musical, Priscilla, folle du désert © Pascal Ito Le casino de Paris accueille, pour notre plus grand plaisir, le flamboyant et extravagant bus musical, Priscilla, folle du désert © Pascal Ito
Les portes du théâtre passées, des enceintes hurlant des tubes disco et pop qui font danser la terre entière depuis plusieurs décennies, accueillent le public. Dans cette ambiance surchauffée, survitaminée de boîte de nuit, de flamboyantes drag-queens, des hommes portant des boas roses, guident les spectateurs vers leur place. Très vite, une certaine euphorie envahit la salle avant qu’elle ne plonge soudainement dans l’obscurité. Puis dans un bruit assourdissant d’applaudissements et de basses, les premières notes de l’entraînant It’s Raining men remastérisé résonnent. Le rideau se lève loin de Paris au cœur de Sydney sur la scène d’un cabaret « Queer » où trois divas suspendues dans les airs enchaînent de leurs magnifiques voix couplets et refrains.

Dans ce décor bariolé, rehaussé de strass et de paillettes, se produit la fantastique et troublante miss Mitzi, connue aussi sous le nom de Dick (fascinant Laurent Bàn). Alors que la vie coule tranquillement, l’ex-femme de ce dernier se rappelle à son bon souvenir par téléphone et lui rappelle qu’il a un fils de sept ans qu’il serait temps qu’il rencontre. Perturbé par cet appel et peu enclin à traverser seul l’aride et inhospitalier désert australien pour rejoindre la ville perdue d’Alice Springs, prétextant un engagement pour un extravagant show, il propose à son amie de longue date l’élégante et caustique transsexuelle Bernadette Bassenger (extraordinaire David Alexis), qui vient de perdre son compagnon, et à la jeune et naïve Felicia Jollydoodfellow (épatant Jimmy Bourcereau) de l’accompagner. Commence alors un road trip fait de rencontres hautes en couleurs, de drames, d’amour et d’amitié.

En adaptant en français la comédie musicale à succès créée en 2006 en Australie, inspirée du film culte de Stephen ElliotPhilippe Hersen n’a pas lésiné sur les moyens. C’est une véritable débauche visuelle et sonore, un déluge impressionnant d’effets spéciaux qui hypnotise nos yeux et emplit nos oreilles. Bien que gardant les scènes cultes et les tenues extravagantes du film original, on peut regretter que la profondeur de l’œuvre cinématographique, sa dramaturgie ne soient pas totalement respectées. Toutefois, on se laisse totalement embarquer par l’effet jukebox du show qui n’oublie pas d’aborder, même de manière très légère, l’homophobie, la transsexualité et la peur de l’inconnu.

A un rythme effréné, les tubes de Gloria Gaynor, des Village People, de Madonna et de Kylie Minogue donnent à nos corps l’envie irrépressible de se trémousser. Les répliques corrosives, les réparties cinglantes et drolatiques, fusent déclenchant les éclats de rires à répétitions. Bien que le jeu soit parfois hésitant, que le son soit saturé, et que certains tableaux virent au grotesque, au burlesque, peu importe, on assiste à un épatant son et lumière, un féerique et extraordinaire feu d’artifice qui nous en met plein les yeux.

Si le spectacle nous chavire, nous ensorcelle, c’est surtout grâce aux trois interprètes principaux, aux trois divas et à la qualité indéniable de leurs voix. David Alexis, méconnaissable, est fantastique de sincérité en Bernadette. Il donne à cette femme blessée sa fragilité, sa félinité et sa force. Laurent Bàn est un formidable Dick, une divine miss Mitzy. Il est tour à tour émouvant ou extravagant. De sa voix à la large tessiture, il envoûte littéralement l’auditoire, notamment avec une version remixée et magique d’I say a little Prayer. Quant à Jimmy Bourcereau, il donne au personnage de Felicia sa candeur et sa fraîcheur. On peut noter aussi la présence de l’excellent Fabrice de la Villehervé, parfait en beauf au grand cœur. D’Amalya Delepierre à Kania Allard, d’Ana Ka à Sofia Mountassir en passant par Stacey KingCorinne Puget ou Alice Lyn, toutes ces chanteuses enchantent la salle de leur puissant et touchant vibrato.

 

Clairement, le spectacle est loin d’être parfait, mais ça n’a clairement aucune importance, tant il se détache des autres « musicals» de la saison par son universalité et son étonnante force vitale. On ressort ainsi de ces deux heures de show déjanté et délirant avec la banane et l’envie de prolonger encore longtemps chant et danse… Une belle réussite, en somme, à ne manquer sous aucun prétexte.

Olivier Frégraville-Gratian d'Amore pour lŒil d'Olivier.

Priscilla, folle du désert, la comédie musicale. Casino de Paris jusqu'au 7 mai 2017.

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