The Valley of astonishment, dans les méandres de la mémoire

Quels mystères cachent notre mémoire ? Comment fonctionne-t-elle ? Une nouvelle fois, ce passionné de neurologie, qu’est Peter Brook, se penche sur les anfractuosités de notre cerveau. Il en scrute toutes les étrangetés. Moins inspiré que ses précédents spectacles sur le même sujet, cette « vallée de l’étonnement » séduit par le jeu des comédiens, mais se perd dans des circonvolutions superflues.

Aux Bouffes du Nord, Peter Brook nous entraîne dans un voyage surprenant dans "The Valley of astonishment" © Pascal Victor Aux Bouffes du Nord, Peter Brook nous entraîne dans un voyage surprenant dans "The Valley of astonishment" © Pascal Victor
Ici, pas de décors inutiles, sur un carré de plastique blanc posé à même le sol, 3 chaises et une table à roulettes attendent les comédiens. Un peu plus loin, un porte-manteau, sur lequel ont été abandonnées des blouses de médecins et des vestes, a été posé négligemment. Tout est calme, dénué de vie. Puis des silhouettes apparaissent. L’une après l’autre, elles prennent la parole. Chacune, dans un monologue débité en toute célérité, raconte une anecdote sur sa vie, un souvenir ancré au plus profond de sa mémoire. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, de la mémoire et notamment de celle prodigieuse de Sammy (épatante Kathryn Hunter).

Journaliste, cette petite brune aux épaules frêles ne note jamais rien. Hypermnésique, elle retient tout dans les moindres détails. Impressionné par son talent, son rédacteur en chef (remarquable Pitcho Womba Konga) la licencie et l’envoie chez un médecin neurologue (surprenant Marcello Magni) pour que ses étranges et colossales capacités soient étudiées, disséquées. Très vite cataloguée comme phénomène, elle va devenir une vedette d’un show télévisé…

Avec cette histoire singulière, Peter Brook et sa collaboratrice Marie-Hélène Estienne nous immergent dans un monde entre science et féérie, entre réalité et onirisme. Des petits riens qui font la vie de Sammy, ils esquissent le portrait d’une femme dont les capacités cognitives sont à la fois un don et une malédiction. Au fil du temps, son cerveau devient encombré de tellement de choses qu’elle n’arrive plus à retenir quoi que ce soit. Cette surcharge d’informations est un handicap qui l’amène aux portes de la folie.

Scrutant tel un scientifique l’humain, Peter Brook nous entraîne au cœur de notre cerveau, de ses méandres, de ses aptitudes. Il mêle aux données brutes des envolées lyriques, des moments de folie douce qui séduisent et envoûtent. Malheureusement, on finit par perdre le propos et un peu de d’intérêt pour cette fable douce-amère. Si les comédiens, tous fantastiques, s’en donnent à cœur joie et passent d’un personnage à un autre avec une facilité déconcertante, l’ensemble manque un peu de souffle et de poésie. Dommage !

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour l'Œil d'Olivier.

The Valley of astonishment de Peter Brook. Théâtre des Bouffes du NordJusqu’au 23 décembre 2016.

 

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