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Billet de blog 18 janv. 2018

Silvère Jarrosson, le plasticien qui fait danser la peinture

Silhouette élancée, la vingtaine rayonnante, Silvère Jarrosson a déjà vécu plusieurs vies. Si une ombre mélancolique voile son regard, ultime vestige de sa carrière de danseur avortée, le jeune homme refuse l’apitoiement. Artiste dans l’âme, il trouve dans la peinture une autre voie d’expression. Jouant des textures, il imprime à ses toiles les mouvements que son corps lui refuse. Rencontre.

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Silvère Jarrosson, le plasticien qui fait danser la peinture © Alexis Allemand

Alors que ses toiles se dévoilent aux quatre coins du monde de Paris à New York en passant par quelques galeries importantes de province, le jeune homme nous a donné rendez-vous dans un café non loin de la Galerie Hors-Champs qui lui a consacré, il y a de cela quelques mois une exposition. Jovial, le regard souriant, Silvère Jarrosson croque la vie à pleines dents. Après quelques banalités d’usage échangées, la confiance établie, le jeune homme livre son histoire faite de moments douloureux, dramatiques, et de rebondissements heureux.

La danse, une passion prenante

Tout a commencé à Paris en 1993. Père consultant, mère architecte, Silvère Jarrosson grandit à Bois-Colombes. À 7 ans, une de ses amies de classe lui parle des cours de danse classique qu’elle suit en dehors des heures d’école. « Sans vraiment savoir pourquoi, se souvient-il, j’ai eu envie de l’accompagner. Je ne m’en suis pas posé de questions, j’étais sûr de moi. C’était comme une évidence, il fallait que je suive cette voie. J’ai demandé à mes parents de m’inscrire au conservatoire de la ville. Sans aucun a priori, ils ont suivi mes envies. » Ainsi, durant trois ans, le jeune garçon sera un des plus assidus au cours. Le moindre de ses moments libres, ils les passent à la barre. Il s’entraîne sans relâche. Et son travail porte ses fruits. « A dix ans, raconte-t-il, ma professeure est venue trouver ma mère. Elle trouvait que j’avais le niveau et les capacités pour tenter le concours d’entrée à l’école de danse de l’Opéra de Paris. Elle lui a tout naturellement proposé de m’inscrire. Mes parents m’ont laissé le choix, ils savaient que c’est un endroit prestigieux, mais où la discipline est particulièrement dure, et l’examen difficile. Pour moi, comme pour tous les enfants qui s’adonnent à cet art, c’est le Saint-Graal. Je ne pouvais pas ne pas essayer. » Le jour venu, ils sont un millier à tenter leur chance. Seuls 15 filles et 15 garçons sont choisis. Silvère est l’un d’entre eux. « A cet âge-là, explique-t-il, ce qui est important pour le jury ce sont des critères physiques plus que techniques, notre musicalité, notre rythmique, notre souplesse. L’examen se passe en maillot de bain pour pouvoir observer la forme de nos genoux, de nos pieds, de nos hanches, des éléments corporels que l’on ne peut pas acquérir. »

Une école à la vie, à la mort

Une fois, reçu, le cursus de l’école de danse de l’Opéra de Paris dure normalement 6 ans et demi. « J’aurais dû le terminer à 17 ans, raconte le jeune artiste, mais en réalité la plupart des élèves redoublent au moins une fois ou sont renvoyés après l’examen de fin d’année. C’est un système très strict, très anxiogène. On bosse très dur. J’ai redoublé la quatrième division. J’avais donc 18 ans lors de la remise des diplômes. » C’est lors de cette ultime année que se joue souvent la carrière à venir des danseurs en herbe. Sous pression, pour finir leurs études, ils passent de nombreuses auditions pour intégrer une compagnie où ils pourront faire leurs premiers pas de professionnels. C’est aussi à cette période cruciale de leur enseignement qu’on leur propose des rôles de solistes. « C’est en mars 2011, se souvient-il, que j’ai été choisi pour danser à Suresnes un pas de deux, Fêtes des fleurs à Genzano du danois August Bournonville. Alors que je m’entraînais comme un fou, j’ai commencé à ressentir une forte douleur à la hanche. Je ne me suis pas inquiété sur le moment, la souffrance fait partie intégrante de notre quotidien. On s’y habitue, on apprend à vivre avec. On prend quelques antalgiques et ça passe. J’ai donc continué à danser encore et encore. J’ai tiré sur la corde. Tout s’est bien passé, mais les représentations achevées, j’étais toujours au supplice. » Sans s’en rendre compte, Silvère Jarrosson a aggravé le mal dont il souffrait. De moins en moins supportable, la douleur devient intolérable. Malheureusement, aucun médecin n’arrive à diagnostiquer la blessure dont il pâtit. Il faudra attendre que l’infection devienne septicémie pour qu’enfin, on découvre que le jeune homme est atteint d’une infection osseuse au niveau du col du fémur. « Malheureusement, raconte-t-il, j’avais atteint le point de non-retour. J’ai été hospitalisé un mois. J’avais des perfusions d’antibiotiques en continue. La bactérie ayant grignoté tout l’intérieur de l’os, tout le cartilage, après un an, il a fallu se résoudre à me poser une prothèse de hanche pour me permettre de remarcher, de bouger. À 18 ans à peine, ma carrière de danseur était déjà derrière moi. »

La peinture en ligne de mire

Il faudra beaucoup d’abnégation, de résilience au jeune homme pour dépasser cette épreuve. S’il a frôlé la mort, il s’est battu comme un beau diable pour retrouver une vie, pour aller au-delà de ce choc, de ce rêve brisé. « Je devais faire un choix radical, explique-t-il, changer de cap. Alors que le milieu artistique m’appelait, j’ai décidé de m’inscrire en faculté de biologie. Ce domaine scientifique m’a toujours passionné.» Le fougueux Silvère Jarrosson ne s’épanouit pas totalement dans cette nouvelle existence. Il lui manque ce petit grain de folie qui a toujours accompagné ses jeunes années. C’est à ce moment précis, qu’il fait la connaissance d’un peintre. Son travail sur l’art abstrait fascine l’étudiant. « En moins de 24 heures, s’amuse-t-il, j’ai décidé de me lancer, et de à la peinture. Comme pour la danse, je n’ai pas hésité. Je savais que c’était la nouvelle voie que je devais suivre pour m’épanouir. » Très vite, le jeune artiste s’intéresse au Dripping et à l’Action painting, techniques rendues célèbres par Jackson Pollock qui consistent à utiliser le corps comme moyen d’expression, au dessus d’une toile horizontale. « Les mouvements du corps, explique le jeune homme, engendrent et dirigent ceux de la peinture qui coule, se plisse et s’étire. A la façon d’une partenaire rebelle, la peinture ne se laisse pas diriger facilement, s’improvise et fait faux bond de telle sorte que seule l’habitude et la subtilité des mouvements peuvent parfois faire émerger de cette danse picturale, la forme artistique voulue. La réalisation d’une toile, si simple lorsque l’exécution est parfaite, peut en revanche prendre l’apparence d’une lutte dans le cas contraire, les litres de peinture se recouvrant et se mélangeant les uns les autres. »

Pour vous faire votre propre idée sur cce jeune homme passionné qui se donne corps et âme à son art, poussez les portes de la Vanities Gallery qui consacre jusqu’au 8 février une exposition intitulée De Natura signée Silvère Jarrosson.

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour l'Œil d'Olivier. 

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