Sur la route de Madison, le récit d’une passion incandescente

Au-delà du temps qui défile, des mots jamais dits, l’amour, le vrai, reste à jamais gravé dans nos mémoires. C’est cette passion qui chamboule deux vies à jamais que joue avec intensité, fragilité, Clémentine Célarié et Jean-Pierre Bouvier au théâtre du Chêne noir. Loin des images époustouflantes du film de Clint Eastwood, Anne Bouvier esquisse par touches un huis-clos passionné. Troublant !

Au théâtre du Chêne noir, Clémentine Célarié et Jean-Pierre Bouvier réinventent le duo mythique de Sur la route de Madison © Chantal Depagne Au théâtre du Chêne noir, Clémentine Célarié et Jean-Pierre Bouvier réinventent le duo mythique de Sur la route de Madison © Chantal Depagne
Tout commence devant la maison de Frannie. Corps courbé, la vieille dame (éblouissante Clémentine Célarié) s’avance d’un pas hésitant vers une tombe, celle de son mari. A l‘aube de sa propre mort, elle est bien décidée à libérer sa conscience du secret qui la hante depuis trop longtemps. De sa voix chevrotante, elle conte le récit de la courte, intense et charnelle liaison qu’elle a eue le temps d’un week-end, il y a longtemps, avec un photographe du National Geographicvenu explorer la région et découvrir les célèbres ponts couverts du comté de Madison dans l’Iowa.

D’origine italienne, la belle et pulpeuse Francesca, dite Frannie, coule des jours paisibles dans la ferme familiale. Mère de deux adolescents, épouse tranquille, elle se contente du peu que lui accorde sa morne existence. Elle a appris à aimer cette vie campagnarde entourée de gens simples. Alors que son époux et ses enfants sont partis faire concourir un des prometteurs veaux de leur exploitation, un étranger (animal Jean-Pierre Bouvier) sonne à sa porte. Très vite, le trouble s’installe entre eux. Il a suffit d’un battement d’un cil, d’un regard, d’un mot échangé pour que leur vie soit chamboulée à tout jamais. Pris dans un tourbillon passionnel, ils vont se laisser emporter par le désir qui gronde au plus profond de leur être.

En adaptant le roman éponyme de Robert James Waller, Anne Bouvier s’est lancée une sacrée gageure, faire oublier le très beau long-métrage de Clint Eastwood et le duo magique qu’il forme à l’écran avec Meryl Streep. S’affranchissant de l’univers visuel de ce comté retiré qu’est Madison et des images gravées dans nos mémoires, elle se concentre sur la psychologie des personnages, ainsi que sur la passion dévorante, brûlante qui va unir à jamais nos amants, au-delà du temps et de l’espace. Grâce à un ingénieux plateau sur pivot qui permet de passer de l’intérieur à l’extérieur de la ferme de Frannie, elle donne une autre couleur, une autre profondeur à cette histoire d’amour d’une rare intensité.

Si nous sommes nous aussi totalement embarqués sur les chemins sulfureux et sensuels de la carte du tendre, c’est notamment dû à la présence scénique flamboyante de Clémentine Célarié et ténébreuse deJean-Pierre Bouvier. Toute en fragilité, la fascinante comédienne donne corps à cette mère de famille aimante et esseulée totalement consumée par cette passion dévorante, brûlante. Malgré l’étrange et surprenant accent qu’elle prend pour incarner la timide italienne, elle est bouleversante dans ce rôle de femme vibrante et humaine qui lui va comme un gant. Face à elle, Jean-Pierre Bouvier ensorcèle de sa voix grave si particulière, si chaude. Véritable bourreau des cœurs, il se glisse avec une facilité déconcertante dans la peau de cet aventurier, plus habitué aux conquêtes d’un soir qu’à l’amour éternel. Un brin bourru, il laisse fondre sa carapace totalement happé par le charme charnel de la belle Frannie.

ourrez au théâtre du chêne noir et Laissez-vous tenter par cette romance poignante portée par deux monstres sacrés du théâtre français. Cœurs sensibles, prenez vos mouchoirs, émotion garantie !

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour L'Œil d'Olivier.

Sur la route de Madison de Robert James Waller
Festival d’Avignon Le Off
Théâtre du Chêne noir
8 bis, rue Sainte Catherine
84000 Avignon
jusqu’au 30 juillet 2017
tous les jours à 19h45, relâches les 10, 17, 24 juillet 2017
Durée 1h30

Mise en scène d’Anne Bouvier assisté de Pierre Hélie
Avec Clémentine Célarié, Jean-Pierre Bouvier, Gérald Cesbron
Scénographie d’Emmanuelle Roy assistée de Marine Brosse
Musique de Raphaël Sanchez
Lumières de Denis Koransky
Costumes de Christine Chauvey

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