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Billet de blog 20 novembre 2016

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Proust-dire Combray, un voyage ensorcelant au pays de l’enfance

Les phrases proustiennes coulent, fluides. Elles prennent vie grâce au fabuleux talent de conteur de Michel Voïta. Le parc, l’escalier, la chambre de l’enfant attendant le baiser de sa mère, se dessinent avec une netteté incroyable. Stimulant adroitement notre imagination, le comédien nous embarque dans un voyage fascinant à travers le temps au cœur des souvenirs émus du narrateur.

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Illustration 1
Proust-dire Combray, une délicieuse et savoureuse madeleine au parfum suranné à déguster lentement, passionnément. © Jérémie Voïta

Dans un écrin noir velours, Michel Voïta fait son entrée. Il se dirige lentement vers la chaise et la table en bois élimé qui trônent au centre de l’étroite scène et qui servent d’unique décor. Vêtu de sombre, il s’installe tranquillement, un livre de poche à la main. C’est un exemplaire du premier tome d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, intitulé Du côté de chez Swan. De sa voix chaude, suave, il commence la lecture d’un premier extrait du roman. Très vite, il dérive, pose le texte et nous embarque sur des routes chaotiques  de campagne.

Loin des murs du théâtre parisien, on se projette dans les jardins de la vieille bâtisse où notre jeune narrateur a vécu les plus beaux moments de sa vie. Très vite, on pénètre dans l’habitat bourgeois, on suit les divagations rêveuses de l’homme tentant de trouver le sommeil. Avec une précision hallucinante, Marcel Proust décrit la complexité de l’endormissement. Il nous entraîne dans cet entre monde, où la conscience s’égare, où nos souvenirs souvent enjolivés se rappellent à nous. De sa prose lapidaire et foisonnante, il nous entraine sur les trace de son enfance « combraysienne ». Il se souvient ému de la maison bourgeoise de ses grands-parents, celle qui jouxte le domaine de ce cher Swann, dandy flamboyant qu’idéalise notre conteur. Puis le réveil le saisit. Perdu dans ses pensées, il ne sait où il est. Agressé par une odeur de Vétiver, par le violet des rideaux, enfin, il retrouve ses esprits, sa vie d’adulte loin du Combray à jamais perdu.

Totalement envoûté par les intonations, les inflexions parfaitement modulées et la tessiture si chaleureuse de la voix de Michel Voïta, on se laisse totalement embarquer dans ce voyage littéraire. Passionné par l’écriture proustienne, avec volubilité, il en saisit les moindres fluctuations, les plus infimes détails et lui redonne vie. Tour à tour, enfant, jeune homme ou adulte, il est Marcel. Il est ce petit garçon fragile, attendant désespérément le baiser maternelle de l’avant coucher. Il est ce neveu submergé de vieux souvenirs par une bouchée de madeleine trempée dans le thé offert par sa tante Léonie. Il est cet homme en proie aux angoisses de l’âge adulte qui se réfugie dans les souvenirs ouatés de sa tendre enfance.

Enjôleur, les yeux dans les yeux, Michel Voïta ménage magistralement tous les effets de son interprétation. Qu’on soit amoureux du langage proustien ou rétif à sa prose logorrhéique, on se laisse prendre au jeu de cette lecture théâtralisée. Le ténébreux comédien offre à un public conquis une (re) découverte de l’écrivain. C’est captivant.

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour l'Œil d'Olivier.

Proust-dire Combray, lecture d’extrait Du côté de chez Swann de Marcel Proust. Théâtre de la Huchette. Jusqu’au 19 décembre 2016, tous les samedis à 21h, tous les lundis à 20h.

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