Les chatouilles d’Andréa Bescond… récit bouleversant et drôle de l’innocence volée

C’est un coup de poing d’une violence inouïe. C’est une comédie humaine, drôle et poignante. C’est une danse troublante et intense. C’est un cri de douleur hallucinant où légèreté et humour combattent avec force l’insupportable, l’innommable acte. Portée par la lumineuse et fantastique Andréa Bescond, ce spectacle brillant, singulier et terriblement audacieux, dénonce le viol, la pédophilie.

Au devant de la scène, une enfant de 8-9 ans (hallucinante Andréa Bescond), blonde comme les blés, est assise de dos. Eclairée d’un halo de lumière, Odette, c’est son nom, dessine. Tout semble lui sourire. Un homme s’approche. Il s’appelle Gilbert. C’est un ami de la famille. Heureuse et flattée qu’un adulte s’intéresse à elle, elle se laisse faire et accepte de jouer aux chatouilles. Ce mot naïf et enfantin cache l’innommable, l’inqualifiable les gestes déplacés, tus, les actes agressifs, honteux, les violences subies sans un cri. L’enfant grandit. L’homme continue ses sévices. Odette rêve d’être sauvée, de fuir. C’est dans la danse qu’elle trouve un refuge. Avec rage, elle excelle. Incapable de mettre des mots sur ce qu’elle endure, elle se bat avec ses armes, avec son corps. Ses gestes sont saccadés, brutaux, emportés. Ils deviennent colère. Ces mouvements cassés, brisés sont incapables de prendre de l’ampleur.

Elle s’échappe de cette enfance volée, que ces parents n’ont pas su protéger. Elle s’éloigne de cette mère en déni qui refuse de voir l’évidence. Elle veut oublier. Elle se jette avec excès dans le tourbillon de la vie. Elle s’abîme dans le sexe, dans l’alcool et la drogue. L’autodestruction est en marche. Puis, la parole se libère. C’est le temps du procès. Loin d’être totalement salvateur, il la délivre en partie de ce poids trop longtemps porté, supporté. De cet exutoire, Odette tire une incroyable force.

Loin d’être scabreux ou misérabiliste, le texte, étonnement pudique, écrit par Andréa Bescond, est d’une incroyable beauté. Poétique, drôle et  émouvant, il séduit autant qu’il émeut. Les mots percutent, troublent et obligent à regarder cette crue réalité droit dans les yeux sans faillir. Le style est direct, concis, sans détour. Sa véhémence n’a d’égal que son humour ravageur.

Seule sur scène, l’artiste se donne à fond. Avec une virtuosité et une aisance incroyable, Andréa Bescond change d’attitudes et de voix, interprétant la dizaine de personnages qui égrènent son poignant récit. La sobre mise en scène d’Eric Métayer allie avec justesse et ingéniosité texte et danse.

Effroyablement drôle, terriblement glaçant, profondément humain, ce spectacle est un véritable uppercut. C’est brillant, sensible, fascinant et saisissant… A ne rater sous aucun prétexte…

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore, éditeur de l'Œil d'Olivier.

Actuellement au Théâtre du Petit-Montparnasse

du mardi au samedi à 21h, matinée : samedi à 16h30

 

avec Andréa Bescond

texte et Chorégraphies de Andréa Bescond

mise en scène d’Eric Métayer

Lumière de Jean-Yves de Saint-Fuscien

Sonde Vincent Lustaud

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