Immigration : l’irresponsable déchirement de la gauche

La gauche se divise sur la question migratoire, pour le plus grand bonheur de la droite et de l’extrême droite. Les divergences, pourtant minimes, sont exacerbées à des fins politiciennes insupportables et contre-productives. Les questions essentielles, elles, restent sans réponses.

Macron s’effondre, l’extrême droite progresse partout, les inégalités sociales explosent et la crise écologique menace la survie de notre civilisation.

Que fait la gauche ? Elle se déchire sur la question de l’immigration dans une attitude irresponsable, motivée par un calcul politique détestable.

Au risque de choquer, je vais mettre les pieds dans le plat en tant que citoyen exaspéré par ce spectacle déplorable. Je le fais en précisant que je n’appartiens à aucune formation politique, que je suis profondément attaché à l’accueil inconditionnel des réfugiés, et que les politiques d’Emmanuel Macron et la montée de l’extrême droite m’horrifient. 

Quel est le fond du problème ? Il y a une gauche combative qui cherche à gouverner, et une gauche minoritaire qui cherche à exister. La première défend depuis 2016 une position discutable (nous y reviendrons) en se prononçant contre l’immigration économique légale. La seconde pratique l’amalgame, la caricature et les contre-vérités pour repeindre la première en rouge brun.

Personne ne peut croire que dans ce débat, c’est de l’accueil des migrants qu’il s’agit, ou de la lutte contre l’extrême droite. D’abord parce que le fameux manifeste brandi comme un glaive par certains politiques n’a pas un mot sur la souffrance liée à l’émigration ni sur les causes de la montée de l’extrême droite. Ensuite, sur la question de l’accueil, la France Insoumise va beaucoup plus loin que ceux qui la critiquent (à l’exception du NPA) en proposant la régularisation de tous les sans-papiers, la sécurité sociale intégrale, l’État employeur en dernier recours et promet de désobéir aux traités européens si Bruxelles s’oppose à ses projets.  La France insoumise à un programme clair, très imparfait, mais cohérent. Ceux qui la critiquent restent dans un flou confus, comme le démontrent leurs réponses au questionnaire de Médiapart. Pour rappel, le PS veut renforcer Frontex, ne condamne pas les charters et défend le tri des réfugiés. EELV ne dit rien de la régularisation des sans-papiers, et Génération. s ne répond qu’à la moitié des questions. Tous ces représentants avaient voté les lois insupportables de Valls. On se moque du monde.

Personne à gauche ne semble se poser la question des causes de la montée de l’extrême droite. Ceux qui pensent que ce sont uniquement les discours anti-immigrants qui font monter la xénophobie épousent une logique fasciste qui nie la capacité de réflexion des gens et la réalité de leur propre expérience. Nous y reviendrons.

Les critiques ne visent en priorité ni les politiques inhumaines de Macron ni la rhétorique inadmissible de l’extrême droite et de cette gauche « Charlie Hebdo — Laurent Bouvet » ouvertement islamophobe et désormais capable de s’abaisser à promouvoir l’idée contradictoire d’un racisme antiblanc. Non, le cœur du débat porte sur une question dont Médiapart nous apporte pourtant la preuve qu’il est impossible de répondre, celui de l’impact de l’immigration économique.

Ce débat n’arrive pas par hasard. Ce n’est pas la première fois que Macron ferme les ports français à l’Aquarius, et les positions de LFI n’ont pas évolué depuis 2016.

Pourquoi ces attaques répétées en provenance du NPA, du PCF et de Générations qui instrumentalisent honteusement ce magnifique « manifeste pour l’accueil des migrants » à des fins politiciennes déplorables ?Y aurait-il une élection européenne en vue et un congrès communiste imminent ?

Revoyons le film, avant de débattre du fond.

Le 4 septembre, Sahra Wagenknecht lance Aufstehen. Au fin fond d’un manifeste tourné vers les questions économiques et sociales, elle dénonce la politique migratoire de Merkel, réaffirme l’importance du droit d’asile et de l’accueil des migrants et remet en cause les bienfaits économiques de l’immigration en Allemagne. Et elle a raison sur ce dernier point :  comme l’explique Romaric Godin, l’immigration a eu un effet négatif sur les salaires allemands depuis 2014, sans même parler des attaques du patronat vis-à-vis du salaire minimum. 

La presse française s’est extasiée sur l’émergence d’une gauche anti-migrants. C’est une fable médiatique, déconstruite par Acrimed et Le Monde diplomatique, mais reprise par de nombreux leaders politiques de gauche français, dans le but d’écorcher La France Insoumise.

La semaine précédente à Marseille, Jean-Luc Mélenchon tenait un discours de lancement de campagne pour les Européennes, scrutin qu’Emmanuel Macron cherche à réduire à un referendum sur l’Europe.

La solution ? En faire un referendum anti-Macron. Pourquoi ? Parce que le parlement européen n’a aucun pouvoir. La politique migratoire n’est pas de son ressort, et toutes les prises de position qui sont allées à l’encontre des intérêts financiers (glyphosate, PE…) ont été désavouées par la Commission européenne. Même l’article 7 voté pour punir la Hongrie et la Pologne de dérive fasciste a été retoqué par le Conseil européen.

Le parlement européen n’est qu’une tribune, comme l’Assemblée nationale. Donc cette élection doit permettre d’élire des députés capables de dénoncer les traités européens. Ce n’est ni un referendum pro ou anti-européen, ni un scrutin pour ou contre l’Europe sociale, et encore moins un vote pour ou contre l’accueil des migrants.

Quelle est la cause principale que LFI veut porter à Strasbourg ? L’écologie, qui occupa les trente premières minutes du discours de Mélenchon. Pas l’immigration, qui fut traitée en trois minutes.

La semaine suivante, ce dernier menait une opération séduction auprès de l’aile gauche du PS. Loin de chercher l’hégémonie, Mélenchon affirmait que le programme serait de nouveau débattu et mis à jour. Que les listes aux Européennes étaient ouvertes. Et surtout, qu’il n’était pas question de sortir de l’Europe (seulement des traités, en dernier recours).

La France Insoumise construit également des alliances internationales. Avec Die Linke, Podémos et le Bloco portugais. Mélenchon est invité à Liverpool par Jeremy Corbyn. La France Insoumise avance. Elle tend des mains en France et en Europe, cherche à nouer des alliances.

C’est dans ce contexte que la gauche européiste a décidé de placer l’immigration au cœur du débat politique, cherchant à se refaire un électorat sur le dos des migrants de façon hypocrite et dangereuse pour la cause qu’ils prétendent défendre.

Détaillons ces deux points et examinons le fond du débat. REVENU UNIVERSEL

 

1) Il n’y a pas de crise migratoire

En décortiquant les réponses au questionnaire publié par Médiapart, on se rend compte que toutes les organisations politiques « de gauche » s’accordent sur les faits les plus basiques. Non, il n’y a pas de « crise migratoire », les flux sont comparables avec ceux des 20 dernières années. Oui, il y a eu une vague d’immigration entre 2013 et 2015, mais même au paroxysme de celle-ci, il n’y a pas eu de hausse particulière des arrivées en France.

C’est un premier point capital : il n’y a pas de crise migratoire. Ce simple constat devrait en lui-même couper court à tout « déchirement » à gauche.

 

2) Pour un accueil des migrants

Les différentes formations de gauche défendent unanimement l’action des ONG, dénoncent la loi asile immigration, défendent (et veulent étendre) le droit d’asile. La France Insoumise et le NPA sont les plus volontaristes sur ces questions, en proposant une régularisation massive des sans-papiers. Quant à la militarisation des frontières, tout le monde (sauf le PS) dénonce cette chimère inhumaine et inefficace.

Et on ne peut que leur donner raison. D’innombrables études montrent que le durcissement des frontières et les politiques dissuasives, y compris la séparation des familles et l’emprisonnement des enfants, ne dissuadent pas l’immigration. 

Enfin, toutes les formations de gauche reconnaissent que l’immigration n’est pas la cause du chômage ou du recul des acquis sociaux en France.

Il n’y a donc pas la moindre ambigüité sur la question de l’accueil. Ceux qui affirment le contraire mentent. Le débat porte uniquement sur l’immigration économique légale et le principe de frontière.

 

3)  Frontière économique ou « no borders »,  une double hypocrisie électoraliste ?

Sur la question de la frontière et de la liberté d’installation, le questionnaire publié par Médiapart permet d’identifier trois positions distinctes.

  • Le PS est pour le renforcement des frontières, en particulier au niveau européen. Mais ça ne gêne personne.
  • Le NPA/PCF/EELV veulent supprimer les frontières en France et réduire ou supprimer les frontières au niveau de l’UE. Certains (pas Génération. s) défendent la libre installation. C’est une position que l’on résume en règle générale par le terme « no borders », et c’est celle plus ou moins clairement défendue par « le manifeste pour l’accueil des migrants ».
  • La France Insoumise, elle, se prononce contre la liberté d’installation et pour le maintien d’une frontière en France, qui s’inscrit dans sa conception de protectionnisme solidaire et sa dénonciation de la directive sur les travailleurs détachés.  Son but est uniquement de contrôler l’immigration économique légale.

Or cette immigration ne représente que 10 % des flux, soit environ 20 000 personnes par an. Autrement dit, rien.

Pour caricaturer, les « no borders » font de l’électoralisme pour bobos, et LFI de l’électoralisme pour classes populaires. Lequel favorise l’extrême droite ?

 Est-ce plus hypocrite de dire « on continuera de contrôler l’immigration économique légale » en sachant qu’elle ne représente pas grand-chose, ou « on ne veut aucune aucune frontière » en sachant qu’on n’a pas les moyens de le faire à l’échelle européenne ?

Lequel de ces deux discours valide les thèses d’extrême droite ? Dans un cas, elle pourra dire « même à gauche ils veulent limiter l’immigration économique ne dépendant pas du droit d’asile » et dans l’autre « ils veulent supprimer toutes les frontières, nous allons être submergés ».

À en croire les scores à la présidentielle de 2017, où LFI a fait reculer le vote FN, la première option serait la bonne. Mélenchon a fait 24 % chez les ouvriers, Hamon 5 %.  

 

 4) Impact économique de l’immigration : le faux débat

Romaric Godin nous apporte la réponse à cette question dans un remarquable article pour Médiapart. Le Verdict ?  Cela dépend.

Souvent, l’immigration produit un effet positif, car les immigrés occupent des emplois dont les natifs ne veulent pas, vivent dans des ghettos dont les natifs ne veulent plus, et sont plus jeunes et en meilleure santé que la moyenne de la population locale (donc, coutent moins qu’ils ne contribuent à la sécurité sociale). C’est dit un peu crûment, et semble contraire à l’humanisme dont les « no borders » se réclament, mais de nombreuses études citées par Romaric Godin abondent dans ce sens.

Dans d’autres circonstances, l’immigration conduit à la baisse des salaires et de l’emploi des natifs. Ce fut le cas en France entre 1990 et 2010, mais seulement pour les catégories professionnelles placées directement en concurrence avec les immigrés, selon une étude des économistes de la CEII. Au Royaume-Uni, les entreprises sont obligées d’augmenter les salaires pour faire face à la pénurie d’immigrés provoquée par le Brexit, selon le journal les Échos. En Allemagne, la Bundesbank a identifié un effet négatif sur les salaires depuis 2014. Cette immigration avait également été instrumentalisée pour fragiliser le salaire minimum, sans succès.

Romaric Godin conclut : « Depuis les années 1980, des centaines d’études empiriques ont été publiées sur le sujet. Leurs résultats sont souvent contradictoires et partiels, et il est difficile d’en tirer des conclusions définitives. » En clair, impossible de prévoir si l’immigration aura un effet (et dans quel sens) sur les salaires et les emplois français. Mais c’est un faux débat, puisque les flux migratoires sont ridiculement bas. 

 

5) La gauche intellectuelle vit dans une bulle

Armés de nos chiffres implacables et de nos études empiriques réconfortantes, nous pourrions aisément tenir un discours hors sol qui chanterait les bienfaits de l’immigration et fustigerait le principe de frontière. Je me suis longtemps identifié à cette ligne donc la logique parait implacable.

Mais si nous avions à ce point raison, comment expliquer les poussées spectaculaires de l’extrême droite ? Les Italiens, Allemands et Suédois se seraient-ils transformés en racistes du jour au lendemain ? 

Une réponse facile consiste à pointer du doigt les médias et les responsables politiques qui instrumentalisent les peurs pour faire monter la haine. Il y a surement de cela, le racisme des « élites » est un fait indiscutable que nous pouvons observer quotidiennement, y compris sur l’audiovisuel public. 

Mais dire que les peuples sont racistes uniquement parce qu’ils seraient manipulés, c’est adopter un point de vue fasciste qui nie en bloc leur propre expérience et capacité de penser par eux même. 

La conclusion de l’article de Romaric Godin sur l’impact économique de l’immigration nous donne une autre piste : « Les effets négatifs sont souvent diffus, centrés sur certains secteurs et compensés par d’autres, plus positifs »

D’où cette question rhétorique : quelles classes sociales « subissent » les aspects « négatifs » de l’immigration ?

"Les écarts sociaux dans le rapport à l’immigration ne sont pas le fruit d’une fatalité. Ils résultent bien souvent de lois, de politiques urbaines, de décisions politiques qui organisent la mise en concurrence des travailleurs français et immigrés, ou qui protègent les classes supérieures de la concurrence étrangère (...)  les foyers pour travailleurs immigrés sont surtout installés dans des quartiers populaires" nous explique Benoit Brévile (le Monde diplomatique : Embarras de la gauche sur l’immigration, avril 2017).

Dans son livre enquête « Anatomie d’une colère de droite », le sociologue Arlie Horschild (Université de Berkley) cherche à comprendre pourquoi les classes populaires blanches de Louisiane votent systématiquement pour les conservateurs, dont les politiques vont directement à l’encontre de leurs intérêts. La réponse est la même que celle démontrée par une demi-douzaine d’enquêtes postélectorales cherchant à expliquer le vote Trump : le ressentiment raciste et la peur du déclassement, exacerbé par les politiques volontaristes et la discrimination positive. Autrement dit, le discours "no border" fait monter l’extrême droite. 

Ce que confirme Ezra Klein, fondateur de Vox, dans une longue enquête sur la montée du ressentiment des hommes blancs aux USA.On citera également cette remarquable enquête de Mathieux Magnaudeix pour Médiapart « Retour en terre trumpiste »  et cette enquête du Washington Post. La conclusion est identique : la peur du déclassement est au cœur du vote xénophobe. 

Ce ressentiment est trop souvent nié par une partie de la gauche intellectuelle. Sur LeMédia, Laurence de Cock disait « l’insécurité culturelle, c’est une fable ». À l’entendre, les électeurs anti-migrants seraient d’irrécupérables racistes. Ils basculeraient vers le FN sans raison.

Cela permet de comprendre pourquoi le « manifeste pour l’accueil des migrants » part du principe que « Dans les décennies qui viennent, les migrations s’étendront, volontaires ou contraintes (..). Les réfugiés poussés par les guerres et les catastrophes climatiques seront plus nombreux. » et affirme « Il est illusoire de penser que l’on va pouvoir contenir et a fortiori interrompre les flux migratoires ».

Ce texte met les Français (et l’Afrique) devant un fait accompli. L’immigration va augmenter et on ne peut rien y faire. Cela s’appelle un suicide politique qui poussera nécessairement les électeurs vers la droite et l’extrême droite. Si Salvini est passé de 15 à 30 % d’intention de vote en deux mois, ce n’est pas parce que les Italiens se sont transformés en racistes du jour au lendemain. Son arrivée au pouvoir marque le retour de l’autorité de l’État et de la souveraineté dans un pays humilié par l’Union européenne, placé sous tutelle économique par Berlin et ayant subi un véritable coup d’État technocratique en 2011. N’en déplaise à certains, les peuples ont leur fierté.

La position défendue par le manifeste pour l’accueil des migrants ne peut s’expliquer que comme la conséquence de la négation de toute « insécurité » vis-à-vis de l’immigration et une déconnexion spectaculaire avec les classes populaires. Déconnexion qui se retrouve aussi dans cette volonté de nier le désir de travail et de salaire que représente l’idée d’un revenu universel défendu par EELV et Génération. s. Elle s’inscrit dans cette même logique qui fait exploser le ressentiment raciste aux USA.

 

6) L’immigration provoque-t-elle le vote d’extrême droite ?

Les deux pays européens les plus riches (Allemagne et Suède) sont ceux qui viennent d’observer la plus spectaculaire progression de l’extrême droite. Or ce sont les deux premiers pays de l'UE en nombre de réfugiés hébergés par habitant.

L’Italie a dû faire face seule à des flux conséquents, et embrasse désormais Salvini. En Europe de l’Est, c’est l’exode des jeunes nationaux qui explique la montée de l’extrême droite, comme le montre très bien le dossier « Bouleversement démographique en Europe » publié dans le monde diplomatique de juin 2017.

Aux États-Unis, Donald Trump a tiré parti de l’angoisse créée par l’évolution démographique qui relèguera bientôt la population blanche au rang de minorité ethnique.

Pourtant, dans chaque pays, ce ne sont pas nécessairement les régions les plus « exposées » à l’immigration qui votent le plus à l’extrême droite.

Ce ne serait donc pas l’immigration qui pousse les natifs à voter pour des candidats xénophobes, mais la peur du déclassement, provoquée aussi bien par la peur de l’immigration que par l’émigration massive. De nombreuses études sociologiques et psychologiques viennent corroborer ce fait.

Nous en citerons brièvement trois, car leurs résultats sont spectaculaires :

  • En 2014, les psychologues Maureen Craig et Jennifer Richeson présentent un questionnaire identique à deux groupes de 400 personnes blanches, habitants en Californie, non affiliés politiquement (au centre entre le parti républicain et le parti démocrate). Le questionnaire du premier groupe débute par une question supplémentaire "savez-vous que les blancs constituent désormais une minorité ethnique en Californie ? ». Ce groupe choisit des positions 11 % plus à droite que le second groupe, à qui cette question supplémentaire ne fut pas posée.
  • Ce résultat est confirmé par une seconde étude effectuée en 2016 sur un groupe plus hétérogène, avec un écart similaire, et une troisième expérience prenant le parti inverse de « gauchiser » des immigrants asiatiques en introduisant une question liée à la menace de perte de titre de séjour.
  • L’université d’Harvard a produit une étude encore plus spectaculaire. Des groupes de volontaires originaires d’Amérique latine furent envoyés dans des stations de métro de banlieues de Boston, à majorité blanche, pour y prendre le train. Les enquêtes d’opinions ont montré qu’en trois jours, les habitants de ces quartiers pourtant de gauche et relativement aisés, avaient basculé à l’extrême droit sur les questions d’immigration. En trois jours !

La gauche ne doit pas ignorer ces peurs. Elles sont tout aussi réelles et mesurables que les flux migratoires. Comment en tenir compte ? 

 

7) Immigration : le suicide collectif de la gauche.

La droite veut supprimer la sécurité sociale, privatiser tous les secteurs publics, rendre dégressif l’assurance chômage, conditionnelle les minimas sociaux, et baisser les prestations sociales pour baisser l’imposition des riches et des multinationales.

L’entendez-vous faire campagne sur ces thèmes ? L’entendez-vous refuser toute démagogie pour dire exactement ce qu’elle compte faire, et comment elle compte le faire ?

Bien sûr que non !

La droite fait campagne sur la sécurité et l’immigration, et ne s’inquiète pas une seconde de la nature démagogique de ses positions.

Mais la gauche, elle, fait l’inverse. Elle fait campagne sur les thèmes de droite, et se refuse la moindre approximation, au point d’attiser les peurs. 

Les Anglais ont une expression pour désigner cette attitude : venir à un duel au révolver avec un couteau en plastique. Il faut cesser ces "pudeurs de gazelles". 

D’abord, en refusant de faire de l’immigration un sujet central.

Ensuite en combattant systématiquement, chiffre à l’appui, les discours mensongers sur l’existence d’une crise migratoire, d’un « grand remplacement » et de l’efficacité des frontières militarisées. Cela, tous les partis de gauche le font.

Enfin, il faut tenir un discours rassurant qui affirme le rôle de l’État et la nécessité d’une frontière économique destinée à protéger les emplois, tout en proposant des politiques pour agir sur les causes. Non seulement ce discours rassure à moindres frais, mais il permet surtout de porter le combat sur un autre terrain. Celui de l’acquisition de droits nouveaux (y comprit pour les sans-papiers qui seront régularisés), celui de la lutte contre le réchauffement climatique et contre le libre-échange. 

Certains partent du principe que le développement économique de l’Afrique augmentera le nombre de candidats à l’immigration. C’est vrai, si on considère un développement économique type 20e siècle. Mais ce qui est urgent de faire, c’est de protéger l’enracinement des économies africaines, en particulier l’agriculture vivrière. Précisément ce que les traités de libre-échange menacent directement.

C’est ce que fait, parfois maladroitement, la France Insoumise. 

À l’inverse, en abandonnant la question des flux migratoires au domaine de l’exogène et en tenant un discours « no borders », la gauche européiste ferait le jeu de l’extrême droite. Tout cela pour quoi ?

Pour exister électoralement.  L’urgence écologique et sociale exige mieux que cela. 

 

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