La réforme des retraites n'est ni justifiable ni justifiée

Comment justifier une réforme injustifiable ? En attaquant les régimes spéciaux tout en produisant des fakenews à la pelle.

1) Il n’y a pas de déficit

Comme l’explique le journal Le Monde (qui défend pourtant la réforme à coup d’éditoriaux plus comiques les uns que les autres), les régimes spéciaux et complémentaires sont assis sur 127 milliards d’euros de réserves, le régime général dispose d’un trésor de 36 milliards. Citons les décodeurs qui sont navrés de confirmer « il existe bien une cagnotte de 127 milliards pour financer les retraites ». Or le déficit prévu par le COR, qui a toujours prédit des déficits pires que ceux constatés, n’est que de 17 milliards en 2025 dans le scénario le plus pessimiste. Ce scénario ne prend en compte ni la cagnotte de 127 milliards ni le remboursement de la CADES qui va libérer 24 milliards en 2024, et par an ! Citons Le Monde : « Et ce sans même compter la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), qui représentera à partir de 2024 une manne supplémentaire de « 24 milliards d’euros par an ». Quant à la Commission européenne, qui encourage le gouvernement à faire la réforme, elle prévoit une baisse de 3 pts de PIB des couts de retraite d’ici 2070 (soit 23% de baisse des dépenses !) Emmanuel Macron le disait lui-même en 2017 : « le système est financièrement à l’équilibre ».

Et quand bien même il ne le serait pas, on parle de 17 milliards d’euros de déficit cumulé en 5 ans (ou plutôt 11 dans le scénario central du COR retenu par Les Échos) sur un budget de 310 x 5 ans = 1850 milliards.

 

2) Les dépenses de retraite ne vont pas augmenter en % du PIB, il n’y a donc pas besoin de « travailler plus longtemps »

 C’est le rapport du COR qui le dit, rapport commandé par le gouvernement pour justifier la réforme. Lire La Tribune « Le rapport qui embarrasse le gouvernement »

 

3) On vit plus longtemps (en moins bonne santé), mais on est plus productif

Les dépenses de retaires n’augmentent pas, toujours selon le COR. Ce sont les recettes qui diminuent à cause de l’austérité budgétaire imposée par le gouvernement. La Tribune explique cela très bien ici. On parle d’une perte de 12 milliards du fait de la baisse du nombre de fonctionnaire (cf explication ici), et une perte de 40 milliards causés par les exonérations de cotisations patronales et sociales (sources ).

En réalité, même si le nombre de retraités augmente, les réformes ont déjà été faites et réduisent déjà les dépenses, alors que la productivité (et le PIB) augmente plus vite que les nouvelles dépenses. Donc, redisons-le : on n’a pas besoin de travailler plus longtemps, même si on vit plus longtemps, car les actifs sont de plus en plus productifs.

 4) Les pensions de retraite vont baisser drastiquement 

Ce n’est pas moi qui le dis, mais le magazine Capital. Et c’est fait exprès, pour encourager la retraite par capitalisation déjà prévue par la loi PACTE, grâce aux conseils de Blackrock (entre autres). Lisez Les Échos pour vous en convaincre (ou Médiapart).

 

5) Les régimes spéciaux ne sont pas privilégiés et ne sont pas au cœur de la réforme

Non seulement ils sont excédentaires (donc ne coutent rien), représentent que 3 % (3 pour cent) des actifs, mais en plus ils sont majoritairement justifiés par des conditions de travail difficiles et des salaires et pensions plus bas, et financés par des cotisations plus hautes. Et si certains cas particuliers sont mieux lotis, rien n’empêche les jaloux de travailler pour ces métiers, sans même parler de l’absurdité du fait d’harmoniser par le bas. À ce stade, supprimons les CDI, les heures supplémentaires et les RTT et travaillons tous de nuit.   

 Le cœur de la réforme n’est pas sur les régimes spéciaux, c’est le fait d’adopter un système par point. 

 

6) Le Système par point n’est pas égalitaire, il est liberticide et inégalitaire

En plus d’être flou et de transférer la gestion du budget de la sécu depuis les partenaires sociaux (nous) vers le gouvernement, le système par point introduit un calcul sur l’ensemble de la carrière, et non plus les 25 meilleures années. Cela empêche de prendre des années sabbatiques, pénalise les réorientations de carrière, l’entrepreneuriat, les femmes, les chômeurs, les parents souhaitant s’occuper de leurs enfants, les temps partiels, les postdocs et la recherche publique, etc. Tous les parcours de vie non linéaires et émancipateurs sont lourdement punis.

En voulant appliquer à des cas très différents (en termes de classe sociale, éducation, genre, carrière, métiers, etc.) un régime unique et « universel », on multiplie les injustices et inégalités.

 

 7) La réforme ne représente pas un progrès, c’est une régression qui implique une baisse massive des pensions

On laisse le mot de la fin à François Fillon, qui explique : “Le système de retraite par point, moi j’y suis favorable. Mais il ne faut pas faire croire aux Français que cela va régler le problème des retraites. Le système par point en réalité ça permet une chose, qu’aucun homme politique n’avoue, cela permet de baisser chaque année la valeur des points, et donc de  diminuer le niveau des pensions.

 

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