Lettre ouverte à Gaspard Koening, porte-drapeau du libéralisme français

Comme vous, je suis attaché aux libertés individuelles. Comme vous j’ai pu gouter aux joies de la légalisation du cannabis au Colorado. Comme vous je suis opposé aux lois liberticides, qu’elles se matérialisent par l’État d’Urgence ou les dispositions sur les données informatiques.

Bonjour Monsieur,

Comme vous, je suis attaché aux libertés individuelles. Comme vous, j’ai pu gouter aux joies de la légalisation du cannabis au Colorado. Comme vous, je suis opposé aux lois liberticides, qu’elles se matérialisent par l’État d’Urgence ou les dispositions sur les données informatiques.

En tant que copropriétaire et cogérant d’une TPE, je vous rejoins dans votre critique des excès de bureaucratie et de régulation qui freinent l’innovation et l’entrepreneuriat.

Pour autant, contrairement à vous, je serais plus communiste que libéral, si on me demandait de choisir entre deux pôles.

La théorie économique néoclassique auxquelles souscrit notre nouveau président et, il me semble, le think tank que vous présidez, nous enseigne que la concurrence fait baisser les prix, que le marché est efficace, que la loi de l’offre et de la demande permet d’expliquer la formation des prix, que l’offre créer sa propre demande. La loi de Say, la théorie Walrassienne mise au gout du jour par les économistes de l’école de Chicago, la main invisible d’Adam Smith, les modèles théoriques faisant appel aux dérivées partielles et aux coefficients d’élasticité pour modéliser la concurrence imparfaite… je suppose que vous y souscrivez au moins partiellement ?

Pourtant, il n’existe aucun exemple historique de dérégulation efficace et de marché atteignant l’équilibre. Les coupures de courant en Californie dans les années 2000 (Enron), la hausse des prix de l’électricité sur le marché libéralisé de Houston comparés au marché public de San Antonio (Texas), le réseau ferroviaire Anglais, le marché du travail européen… on pourrait multiplier les exemples. Vous me direz, « oui mais il y avait encore trop d’État, trop de régulations… ce n’est pas le modèle théorique qui est faux, mais la réalité ». 

N’est-ce pas là l’essence du libéralisme : déréguler, supprimer l’intervention de l’état, approcher pas à pas d’une concurrence pure et parfaite, d’un marché auto régulé, d’individus responsables à défaut d’être solidaires ?

Seulement, ce sont bien les économistes libéraux eux-mêmes qui ont démontré que la théorie libérale était fausse. John Nash reçoit un nobel pour ses travaux sur la théorie des jeux qui démontre que la concurrence est inefficace (donc ne fait pas baisser les prix ni augmenter la qualité, toute chose égale par ailleurs).  

Le paradoxe de Lancaster et les travaux de John K Arrow (nobel en 76, il me semble) qui invalide la loi de Say. Sans oublier Joseph Stiglitz et son prix Nobel pour avoir démontré que le fait de s’approcher « pas à pas » d’une économie totalement dérégulé comme cherche à le faire l’Union européenne empire la situation au lieu de l’améliorer « pas à pas ».

Vous l’aurez compris cher Gaspar, ma culture économique me pousse à croire que votre libéralisme est anachronique, qu’il repose sur des éléments théoriques qui ont été invalidés par de nombreux économistes Nobelisés. Un peu comme si on cherchait coute que coute à appliquer la physique de Newton à la mécanique quantique, ou à conquérir l’espace en partant du principe que la terre est plate.

Mais je suppose que ma formation économique a fait l’impasse sur certains travaux qui réhabilitent Walras, Say et Adam Smith. Je vous serais donc reconnaissant de m’orienter vers ces sources qui me permettront de reprendre fois dans les réformes de monsieur Macron, et dans votre courant de pensé.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.