Les ordonnances de la loi travail nuisent aux PME/TPE

Non seulement il devient de plus en plus clair que les ordonnances sur la loi travail ne vont pas créer de l'emploi, mais elles nuisent également aux petits patrons, dont je fais partie et me fais modestement l'écho. (1)

Le discours ressassé sans cesse par les membres du gouvernement et les représentants des PME invités dans les médias semble découler du bon sens. Avec les ordonnances, les petites entreprises vont pouvoir s’adapter aux fluctuations économiques et répondre aux mouvements d’un monde qui change. Dits autrement, nous, petits patrons, allons pouvoir réduire les salaires, baisser les effectifs et augmenter les horaires de travail en période difficile, et inversement embaucher « sans crainte » en période faste, puisque les licenciements seront facilités. Le contrat de chantier apparaît comme une bénédiction, il signe la fin définitive du CDI.

En effet, les PME et TPE sont particulièrement bien traités par les ordonnances. Toutes les décisions importantes portant sur les conditions de travail sont désormais « négociées » au sein de l’entreprise.

Mais je voudrais attirer votre attention sur une question assez simple : qu’est-ce qui fait que l’on embauche ? Le fait que l’on puisse licencier plus facilement ? Bien sûr que non. C’est l’activité, le carnet de commandes, la demande, bref les clients qui nous poussent à investir, à grossir, à embaucher. (2)

Plus la structure est petite, plus la productivité des employés est déterminante. Un collaborateur motivé et bien rémunéré abat le travail de trois personnes malheureuses. Un employé satisfait de ses conditions entraine ses collègues à se donner à fond. Et inversement.

Lorsque vient le moment de licencier ou de rogner sur les coûts salariaux, il est déjà trop tard. Cela signifie que la structure ne croit plus, donc qu’elle est prise dans une spirale déficitaire qui ne peut que conduire à la « destruction schumpétérienne » qu’affectionne notre président.

Penser que les ordonnances vont nous permettre d’embaucher est une vue de l’esprit de gens hors sol qui ne connaissent rien au monde de l’entreprise, ou cherchent conseil auprès de petits patrons avares qui n’ont rien compris au business et dont la société lutte pour sa survie. Pourquoi écouter les entrepreneurs qui échouent ? Ceux qui réussissent ont depuis longtemps intégré le fait que la baisse des salaires est contre-productive.

Pourtant, il est fort possible que de nombreuses structures se voient forcées de couper dans les coûts, de négocier la suppression de primes et l’allongement des horaires de travail par leurs clients et banquiers. Les exigences de marges brutes d’exploitation vont augmenter, comme c’est déjà le cas dans les entreprises spécialisées dans la sous-traitance. Tous ne le feront pas, mais les structures soumises à une forte concurrence risquent de devoir s’aligner sur le moins-disant. C’est le Medef contre les petits patrons, un secret de polichinelle.

Lorsque nous, patrons, décidons d’accroître notre activité, nous faisons un pari sur la demande. Nous maîtrisons relativement bien nos coûts et nos prix et possédons une connaissance limitée, mais réelle de la concurrence. Les ordonnances ajoutent du flou, brise la visibilité et faussent les règles du jeu. Moins de stabilité et moins de demandes du fait de la baisse progressive des salaires qu’elles vont entrainer.

En tant que patron, je suis, déplore leur application.

Les facilités de trésoreries, la simplification des tâches administratives et des régulations, la réforme du RSI, l’accès au crédit, et surtout une hausse de la demande favorisée par une politique de hausse des salaires au niveau national, voilà ce qu’il nous faut. Ou plus simplement, de la stabilité dans nos conditions d’exercice de nos métiers.

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(1) : Co-propriétaire d’une TPE employant trois salariés, cet article fut rédigé suite à un entretien avec le chef d’entreprise et copropriétaire actuel de la structure et un ami patron d’une PME employant 40 personnes. Pour des raisons commerciales le noms de ces deux entreprises ne sont pas mentionnées.

(2) Jacques Sapir ici et Frédéric Lordon là l’expliquent très bien.

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