Hamon chez Mediapart: match amical, rencontre passionnante

Si Hamon pensait jouer à domicile, l’entame d’interview n’épargne rien au leader de Génération.s.

Réaction au passage de B. Hamon sur Médiapart le 17/01/18

Ce que vaut Benoit Hamon :

D’entrée de jeu, Edwy Plenel propose de refaire le match de la présidentielle, et surtout des étapes qui ont conduit Benoit Hamon à remporter l’investiture du parti socialiste.

L’arbitre de la rencontre n’épargne rien au leader du mouvement Générations. À travers le résumé de sa longue carrière politique, on découvre avec une certaine gêne le manque de clairvoyance de l’ancien socialiste (31 ans de parti) qui s’accroche au gouvernement de Valls en 2014, en est finalement exclu, passe à côté de l’opportunité de créer son « mouvement » en 2015 puis gagne la primaire de 2016 mais rate la présidentielle, divise la gauche pendant les législatives et créer deux mouvements en six mois, un an après tout le monde (le M1717 puis Génération. s).

Mr Plenel termine son exposé par une question simple que l’on pourrait paraphraser ainsi : « comment se fait-il que vous preniez toujours les mauvaises décisions ? ».

Et la question mérite d’être posée, comme la suivante d’ailleurs : « générations, c’est pour lancer Benoit Hamon en 2022 ? »

À travers cette entame de match, Mr Plenel explicite les doutes présents dans de nombreux esprits : pourquoi diable faire confiance à Mr Hamon.

Le principal intéressé botte en touche.

Restent deux sujets cruciaux à aborder : l’Europe et le Revenu universel, les fameux points de désaccord qui empêchent Hamon et EELV de faire équipe avec la France Insoumise. Et là, hélas, l’arbitre Plenel laisse jouer.

L’Europe sociale des Bisounours

Hamon se lance dans une argumentation touchante pour justifier l’importance de ne pas bousculer l’Union européenne, mettant sur la table le risque que représenterait l’établissement d’un rapport de force vis-à-vis des objectifs de lutte contre le réchauffement climatique. Il cite Varoufakis, nous prend par les bons sentiments et laisse planer le spectre de l’apocalypse en cas de sortie de l’Union européenne.

Et… ça passe !

Une heure d’interview, et personne pour lui demander d’expliquer clairement comment il compte convaincre l’Allemagne de renoncer à sa souveraineté monétaire. Il suffit de prononcer le nom de Varoufakis, qui fut incapable de négocier le moindre début de concession face à la troïka, pour évacuer le moindre doute.

Pas de tackle glissé non plus, pour lui faire remarquer (par exemple) que l’Union européenne libérale (dont il dit tout le mal qu’il pense) cause le réchauffement climatique. N’est-ce pas elle qui impose le CETA, le JETA et si ce n’était pour le contretemps Donald Trump, le TAFTA ?

N’est-ce pas elle qui a autorisé les perturbateurs endocriniens et le glyphosate contre l’avis du parlement européen que Hamon cherche, avec son ami grec, à conquérir ?

Il faut être frappé de cécité, ou doté d’un incroyable cynisme électoraliste pour décrire avec autant de précision la folie du système actuel, et affirmer sa détermination à ne pas le remettre en question. Car Hamon évacue clairement la stratégie (que certain jugeront un peu molle) du plan A/plan B.  

Médiapart pourrait faire preuve du professionnalisme démontré face à Frédéric Lordon, et demander une explication à chacune des promesses de son invité du jour. Alors que Die Linke pèse moitié moins que l’extrême droite allemande, que le SPD est en net recul et propose d’établir un compromis entre l’Europe ordo libérale franco-allemande voulue par Macron, et l’Europe ordo libérale CDU-CSU voulue par 2/3 de l’électorat allemand (en incluant les ultras de l’AFD et du parti libéral) on aimerait bien comprendre par quel miracle benoit Hamon va parvenir à obtenir les conditions nécessaires à son Europe (qu’il énonce lui-même), à savoir l’abandon de la souveraineté monétaire allemande, et l’abandon du traité budgétaire.

Nous sommes donc obligés de jouer une troisième mi-temps, en renvoyant le lecteur à l’argumentaire suivant : https://blog.mondediplo.net/2017-11-06-Une-strategie-europeenne-pour-la-gauche

Le Revenu universellement libéral

Depuis la présidentielle, Benoit Hamon semble avoir (enfin) intégré le principal argument en faveur du revenu universel : il ne s’agit pas de distribuer l’aumône aux chômeurs victimes du progrès technique, mais comme il le dit lui-même de « déconnecter le travail de l’emploi ».

Une fois cette idée posée, plus personne sur le plateau ne lui demande « comment » (ni ne lui oppose la moindre critique Bernard Frio-esque).

Car s’il s’agit de faire autre chose que le projet défendu par les ultralibéraux de Gaspard Kœnig, le montant du revenu universel doit être significatif. Disons 1000 euros, pour un cout annuel de 600 milliards (un tiers du PIB).

On aimerait bien savoir comment un tel mécanisme va-t-il pouvoir être financé dans un monde où la tendance est à la réduction de l’impôt (surtout sur les plus riches) et où les deux idées qui ressortent le plus sur les plateaux audiovisuels sont « la dépense publique est trop élevée » et « il faut obliger les chômeurs à travailler, et lutter contre l’assistanat ».

Pour rappel, le budget de la sécurité sociale (retraite, chômage, RSA, aides sociales et assurance maladie) n’est que d’environ 450 milliards, dont 250 pour la santé. À moins de tout remplacer par un chèque de 1000 euros (et là, bon courage pour vous soigner), on voit mal comment un revenu universel de gauche pourrait fonctionner dans une Europe de droite qu’il ne faut surtout pas froisser.

Vainqueur par forfait

Puisque personne ne semble vouloir opposer la contradiction à l’invité, Benoit Hamon s’en sort sans une égratignure, mais sans convaincre non plus.

Lui qui accuse Emmanuel Macron de tenir un double discourt, le voilà qui se vautre dans les mêmes facilités, en égrainant les bons sentiments sans jamais avancer un début de réponse aux conditions de réalisations de ce qu’il propose.  La différence qui les sépare est anecdotique, l’un est au pouvoir et l’autre aspire à le remplacer. 

Il suffit de lire l’analyse du contre budget de LFI par Romaric Godin pour se rendre compte que Hamon, comme ses interviewers, se moque de nous. 

 Ce qui est passionnant, au final, n’est pas l’échange lui-même, mais ce qu’il révèle entre les lignes.

 

 

 

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