Macron, un abonné du prêchi-prêcha

Pour son discours de fin d'année aux Français, le chef de l'Etat s'est tenu debout face à son prompteur, le regard rivé sur le défilement de son texte,  dans cette stature de commandeur qu'il affectionne. Il sait que sa base électorale aime le culte du chef comme sans revenir au Pétain de la collaboration, elle en a fait la démonstration avec son soutien indéfectible à de Gaulle. De Gaulle dont on va célébrer le 130ème anniversaire cette année.Macron dans son plaidoyer au langage châtié, se plait dans le choix des mots qui souvent sonnent creux. A l'écoute de ce défilé de mots que peut en retenir le Français moyen qui attend du président de la République autre chose qu'un prêche de bonnes intentions?. Il aura cependant retenu le mot unité au nom duquel Macron s'est fait fort de réunifier les Français.

Cet homme issu de la bourgeoisie provinciale est parvenu au sommet de l'Etat grâce au soutien du monde des affaires qui a vu en lui l'homme de la situation pour développer grâce à la mondialisation une économie néolibérale dont la conséquence est le creusement des inégalités sociales.

Au fil de son discours, il s'est prévalu d'abord de la réussite de ses engagements à commencer par la création de cinq cent mille emplois depuis son élection, au mépris de la vérité qui est que pour l'essentiel ce résultat est du aux mesures engagées par son prédécesseur et que même s'il y a contribué comme ministre de l'économie, cela ne relève pas de son mandat.Pour démontrer son écoute et sa prise en considération des revendications des gilets jaunes pour plus de pouvoir d'achat, il a sublimé son engagement de réduire de cinq milliards d'euros l'imposition des bas revenus. Mais Macron a tout simplement omis de donner aux intéressés la mesure de l'impact sur leur revenu.Pour les contribuables imposés sur la 1ère tranche cela revient à une économie de 380 euros par an, ceux imposés sur la tranche suivante n'y gagneront que 150 euros par an. Sont ainsi concernés les Français disposant d'un revenu compris entre 20.000 et 30.000 euros par an. Il aurait pu ajouter que l'augmentation du SMIG améliorera le pouvoir d'achat de ces salariés de 15 euros par mois.

Le chef de l'Etat a recherché l'apaisement en dévoilant toute sa compassion pour les corps de métiers qui sont au cœur de la reconnaissance des Français, à commencer par le corps médical et ses infirmières dévouées à cet hôpital auquel lui-même tient tant, puis à ces enseignants qui méritent d'être mieux rémunérés car l'avenir de nos enfants et de leur formation reposent sur leurs épaules. Mais comment ne pas s'étonner que dès sa prise de pouvoir, il ne se soit pas intéressé aux conditions de vie de ces hommes et de ces femmes  au service du public!

Pour revenir à son ambition de ressouder les Français entre eux, Il n'a pas trouvé mieux que de les associer à ce témoin emblématique de l'histoire millénaire de notre pays que représente Notre Dame et sa restauration. Comment accepter qu'un président de la République à la tête d'un Etat laïc ait pu ainsi transgresser la loi de 1905 de séparation de l'église et de l'Etat!

Macron se plait à endosser la tunique du chef des armées pour rendre hommage comme il se doit à nos militaires de la force Barkhane tombés au Sahel, sans pour autant convaincre les Français de continuer à exposer nos soldats dans une force d'intervention de 5 000 hommes déployés pour combattre un adversaire aux quatre coins d'un territoire, grand comme cinq fois la France.

Dans son intervention télévisée, Macron a omis de parler de l'Europe évoquant simplement son souhait de maintenir une relation fructueuse avec le Royaume Unis après le Brexit alors qu'un tel engagement ne relève pas de la seule volonté de la France mais du front uni de la communauté Européenne. Il a mentionné ses efforts pour faire entendre la voix de la France sur le terrain de la diplomatie oubliant tout simplement d'évoquer ses échecs tel celui de sa médiation entre l'Iran et les Etats-Unis.

Une majorité de Français n'aura retenu de son discours que l'affirmation de sa volonté de faire passer coûte que coûte sa réforme des retraites. Cet acte d'autorité fait l'impasse sur un mois de grèves des roulants du service public contre une réforme qui a le soutien des classes privilégiées mais est refusée par la population des salariés  qui n'en attendent rien de bon pour leurs futures retraites après avoir été menés en bateau par la fausse dialectique des explications fournies, d'épisode en épisode par les représentants du gouvernement. L’épreuve de force ainsi engagée contre les syndicats et surtout leur base peut conduire aux pires débordements.

A mi mandat, après l'épreuve des gilets jaunes et aujourd'hui celle du soulèvement des syndicats contre la réforme des retraites, Macron s'enferme dans son ego pour s'isoler de plus en plus mais fort du soutien de ceux des Français à l'abri du besoin méritants où pas.

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