Le Monde et le plan de sauvetage de la Grèce

Le Monde en question pour son plébiscite du plan de sauvetage de la Grèce

Le nouveau gouvernement de la Grèce élu en janvier 2015, dans sa volonté de rester membre de la zone euro malgré sa catastrophique situation économique, s’est résolu à l’accord du 13 juillet sur un nouveau plan de sauvetage européen. Mais à quel prix ? Celui de nouvelles mesures d’austérité paupérisant un peu plus les classes populaires les plus démunies alors confrontées à la hausse de la TVA et la baisse du minimum retraite qui ne pourra être touché qu’à partir de 67 ans. Ne faudrait-il  pas s’interroger sur l’indifférence affichée par les dirigeants européens devant les conditions de vie faites aux couches sociales grecques ainsi concernées à cause de l’intransigeance de ces décideurs et qui sont sans précédent dans les grands pays de l’Europe d’aujourd’hui? Mais là ne s’arrêtent pas nos interrogations. En effet, comment Le Monde dans son éditorial du 21 août a pu  titrer : « GRECE : UN SAUVETAGE EN BONNE VOIE » ? Ainsi,  mon quotidien, mon compagnon de route depuis 1960, ce journal auquel je dois tant, qu’il s’agisse de mon ouverture d’esprit au monde de la politique, de l’économie, de la culture, au fil de mes lectures, guidé par les plumes les plus prestigieuses de la presse écrite, cautionne sans la moindre réserve, un accord entre un premier ministre grec, grand équilibriste comme négociateur, et Bruxelles, qui met au pilori les minima sociaux des plus démunis. Comment comprendre une telle prise de position du Monde et interpréter ce sentiment de révolte ressenti par le vieux lecteur que je suis ? S’agit-il pour Le Monde d’un dérapage dans la torpeur d’un été caniculaire ou faut-il y voir l’expression de la volonté politique du quotidien du soir visant à soutenir une Europe devenue moins solidaire et surtout plus inégalitaire dans la protection de son prolétariat ? Je n’ai pas la réponse mais force est de constater que la question mérite d’être posée après la prise de contrôle du Monde par des actionnaires majoritaires venus du milieu des affaires (Pierre Bergé, Xavier Niel, Mathieu Pigasse) qui ont le pouvoir de désigner le candidat à la direction du journal. A cet égard, notre seul repère pour le respect du principe d’indépendance absolue est dans les propos tenus par Jérôme Fenoglio dans son éditorial du 4 juillet et que je rappelle ici : « En tant que directeur du Monde, je m’engage, comme mes prédécesseurs, à protéger la rédaction de toute intervention, de tout jeu d’influence.» Qu’il en soit ainsi pour l’authenticité de la ligne politique défendue par mon quotidien.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.