Notre industrie, un champ de ruines

Ai-je bien entendu sur ma radio, la 2ème plus grande puissance industrielle en Europe n'est pas la France mais l'Italie largement devant. Récemment l'opinion a été alertée avec l'annonce par Ford de la fermeture programmée de son usine de boîtes de vitesses à Blanquefort. Déjà en 1994 le groupe Alstom avait décidé de céder à Général Electric son pôle énergie représentant les 2/3 de ses activités dans le monde avec pour conséquence l'annonce dès 2018 de réductions d'emplois dans son usine de turbines à Belfort. C'est donc l'occasion de passer en revue la déliquescence de notre industrie.

Commençons par notre filière nucléaire frappée par la faillite d'Areva pourvoyeur de nos approvisionnements en uranium. Dans le même temps, notre parc de centrales avec ses 58 réacteurs est confronté à 2 enjeux majeurs pour assurer sa survie. Le 1er est la destination finale de sa production de déchets radioactifs et principalement ses déchets ultimes jusqu'ici entreposés sur des aires de stockage. Dans un premier temps, le projet de les recycler pour réduire leur réactivité avait été caressé avec le lancement de la mise au point d'un réacteur de 4ème génération mais qu'EDF vient d'abandonner, ce qui revient à n'entrevoir comme solution pérenne que d'enfouir la production de déchets des centrales sur le site de Bure en Meuse alors que les défenseurs de l'environnement s'y opposent. Notre parc de centrales est vieillissant avec ses réacteurs de 1ère et 2ème générations arrivant pour les premiers au terme d'une durée de vie de 40 ans. La relève devait être assurée avec la mise en chantier de l'EPR de 3ème génération à Flamanville. Sa mise en service prévue en 2012 est repoussée en 2022 alors que son coût final pourrait dépasser 4 fois celui projeté avec des aléas sur la capacité de notre ingénierie à résoudre les mals façons constatées par l'autorité de Sûreté Nucléaire. À ce stade la relève de notre parc de centrales nucleaires n'est plus assurée.

Autres secteurs d'activités, autres problèmes ! Notre construction navale passe en d'autres mains avec un nouvel acteur, l'Italie semble t-il. Notre industrie pétrolière du raffinage est en stand-by. La réussite de l'alliance de Renault avec Nissan est menacée. Le constructeur français fait l'objet de toutes les convoitises encore d'un Italien, Fiat. L'ultra libéralisme s'attaque à nos rames de TGV avec l'entrée en service de concurrents étrangers. Comment ne pas s'inquiéter pour notre fleuron de l'industrie aéronautique, Airbus dont la cadence de production à l'avenir risque d'être affectée par les enjeux environnementaux avec l'application d'une taxe carbone.

Comme seule réplique à l'effondrement de l'appareil de production de notre industrie, la France a trouvé les ventes d'armes pour alimenter les guerres au Moyen-Orient. 

Face à ce champ de ruines le constat est flagrant, la France n'a pas de politique industrielle pour y faire face s'en remettant aux développements des services à la personne entre autres et aux opportunités offertes par la robotisation. Les pertes d'emplois subies par les avatars de notre industrie, conséquences des restructurations à prévoir ont de fortes chances de ne trouver aucune relève. 

Pendant ce temps, le président Macron bombe le torse sur la scène internationale pour redonner à la France le rang mondial qu'elle a perdu, oubliant que même de Gaulle qui s'y était essayé en son temps n'y était pas parvenu. Mais notre sémillant chef d'état imagine comme son illustre prédécesseur que l'intendance suivra ! 

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