Vivendi fin de partie ou renouveau ?

 

A la pantalonnade de la présidence de Jean-Marie Messier à la tête de Vivendi a succédé le sauveur annoncé et redresseur proclamé Jean-René Fourtou, chargé par ses pairs en 2002 d'une mission de remise à flot d'un groupe multimedia en perdition. Annoncée comme de courte durée, le temps d'un nettoyage de bilan, la présidence de Jean-René Fourtou s'est éternisée jusqu'en juin 2014 lorsqu'il céda sa place à Vincent Bolloré dont le seul viatique était sa prise de participation initiale de 3 % portée ces jours derniers à 10,20 % dans le conglomérat. Un an après où en est-on ? Vincent Bolloré s'est chargé de solder la vente des quatre métiers désinvestis de 2013 à 2014 par son prédécesseur, à commencer par Maroc Telecom et Activision Blizzard, suivis de SFR et GVT. A ce prix là, Jean-René Fourtou est parvenu à désendetter Vivendi, effaçant un solde de 11,1 milliards d'euros au 31 décembre 2013, pour afficher fin 2014 une trésorerie libre de 4,6 milliards d'euros. Au final, que nous a laissé Jean-René Fourtou pour solde de tout compte de Vivendi ? La réponse ne peut pas être mieux imagée que par cette comparaison avec un linceuil habillant deux laissés-pour-compte à savoir Canal + et Universal Music Group (UMG) . Pour s'en convaincre, il suffit de se reporter à la performance financière du résultat net des activités poursuivies, celles-là même recensées ci-dessus, pour la part du groupe de 2010 à 2014, avec une perte de 1,6 milliard d'euros en 2012 et un exercice encore déficitaire à hauteur de 0,3 milliard d'euros en 2014.

Pour justifier notre appréciation sur l'état de santé de UMG, il nous suffira de rappeler que ses activités ont connu en 2014, comme le rappelle Vivendi dans son communiqué de presse du 27 février 2015, la transformation plus rapide que prévue par le groupe, des modes de distribution de la musique avec le fort développement du streaming par rapport au téléchargement et aux ventes physiques. En effet, les plateformes de streaming, c'est-à-à-dire de lecture en continu de musique sur internet avec leurs offres gratuites ne rémunèrent pas suffisamment artistes et maisons de disques comme le souligne un article du quotidien Le Monde daté du 26 mars 2015 sous le titre " Universal part en guerre contre le streaming gratuit". Donc à suivre mais la partie n'est pas gagnée. Le tassement de l'activité de Canal+ en France est de mauvais augure pour son futur et doit nourrir notre prudence sur les relais de croissance recherchés à l'international. Ce métier dans son long parcours avec Vivendi n'a jamais fait preuve d'une grande capacité de rebond dans sa contribution à la performance du groupe. Est-il seulement assuré d'un avenir pérenne ?

Aux commandes depuis un an, Vincent Bolloré sera-t-il le liquidateur de Vivendi ou son sauveur ? Ce dernier serait-il porteur d'un projet pour relancer un groupe sans capacité de rebond en l'état ? Il avait largement le temps de le faire connaître à ses actionnaires alors qu'il vient d'être rappelé à l'ordre par un fonds d'investissement américain lui demandant de dévoiler sa stratégie. Vincent Bolloré dispose d'un délai court d'ici son assemblée générale du 17 avril car comment ne pas trouver une meilleure audience que celle de ses actionnaires pour faire connaître ses intentions !  

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