Notre dette envers les irradiés du Sahara

Alors que les derniers témoins parmi les soldats du contingent des essais nucléaires de la France dans le Sahara algérien disparaissent, essais qui ont conduit à la catastrophe du tir Béryl le er mai 1962 à in Eker dans le Hoggar auquel j'ai assisté et dont j'ai fait le récit en 2011, je souhaite à ce titre délivrer l'appel suivant. L’essai Béryl par la propagation accidentelle de son  nuage radioactif a durablement irradié les populations Sahariennes, au premier rang desquelles les touaregs du Hoggar mais aussi les populations locales des oasis du sud algérien, du Mali, du Niger et à l'est jusqu'au Tchad. Les enfants et les petits enfants de ces populations portent dans leurs gènes les séquelles de cette contamination radioactive comme tentent à le démontrer les études scientifiques  récentes en France et en Angleterre. 

Après les accords sur l'indépendance de l'Algérie, la France a totalement abandonné les victimes de son programme nucléaire à leur sort d'irradiés vivant sur des sols durablement radioactifs comme ont pu le démontrer les prélèvements sur la végétation  que nous avons effectué mes camarades et moi à l'époque après béryl en nous déplaçant jusqu'aux  frontières du territoire algérien. Ce sont parmi ces mêmes populations que se recrutent les immigrés sahariens et subsahariens qui au péril d'immenses dangers traversent l'espace désertique qui les séparent de l'Afrique du Nord pour traverser dans des conditions innommables la Méditerranée et enfin franchir nos frontières pour demander asile avec l'espoir d'une vie meilleure. 

La France a une dette envers ces hommes et ces femmes, leurs enfants auxquels nous avons apporté aucune attention sur leur sort de descendants des irradiés de béryl. Comment oublier que nous avons ignoré totalement dans le passé la situation sanitaire de leurs parents exposés au retombées de Béryl. Notre jeune président de la République se doit d'assumer cet héritage de l'époque gaullienne et de notre présence en Algérie  en accueillant dignement cette classe d'immigrés et en leur octroyant sans réserve le statut de réfugiés.



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