L'extrême droite, opium des déshérités

Les partis politiques de la 3ème République ont été les victimes de la chute du Front Populaire, augurant la défaite de 1940.Ce vide politique a permis à l'extrême droite antisémite et anti républicaine de s'attribuer les pleins pouvoirs en plaçant à la tête du pays Pétain, lui-même fascisant. En 1945, le renouveau de la vie politique a remis les partis sur le devant de la scène, le premier d'entre eux étant le parti communiste fort de sa participation de premier plan à la Résistance et de sa contribution à l'élaboration du programme social du CNR ( Conseil National de la Résistance). À défaut d'un parti politique scructuré pour le soutenir, de Gaulle abandonna le pouvoir en 1946. Le vieux parti socialiste de la SFIO tomba devant la guerre d'Algérie. Le parti radical, plus vieux parti de la République, ne se relèvera pas de l'effacement de la vie politique de Mendes France. Le risque de guerre civile provoqué par la guerre d'Algérie permet le retour de De Gaulle à la vie politique, ce dernier répondant à l'appel des généraux défenseurs de l'Algérie française. L'instauration de la 5ème République avec l'élection de son président au suffrage universel reporta sur la seule figure politique de l'élu le choix des Français d'une élection à l'autre. Après de Gaulle et la parenthèse centriste d'un Giscard d'Estaing, le jeu de bascule de l'alternance permet à la gauche renouant avec le passé, de retrouver son unité entre PS et PCF. Mitterrand fut le fossoyeur des idéaux de la gauche favorisant ainsi le retour d'une droite se voulant héritière du gaullisme. La fin des partis du vieux monde politique trouva son épilogue avec l'extinction du PS bradé par Hollande. Ce vide politique fut comblé par Macron qui inventa pour lui un nouveau parti, La France en Marche, avec la fiction d'une nouvelle alliance entre Centre droit et centre-gauche. Le déroulement du mandat de Macron a démontré que ce parti n'avait pas d'existence en lui-même faute de programme et qu'il devait sa survie à l'onction de Macron.

L'extrême droite après la condamnation de Pétain mit un temps à revenir sur le devant de la scène politique en dépit de sa tentative en 1961 de renouer avec son passé grâce à l'insurrection des généraux de la guerre d'Algérie. Elle retrouva droit de citer en 1972avec la création du FN par Le Pen, notoirement antisémite et nostalgique de l'Algérie française. Il rassembla sous son nom la vieille droite pétainiste à laquelle s'ajouta la vague des Français d'Algérie rapatriés sur le continent. En 2002, Le Pen au 1er tour de l'élection présidentielle élimina la gauche avec Jospin. Fait unique dans la vie de notre République, la présidence de l'extrême droite est devenue héréditaire, Le Pen père fut remplacé en 2011 à la tête du FN par sa plus jeune fille. Celle-ci chercha aussitôt à dédiaboliser l'extrême droite de son père, désignant son parti comme un rassembleur capable d'attirer vers lui les laissés pour-compte de la réussite sociale, et en rupture de ban avec un parti communiste qui n'avait pas tenu ses promesses. Cette politique de la main tendue aux derniers de cordée lui a très bien réussi jusqu'ici, jusqu'à éliminer le candidat de la France Insoumise au 1er tour de l'élection de 2017 pour se trouver face à face avec Macron.

Avec cette élection, Marine Le Pen est partie à la conquête du pouvoir. Son père avec un score de 17,8% face à Chirac avait retrouvé le socle dur de l'extrême droite, hérité entre autre de l'antisémitisme. Sa fille a accru considérablement la position de l'extrême droite sur la scène politique avec un score de 33,9% face à Macron. Déjà candidate pour l'élection de 2022,Marine Le Pen attire tous les regards avec des slogans aussi réducteurs que la relocalisation de notre appareil productif, usines automobiles en tête, et la mise au pas de la racaille des banlieues, surenchérissant ainsi sur la dénonciation des sauvageons par le ministre de l'Intérieur de Macron. Mais avec le refoulement de l'immigration, la fille de Le Pen renoue avec la vieille tradition raciste de l'extrême droite. Marine Le Pen est le miroir aux alouettes qui renvoie du rêve aux déshérités de plus en plus nombreux dans notre société et dont le flux ne fera que grossir avec le sous emploi provoqué par la crise sanitaire. Sa course vers la présidence rencontre de moins en moins d'obstacles et se trouve facilitée par l'échec des promesses électorales d'un Macron de plus en plus impopulaire. Si elle ne réussissait pas dans sa conquête du pouvoir, la famille Le Pen prépare déjà à sa succession la petite fille qui a les dents longues 

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