Saint-Gobain, 350 ans d'existence mais quel futur ?

Saint-Gobain, fleuron historique de notre industrie manufacturière, crée si peu de valeur pour les actionnaires depuis dix ans que la question de son futur est posée. La dernière assemblée générale, le 2 juin 2016, n'a pas permis de rassurer les actionnaires sur la capacité de rebond du cours du titre.

Saint-Gobain, 350 ans d’existence mais quel futur ?  

   Le Groupe né sous Louis XIV fête cette année son trois cent cinquantième anniversaire sans tambour ni trompette. En effet, pas de quoi pavoiser avec fanfare d’orchestre sur la performance boursière du titre calculée sur les dix dernières années, mais le Groupe se défend en revendiquant un rendement global, plus-value et dividende, tout-à-fait honorable pour les détenteurs d’actions depuis la privatisation de décembre 1986. Heureux bénéficiaires, celles et ceux qui ont conservé leurs titres Saint-Gobain pendant trente ans !

   Il ne suffit pas pour l’investisseur d’aujourd’hui d’apprécier de loin ce que peuvent receler les promesses de Saint-Gobain. L’assemblée générale est un moment privilégié pour l’actionnaire désireux de se confronter aux réalités de la bonne marche de son Groupe dans sa capacité à créer, de façon récurrente, de la valeur pour les parties prenantes. Bien sûr, faut-il encore être à la retraite pour disposer ainsi de son temps.

   L’assemblée générale de Saint-Gobain s’est tenue le 2 juin et a donné lieu à une mise en scène très soignée des dirigeants pour inculquer aux actionnaires présents un capital de confiance à la hauteur des ambitions de son Président, monsieur de Chalendar, aux commandes depuis 2010. Pour résumer, Saint-Gobain renouvelle ses métiers afin de se positionner au mieux face au challenge de la COP 21 dans la lutte des Etats contre le réchauffement climatique. Il veut faire ainsi de son Groupe un leader de la transition énergétique, à la recherche de nouveaux marchés comme aujourd’hui dans l’espace subsaharien. Discours éminemment politique précédé de la mise à disposition de l’actionnaire d’un ouvrage de la plume de monsieur de Chalendar comme il l’a revendiqué, qui est un plaidoyer pour un monde décarboné et en croissance. Nous eûmes droit à de beaux et longs discours repris en cœur par les adjoints directoriaux du Président qui suscitèrent des salves d’applaudissements d’une partie de l’assistance. Puis vint la présentation des résultats de l’exercice 2015 sans une fausse note car, indicateur après indicateur, chaque donnée chiffrée ne faisait que corroborer le message délivré à savoir, les résultats de Saint-Gobain sont satisfaisants et en progrès.

   Entre-temps, le Président s’était réservé la présentation de la stratégie, domaine de sa responsabilité. Il était très attendu à propos de l’acquisition du contrôle du suisse Sika, belle transaction mais dont le dénouement est attendu pour 2018. Quant au bénéfice de l’opération pour l’actionnaire de Saint-Gobain, la consolidation par intégration globale de Sika, pour ceux qui ont pu en comprendre les termes, reviendrait à consolider dans le périmètre de Saint-Gobain, le chiffre d’affaires, le résultat brut d’exploitation, la dette ou la trésorerie mais, bien sûr, comme l’a reconnu le Président, en ne remontant que 16,97% du résultat net de Sika, soit la participation susceptible d’être acquise par Saint-Gobain. Restent les synergies attendues à compter de la quatrième année après l’opération, si elle réussit, à répartir entre les deux groupes.   

   En bref, avec ce seul projet concret de croissance externe, l’actionnaire attentif a jugé bien restreinte la promesse d’un futur créateur de valeur pour son titre. Résidé là tout l’enjeu du débat avec la salle. Et pourtant, la prise de parole par les actionnaires frondeurs fut difficile à obtenir. Bien longue fut cette attente pour les intervenants. La raison en fut l’abondance assez inhabituelle des questions posées par écrit dans la salle. Une multitude de questions le plus souvent très bien présentées qui portaient presque sans exception, non pas sur les performances de Saint-Gobain et ses engagements futurs pour la revalorisation du titre mais sur les métiers du Groupe. Finalement, après une longue période d’écoute et d’attention portée aux réponses abondamment commentées par le Président, l’idée saugrenue m’est venue à l’esprit que seuls d’anciens collaborateurs pouvaient être détenteurs d’une connaissance aussi bien ciblée des activités de leur ancien employeur. Je fus d’autant plus enclin à le croire pour avoir vu juste après que quatre participants installés à mes côtés près du micro fixe pour prendre la parole n’aient cessé d’échanger sur leurs anciennes hautes fonctions chez Saint-Gobain. Ils renoncèrent bien discrètement à poser leurs questions devant le tohu-bohu déclenché par les actionnaires désirant débattre de vive voix avec le Président sur des sujets plus brûlants pour l’avenir boursier du titre du Groupe, sujet majeur de l’ordre du jour d’une assemblée générale.

   Habitué moi-même du rituel de ces assemblées annuelles, honnête connaisseur de la performance, année après année, de cet ancien fleuron de notre patrimoine industriel, j’ai quitté la salle de conférence du Palais de Congrès avec une appréciation peu favorable sur l’avenir de ce Groupe auquel je suis resté très attaché pour son passé. Je ne crois pas que monsieur de Chalendar ait convaincu ses actionnaires sur le futur prometteur de son Groupe. Il ne pourra se contenter d’avoir comme seul soutien dans la salle d’assemblée que celui d’anciens collaborateurs. A ce jugement fort négatif, certains et ils sont nombreux me rétorqueront que sa rémunération pour 2015, en augmentation de 9,6% par rapport à 2014, fut approuvée par plus de 99% des actionnaires présents ou représentés avec un quorum de 61%.

   Monsieur de Chalendar a tout son temps, comme il l’a encore affirmé le 2 juin, pour redresser Saint-Gobain et sortir son cours de bourse de l’ornière où il est enlisé depuis dix ans. Il n’est pas satisfait de la cotation du titre, comme il l’a admis, mais ses actionnaires peuvent-ils attendre encore aussi longtemps. La question est posée à son conseil d’administration.                      

  

 

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