Michel Rocard: un idéal républicain au service de la Nation

Dans l'inventaire du riche parcours politique de Michel Rocard, j'ai retenu sa prise de position courageuse contre la guerre d'Algérie conduite sans état d'âme par le socialiste Guy Mollet. Prémonitoire, sa voix ne fut pas plus entendue par le général De Gaulle revenu aux affaires. Nous sommes en 1956 et cette guerre d'indépendance durera encore six ans.

   Deux hommes politiques ont compté au présent dans ma vie d’adulte, Pierre Mendès France et Michel Rocard, figures emblématiques de l’idéal républicain tel que l’Histoire me l’a enseigné. Aux yeux des Français, l’action politique de ces deux hommes d’Etat échappe à toute controverse, s’agissant des valeurs de la République, au premier rang desquelles, l’intégrité.

   De Pierre Mendès-France, nous connaissons son rôle décisif dans la conclusion des Accords de Genève en 1954, mettant fin  à la Guerre d’Indochine et près de huit ans de combats meurtriers se soldant par la chute du camp retranché de Diên Biên Phu.

   Pour Michel Rocard dont la disparition motive cet hommage citoyen, ma première pensée reconnaissante s’adresse à sa prise de position éclairée contre la Guerre d’Algérie dès 1956, il avait 26 ans, s’opposant ainsi au gouvernement socialiste de Guy Mollet, un certain François Mitterrand au passé vichyssois peu connu, occupant le poste de ministre de la Justice, et nous savons l’usage qu’il en fit. Opposé au conflit algérien déclenché fin 1954 mais prenant sa dimension de guerre en 1956, avec le rappel des appelés puis l’envoi du contingent pour des opérations militaires dites de maintien de l’ordre, Michel Rocard fut bien isolé face à ces fauteurs de guerre que furent les socialistes de l’époque à l’égal de cette droite gaulliste, colonialiste et militariste dont la France garde encore les stigmates dans son éventail politique. Arrivé en homme providentiel à la tête du pays en 1958, le général de Gaulle poursuivit pendant quatre ans la guerre d’Algérie, au prix de la saignée du contingent sans oublier les pertes côté algérien et les massacres perpétués par chaque camp après les Accords d’Evian du 19 mars 1962. En métropole, rappelons la répression sanglante des manifestants au métro Charonne, le 8 février 1962, sous l’autorité de Roger Frey, ministre de l’Intérieur, exécuteur des basses œuvres de De Gaulle. En furent les victimes innocentes, des opposants à la poursuite de la guerre en Algérie.

   Michel Rocard, comme son mentor Pierre Mendès France, n’accéda pas à la fonction suprême de chef de l’Etat, l’un barré par le retour aux affaires du général, l’autre victime de l’ostracisme d’un Mitterrand s’accommodant mal de l’ombre porté par la réputation d’intégrité morale et politique de Michel Rocard. Nous ne pouvons que regretter qu’un pouvoir confisqué, tour à tour, par De Gaulle puis Mitterrand, ait privé la France d’un grand espoir, celui de la direction du pays par d’authentiques fils de la République, héritière des Droits de l’Homme de la Révolution et de la pensée politique des grands défenseurs de la démocratie : Gambetta, Jaurès et Clemenceau. C’est ainsi que Mendès France refusa de se soumettre au verdict de la Constitution de la Ve République, instaurant l’élection directe au suffrage universel du Président avec les pouvoirs que lui octroie celle-ci, car contraire à son idéal démocratique.

   Restent les souvenirs et je conserve avec émotion cette magnifique photo de Michel Rocard aux côtés de Pierre Mendès France, lors d’un rassemblement de la gauche, le 27 mai 1968, parue dans Le Monde des Livres du 25 mars 2016. Puisse l’exemplarité de la vie politique de ces deux hommes d’Etat servir de leçon à nos dirigeants actuels et à ceux qui militent pour leur succéder. L’hommage national rendu à Michel Rocard a déjà valeur de Symbole pour la défense de l’idéal républicain au service de la Nation tel que nous sommes beaucoup à le concevoir encore aujourd’hui !        

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