Michel Debré et le Sahara

Le 20 janvier dans l'émission A voix nue de Jean-Luc Barré sur France Culture, un éminent personnage de l'Etat français, le Président du Conseil Constitutionnel, a évoqué un certain différent entre de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, et son Premier ministre Michel Debré. Le propos était de rappeler le rôle de son père dans l'élaboration de la Constitution de la V éme République et d'évoquer la résistance d'un Michel Debré à céder le Sahara à une Algérie indépendante. Et, à ce fils dévoué à la défense de l'image politique laissée par son père dans l'histoire du gaullisme, de rappeler ses arguments, à savoir que le Sahara n'est pas à l'Algérie, il n'est habité par personne mais les ressources de son sous-sol sont considérables et permettront le rayonnement de la France dans le monde. Et de conclure cette plaidoirie par cette formule péremptoire à l'image de l'interwievé - On ne donne pas à l'Algérie ce qui ne lui appartient pas.

   Témoin privilégié de la catastrophe nucléaire du tir Béryl, le 1er mai 1962 dans le Hoggar, qui a exposé aux radiations du nuage de poussières échappé de la montagne fissurée, des cohortes de militaires aux côtés des personnels civils et des populations sahariennes présentes sur les lieux, je dénonce la démagogie de cet éminent représentant de l'Etat. Il ne peut ignorer dans quel état d'abandon sanitaire, la France de De Gaulle et Michel Debré a laissé le Sahara et le massif du Hoggar à l'Algérie, Ces espaces sahariens sont durablement et irréversiblement contaminés par les retombées radioactives des essais nucléaires réalisés par la France entre 1960 et1966 en Algérie, dont 4 essais  aériens à Reggane et 13 souterrains à In Eker au nord de Tamanrasset. Non, le Sahara n'était pas un désert inhabité et ne l'est toujours pas. La France a irradié pour leur malheur ces populations sahariennes composées de nomades Touareghs et de sédentaires appelés populations laborieuse des oasis ou PLO, dont nous avons utilisé la main d'oeuvre bon marché sur nos sites d'essais. La France de De Gaulle et de Michel Debré a laissé à l'Algérie, dont les représentants aux accords d'Evian avaient concédé l'exploitation des champs de tirs nucléaires, un Sahara totalement dénaturé avec des populations abandonnées à leur sort d'irradiées.

   Voilà ce que le Président du Conseil Constitutionnel n'aurait pas dû manquer de préciser à ses auditeurs d'une chaîne de radio culturelle. Les raisons de ces omissions sont-elles l'ignorance ou la complicité avec le mur du silence imposé par l'Etat français depuis plus d'un demi siècle ? Je suggère à Jean-Louis Debré la lecture de deux ouvrages, par Louis Bulidon, Les irradiés de Béryl, L'essai nucléaire non contrôlé, Editions Thadée, 2011, et de Christophe Bataille, L'expérience, Grasset, 2015. .

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