Carrefour ou le savoir-faire de monsieur Plassat

Le président de Carrefour a tenu son assemblée générale le 11 juin au Carrousel du Louvre et l'a conduite avec son brio habituel. Le public des petits actionnaires venus très nombreux a assisté à une prestation magistrale d'un grand patron revenu aux affaires après un accident de santé qu'il a su évoquer avec sobriété et confiance. Succédant à deux présentations très professionnelles sur les résultats de 2014 du Groupe et sur la Responsabilité sociétale  (RSE), monsieur Plassat a pris place à la tribune pour présenter sa vision des promesses d'un Carrefour qui reprend des couleurs avec l'assainissement de ses comptes dont nous retiendrons la maîtrise de l'endettement associée à celle des investissements, l'ensemble annonciateur de l'attente d'une progression de la trésorerie libre dès 2015. Le président a mis toute sa force de conviction à démontrer par un langage direct et audible pour tous qu'il avait remis son Groupe sur la bonne voie, n'hésitant pas pour alimenter son discours de chiffres probants à se tourner vers son équipe de direction pour les solliciter. Mais, ce compte rendu à lui seul ne saurait justifier mon enthousiasme pour la performance de monsieur Plassat à l'occasion de cette rencontre annuelle. Exception parmi les exceptions dans les assemblées générales, le président de Carrefour a ouvert très vite le dialogue avec ses actionnaires et leur a réservé une heure et demie de son temps sans manifester ennui, lassitude ou simplement désinvolture. Très à son aise dans cet exercice où il fut confronté à une multitude de questions le plus souvent très bien ciblées, y compris de la part d'une délégation syndicale, il a pris d'autant plus de plaisir à débattre que le temps travailla pour lui. Au fur et à mesure de l'avancement de ce dialogue avec les actionnaires, ses arguments pour soutenir ses choix et sa stratégie sur lesquels il savait rebondir, devenaient plus étoffés et prenaient plus de poids. Un exemple parmi d'autres fut son plaidoyer pour continuer à investir dans les autres pays d'Europe ou encore pour tenir en Chine dans l'attente de jours meilleurs. Il a ainsi parlé de l'Afrique riche d'avenir pour Carrefour. Je crois que cette proximité et disponibilité pour dialoguer avec les petits porteurs de titres de l'enseigne, eux-mêmes le plus souvent habitués de son modèle multiformat, leur a plu ou n'a pu les laisser indifférents. A contrario de ce jugement de valeur "joutes verbales marquées par son humour et le tacle facile" lu le lendemain dans la chronique Pertes et Profits du quotidien du soir à propos de la condition physique de l'impétrant, je suis moins sévère considérant que si le jeu a eu parfois sa place dans les cordes du violon de monsieur Plassat, l'essentiel de sa partition fut interprétée avec une justesse de ton que j'aie su apprécier. Sans le savoir, peut-être, monsieur Plassat a donné une belle leçon à certains patrons du CAC 40, une brochette de grands noms, dont le savoir-faire a bien fait défaut dans ce rapport aux actionnaires au cours de la saison des assemblées générales de 2015. Qu'il serait tentant de les citer tous !

Bravo monsieur le président de Carrefour pour ce beau débat du 11 juin.

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