Europe, les idées claires

France Culture a organisé un débat sur l'Europe dans le cadre de son émission La grande table avec d'un jour à l'autre cinq invités, grandes voix du monde de la culture et des idées.Que peut en tirer un sans voix alors que la France traverse une crise sociale aussi grave qu'inattendue et que la sortie programmée du Royaume Unie présente le risque de faire éclater l'Union Européenne sous les coups de butoir des nationalistes, des souverainistes issus de l’extrême droite? De Gaulle en 1965 avait donné sa vision d'une union Européenne avec un objectif la solidarité organisée, encore à l'époque s'adressait-il à une Europe occidentale regroupant les six pays du pool charbon-acier né sous l'impulsion de Jean Monnet. Mais à quoi pensait-il, à une Europe politique ou à une Europe sociale? Entre 1919 et 1940, les grands noms parmi les intellectuels proposaient une Europe de la culture. Qu'en est-il aujourd'hui?

L'Europe nous dit-on connait une grande fracture entre le monde de la civilisation constitué par les pays autour de la Méditerranée dont l'histoire remonte aux temps anciens, et le monde marchand des pays du nord adeptes de la mondialisation et de l'ultralibéralisme. Ces pays dictent leurs lois aux vingt sept qui forment sur le continent l'Union Européenne à travers ce qu'il est convenu d'appeler le système de Bruxelles. Celui-ci impose des contraintes sévères dont l'opinion retient avant tout le contrôle de la dette d'Etat et celui de l'équilibre budgétaire.Aucun pays ne peut vivre durablement à crédit c'est à dire au dessus de ses moyens comme récemment la Grèce et maintenant l'Italie et la France. Cette dernière a perdu la maîtrise de sa dette et son déficit budgétaire n'a cessé de se creuser. Il est bon d'en rappeler les raisons.

La France est la plus généreuse en Europe pour les dépenses sociales regroupant les retraites, les prestations dans la santé ou encore les allocations chômage. Face aux obligations de son contrat social, le pays est confronté au déficit de ses recettes budgétaires dont la cause est la mauvaise gouvernance dans son espace public et privé. Des grands groupes du CAC 40 ne paient pas d'impôts en France après avoir délocalisé leurs centres de profits, la privatisation des actifs publics a relevé d'un véritable bradage comme la concession des autoroutes à Vinci, l'histoire de la filière nucléaire est celle d'un implacable désastre. EDF et Areva sont en situation de détresse économique voire de faillite pour Areva et sauvetage aux frais du contribuable français. Ce sont ainsi des milliards d'euros perdus pour nos finances auxquels s'ajoutent les dizaines de milliards volatilisés chaque année dans l'évasion fiscale. Le domaine du privé n'est pas en reste comme le démontre la prise en défaut de la plus grande banque française et européenne, BNPParibas,par les Etats Unis pour ne pas avoir tenu compte de l'extraterritorialité du droit américain condamnant la violation des embargos dictés par leur administration, et qui lui a coûté une amende colossale affectant d'autant son résultat et sa contribution à l'impôt. la France est ainsi victime de l'emprise de ses grandes entreprises sur son économie et ses équilibres financiers. Ainsi sous tutelle du système de Bruxelles imposant ses règles, peut-on penser que l'Europe a du bon dans la mesure ou elle peut éviter à la France en se ressaisissant de tomber de la falaise.

Alors que l'Europe économique fédère tant bien que mal les pays de l'Union, l'Europe politique n'est pas encore au rendez-vous quand le continent doit faire face sur les marchés mondiaux aux ambitions hégémoniques des Etats Unis et maintenant de la Chine. L'Europe sociale a soulevé jusqu'ici peu d'intérêts au regard du modèle français qui reste exemplaire. Quant à l'Europe culturelle, elle relève du mythe,reléguée au second plan dans la dépense publique.

Non, l'agonie de l'Europe n'est pas pour demain si ses pays fondateurs comme la France et l'Allemagne relèvent les défis des réformes nécessaires à une Europe plus vertueuse et plus solidaire.

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