Macron rit jaune

Elu président de la République, il voulait être le père de la Nation en empruntant la voie jupitérienne. Après 18 mois d’exercice du pouvoir et désarçonné par le soulèvement des gilets jaunes, il est devenu le monarque déchu de l'Europe dont il est la risée. Son ambition déclarée était de redresser le pays avec deux objectifs, la baisse du taux de chômage et la maîtrise des comptes de la Nation afin de réduire sa dette. Il affichait la prétention de réussir sur ce chantier où avaient échoué ces deux prédécesseurs.

Pour réduire le chômage il faut créer des emplois en rendant la France attractive pour les investisseurs d'où qu'ils viennent grâce à la mondialisation. Jusqu'ici, les résultats font défaut. Pour le maintien de la France dans l'Europe de l'euro, une devise forte dont elle a besoin pour ses échanges commerciaux, il faut endiguer la progression de la dette avec pour priorité l'équilibre des comptes publics. Aujourd'hui, le montant de celle-ci est de 99% du PIB soit 2300 milliards d'euros, contre 67% à la veille de la crise de 2008 sous Sarkozy. Pour bénéficier d'une devise forte, la France doit respecter les critères des traités de Maastricht à savoir maîtriser son déficit budgétaire en dessous de 3% du PIB et visé un excédent afin de réduire la dette. Deux options s'offrent à l'exécutif, augmenter les recettes fiscales ou réduire la dépense publique. La France est déjà le pays avec le taux d'imposition le plus élevé dans le monde industrialisé et réduire les dépenses publiques s'apparente à la quadrature du cercle sachant que les français revendiquent plus de services publics. Comment Macron pouvait-il s'y prendre pour parvenir à ses fins, tout simplement avec un slogan réformer le pays. Son programme de réformes s'énonçait ainsi, réduire en masse le nombre de fonctionnaires et lever de nouvelles recettes financières en amputant les retraites d'une CSG additionnelle. La mesure n'étant pas suffisante, il n'avait trouvé rien de mieux que de donner un coup de pouce aux taxes sur l'essence et le diesel avec le faux prétexte de réduire l'usage de la voiture à des fins environnementales. Assuré du succès de sa marche forcée vers la réussite de son ambition, lui et son entourage n'ont pas vu venir la révolte des gilets jaunes. Face à cette insurrection qui menace sa présidence, Macron a répondu par des mesures d'augmentation du pouvoir d'achat des français les plus démunis, représentant une dépense additionnelle de 10 milliards d'euros. Mais où trouver cet argent sans alourdir la dette?

Les experts qui l'entourent formés aux meilleurs écoles de la République devraient ouvrir à Macron d'autres pistes à explorer pour disposer de ressources nouvelles, au premier rang desquelles la lutte contre l'évasion fiscale. Qu'il revienne ou non sur sa décision de supprimer l'ISF, de bonnes sources nous avons appris que l'impôt avait rapporté 4 milliards d'euros pour 320 000 foyers fiscaux déclarés alors que son rapport aurait dû être de 10 milliards d'euros si l'ensemble des foyers imposables avait été recensé. Comment la puissance publique peut-elle accepter que des grands groupes du CAC 40 échappent à l'impôt en France. C'est au moins le cas de l'alliance Renault Nissan et Schneider Electric qui ont délocalisé leurs centres de profits dont le premier aux Pays Bas pour payer moins d'impôts. Il lui revient de s'assurer que d'autres grands groupes n'échappent pas à l'impôt par des moyens détournés grâce à des montages fiscaux appropriés. Ce sont ainsi des milliards d'euros qui échappent à nos finances chaque année. Au passage, Bercy s'est-il assuré  que Carlos Ghosn s'acquittait bien en France de l'impôt dû sur sa rémunération annuelle de plusieurs millions d'euros au titre de sa présidence de Renault? Mais là ne s'arrête pas le devoir de l'Etat de s'attaquer à la dépense publique par la réduction de ses services. Ainsi chaque année, la Cour des comptes publient des rapports sur la gestion des grandes administrations. Le dernier en date concerne la Banque de France qui épingle la gestion de son gouverneur concernant les actifs de son parc immobilier et, pour l'anecdote, dénonçant l'achat sur les deniers de la banque d'un tableau de Rembrandt. De telles mises en cause ne sont, pour la plupart du temps, suivies d'aucun effet.

Enfin, quand la réduction de la dépense publique est l'un des moteurs du redressement de nos finances, comment accepter que le président Macron engage des dépenses  somptueuses pour restaurer les lambris de son palais de l'Elysée  comme aux temps de Versailles? Il serait de son honneur de renoncer à ce luxe en allouant sans tarder la dépense ainsi engagée aux restaurants du cœur qui distribuent annuellement 130 millions de repas aux plus pauvres et qui sont à court de ressources. Voici une bonne œuvre à la portée de Madame Brigitte Macron sans faire appel à la brioche de Marie Antoinette.

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