AXA - L'art de l'esquive

Vieil habitué des assemblées générales d'un large échantillon des grands groupes du CAC40, je porte chaque année un jugement de plus en plus affiné sur leur qualité d'exécution. L'expérience aidant, je m'exerce à distinguer les critères qui font que telle ou telle société se distingue du lot selon qu'elle a répondu ou non à nos attentes d'actionnaires.

Une assemblée générale se déroule en deux temps, le premier pour la présentation des comptes annuels et des perspectives, suivie des commentaires sur la gouvernance, le second réservé au débat avec les actionnaires est suivi du vote des résolutions. Les échanges entre les dirigeants, en l'occurence le Président Directeur Général ( PDG ) ou le Président avec son Directeur Général sont un moment fort très attendu du public composé pour l'essentiel de petits actionnaires. 

D'une année sur l'autre, je pèse les efforts de chaque société pour mettre en valeur sa performance en termes de création de valeur et de distribution de dividendes, juste retour pour le prix du risque des investisseurs, petits ou grands, qui leur font confiance. Le succès de ces rencontres annuelles se mesure d'après des critères au premier rang desquels, en ce qui me concerne, je place la qualité d'écoute des dirigeants et l'attention qu'ils portent à leurs réponses aux questions qui leur sont posées dans l'auditorium.

Certaines sociétés excellent mieux que d'autres dans la maîtrise de cet exercice. Mon propos n'est pas de distribuer des lauriers mais de stigmatiser le comportement totalement inadmissible du PDG aux commandes d'un grand groupe d'assurances depuis cinq ans. Il s'agit de Henri de Castries qui ce 30 avril a manqué à tous ses devoirs de patron responsable devant ses actionnaires en refusant le dialogue.

Aux questions financières que je lui ai posées dans un échange rituel, il a préféré se dérober en me renvoyant à la lecture de son Rapport Annuel alors que l'objet de ces débats est précisément de faciliter la compréhension des éléments d'information fournis par le dit Document de Référence. De tels échanges relevant du droit des actionnaires permettent, lorsqu'ils sont dirigés avec le doigté et les compétences requises, de faire progresser le dialogue et la compréhension mutuelle, entre le responsable d'un groupe et les épargnants qui lui font confiance.

H. de Castries avait peut-être été dérangé dans son confort par une question préalable sur ses risques compte tenu des enquêtes du Département de la Justice en cours aux Etats Unis sur plusieurs établissements financiers dans le monde. La réponse en forme d'échappatoire fut de rappeler que son groupe AXA n'avait pas été jusqu'ici condamné à des amendes. Mais notre PDG a su retrouver un ton badin en répondant à une question sur sa proximité supputée avec le Chef de l'Etat, par cette lapalissade "il ne suffit pas d'avoir frotté son fond de culotte sur les mêmes bancs d'école pour avoir l'écoute de son condisciple de l'Ecole Nationale d'Administration ( ENA )". Ce type de formulation convenait mieux à son savoir-faire.

Sauf avis contraire de son Conseil d' administration, H. de Castries est à ce  poste jusqu'en 2018. Ce laps de temps lui permettra-t-il de faire progresser son groupe ? A titre d'encouragement, nous pouvons lui donner notre appréciation : "Peut mieux faire pour AXA et ses actionnaires".

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