La conjoncture bonapartiste

La politique au service de l'intérêt général ne se décrète pas avec les propos de prétoire auxquels s'en tiennent nos hommes politiques, héritiers de la conjoncture bonapartiste si bien analysée par le philosophe Raymond Aron . La France ne se relèvera qu'avec un projet de société consensuel, loin de la menace frontiste. La crainte du FN assure de beaux jours au prochain Bonaparte..

   En ces temps pré-électoraux, nos hommes politiques de tous bords sont partis très tôt en campagne avec  en  guise de programme une surenchère de propos démagogiques et populistes sans rapport avec la crise que traverse notre pays. Chaque quinquennat sans remonter aux septennats n’a fait que contribuer à aggraver cette situation dont on retiendra, en tête des enjeux, notre déclin économique et son corollaire, la montée du chômage à un niveau quasi incompressible. La France a besoin d’un projet de société respectant les droits de chacun à disposer d’un niveau de vie et de protection propre à garantir son adhésion à la défense du bien commun.

   Nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Les institutions de la Vème République désignant l’élection du président de la République au suffrage universel conduit les citoyens à promouvoir des chefs d’Etat dotés de  pouvoirs exorbitants car sans contrôle des chambres. Ce grand penseur, Raymond Aron l’avait bien observé dans ses Mémoires publiées en 1983.  Analysant la conjoncture bonapartiste, découlant d’un climat de crise nationale, de discrédit du Parlement et des parlementaires, de la popularité d’un homme et, aujourd’hui, d’une femme, devrais-je ajouter, le philosophe prenait ainsi position : « Le bénéficiaire … doit présenter une vertu propre : transcender les querelles françaises, être à la fois de droite et de gauche, unir la France d’avant à celle d’après 1789 ». Plus de trente ans après, ces propos n’ont rien perdu de leur pertinence.

   Quelle leçon pour les candidats à la magistrature suprême ! Au pied de leurs tribunes électorales qu’ils prennent le temps de lire ou relire Raymond Aron et d’en tirer tout leur profit. 

   La réalité de cette campagne est toute autre. Avons-nous besoin que tel ténor des prétoires de la politique nous dicte ce qu’être français ? Chacun de nous le ressent en fonction de son éducation et nos maîtres d’école sont mieux qualifiés pour nous l’enseigner. De l’autre bord de la scène des illusionnistes, tel autre nous dit que « le clivage gauche-droite reste fondateur de la démocratie », alors que les deux derniers quinquennats semblent désavouer son propos.

   Cette Vème République nous a conduits à une impasse et nous avons besoin d’une refonte de nos institutions pour restaurer la voie parlementaire. En attendant l’homme nouveau qui saura mener à terme une telle démarche, disons à l’ex président de la République et au futur sortant « qu’il faut savoir partir ». Si l’un des deux revient aux affaires, cela finira mal et il suffit pour s’en convaincre de rappeler ce que fut mai 1968 pour De Gaulle, reconnu pourtant pour un authentique grand homme. Mais face à la conjoncture bonapartiste, faut-il préférer l’aventurisme du Front National et de son égérie ? « Va donc pour Bonaparte » penseront beaucoup de français, une majorité, avant d’aller voter.

   Incidemment, ces débatteurs de la politique qui pour certains se revendiquent encore du gaullisme dans la pure tradition bonapartiste, songeront-ils à aborder les enjeux du nucléaire civil avec la faillite annoncée d’EDF, sans évoquer le silence de l’Etat sur les victimes des essais nucléaires de la force de frappe dans le Sahara algérien puis en Polynésie française ? Les rescapés pèsent si peu dans le corps électoral que nos candidats à l’élection présidentielle éviteront toute commisération hypocrite en gardant le silence dans la continuité de cet avatar du passé gaulliste. L’irresponsabilité de ces hommes de pouvoir face à leurs actes est bien une menace pour la démocratie sans parler du bien vivre ensemble menacé, de nos jours, par le pronunciamiento identitaire avec le rejet de l’autre.        

 

 

 

 

 

     

 

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