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Billet de blog 26 mars 2022

Guerre d'Algérie, les gaz de combat en question

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France Culture dans les Enjeux internationaux hier matin 25 mars nous a révélé un aspect inconnu de la guerre d'Algérie celui de la guerre des grottes dans les Aurès au Nord Est du pays et dans le massif du Djurjura dans l'Atlas. La réalisatrice de l'émission avait invité la journaliste indépendante Claire Billet qui publie prochainement dans la Revue 21 son enquête sur l'utilisation des gaz de combat dans la guerre des grottes. En 1959 le général Challe voulant en finir avec les combattants de l'ALN lança l'armée française dans une vaste offensive conduite d'Ouest en Est pour neutraliser toute résistance de la part des Algériens. A cette fin il instrumentalisa des sections formées d'appelés du contingent pour déloger l'adversaire qui se servait de ces grottes comme refuges et caches d'armes. Le général Challe utilisa des gaz de combat mis entre les mains de nos soldats avec l'intention d'asphyxier les hommes qui s'abritaient dans les grottes. La journaliste a parcouru la France pour recueillir les témoignages des anciens appelés engagés dans ce type d'opérations. Ceux-ci des années après ont souffert de graves maladies respiratoires jusqu'à obtenir des pensions militaires d'invalidité. Ces hommes du contingent manipulèrent ces gaz avec comme instructions qu'il s'agissait de gaz asphyxiants pour contraindre les hommes d'en face à sortir des grottes. Ils disposaient ainsi de grenades et de cartouches dites fumigènes pour franchir ce nouveau stade de l'horreur. En effet s'il est encore difficile de se prononcer sur la nature de ces gaz et s'ils étaient létaux, quoi qu'il en soit il ressort des témoignages de nos soldats que les combattants algériens ainsi piégés mouraient asphyxiés et que leurs cadavres étaient emmurés faisant d'eux des disparus pour leurs familles. Seule l'ouverture des archives classées encore secret défense permettrait aux historiens de connaître et d'étudier la nature de ces gaz. Dans cette attente il est utile de rappeler que la France à cette époque disposait à B2-Namous dans le Sahara près de la frontière marocaine d'un centre d'essais secret pour le développement de gaz toxiques. Pierre Messmer ministre de la Défense se félicitait des avancées de la France dans ce domaine. Beaucoup de questions se posent à propos de l'utilisation de ces gaz de combat au premier rang desquelles s'ils ne violaient pas les conventions internationales d'interdiction en temps de guerre.

La France et son armée a exposé ses soldats, de jeunes appelés du contingent, à la manipulation de gaz de combat dont ils ont été les premières victimes et laissés dans la totale ignorance des séquelles qu'ils auraient à supporter plus tard. Comment ne pas faire un rapprochement entre l'exposition de nos soldats dans l'emploi de ces gaz de combat et une année plus tard la mobilisation de la troupe aux retombées radioactives des essais nucléaires conduits d'abord à l'air libre à Reggane puis dans des galeries dans la montagne d'In Ekker avec ses nombreux accidents et fuites radioactives. Des anciens appelés témoignent encore aujourd'hui de leurs souffrances d'irradiés et de l'ingratitude dont ils ont fait l'objet de la part de l'Etat gaulliste alors même qu'ils ont été disent-ils utilisés comme des cobayes.

L'armée Française avec les gaz de combat a éliminé ses adversaires algériens en tant que militaires. Au Sahara elle a mis en danger la santé et la vie des populations des oasis ou nomadisant. Comment ici ne pas revenir sur les propos de l'ancien ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt parlant de la haine entretenue contre la France par le pouvoir algérien qui garde en mémoire contrairement aux présidents de la 5ème République les pratiques de terreur utilisées par l'armée française au nom de l'Algérie française contre les combattants algériens pour l'indépendance de leur pays. Le contentieux de la France vis-à-vis de l'Algérie exige que toute la lumière soit faite sur l'utilisation des gaz de combat et la mise en danger de la santé des Sahariens dont les territoires ont été saccagés par les retombées des tirs nucléaires. 

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