Service public, le démantèlement

SNCF et EDF ont été mal gérés et le sont encore avec un président juste remplacé pour le ferroviaire et renouvelé en 2019 pour l'électricien, dont les conséquences sont les dettes abyssales des deux entreprises nationales, 54,5 milliards d'euros pour la première et 69,3 milliards d'euros pour la seconde. Pour la SNCF, ce n'est pas le régime spécial des retraites qui a  contribué à alourdir sa dette mais le choix du tout TGV au détriment de la maintenance des réseaux secondaires garants à l'origine du service public consistant à mettre des trains à la disposition des voyageurs sur tout le territoire. Pour EDF, il faut prendre en compte  le manque d'anticipation sur le vieillissement des réacteurs du parc des centrales nucléaires après des investissements massifs et le gouffre financier sanctionnant l'échec de la construction de l'EPR  de Flamanville. Une nouvelle épée de Damoclès pèse sur l'avenir d'EDF qui ne sait que faire de la production des déchets radioactifs non recyclables qui s'entassent sur des aires de stockages.

Le pouvoir confronté à de tels défis a pris des initiatives dont l'objectif est le démantèlement du service public. Au 1er Janvier 2020, la SNCF autrefois l'image de la réussite de la France dans la conquête du ferroviaire grâce à l'unicité de ses structures industrielles et commerciales, est démantelée en 7 sociétés anonymes parmi lesquelles Le gestionnaire des réseaux à l'origine de la dette, le gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire, voyageurs TGV, intercités TER, Transilien, le transport ferroviaire de marchandises, le gestionnaire de gares. Anticipée dès l'arrivée de Macron aux commandes du pays mais mise en œuvre plus de 2 ans plus tard par son gouvernement, comment ne pas s'étonner du manque de préparation dans cette réorganisation du groupe lorsque deux des sociétés n'ont toujours pas trouvé de président! La justification donnée pour un tel démantèlement est qu'il permettrait une rigueur financière accrue, en particulier une maîtrise de l'endettement de chacune des sociétés.

La même stratégie est proposée pour EDF quand l’exécutif afin d'isoler le risque financier des activités nucléaires  envisage de séparer la production d'électricité et son transport avec ou sans les barrages hydrauliques, des activités de commercialisation de l'électricité aux particuliers et aux entreprises tout en y incluant les énergies renouvelables.

Comment ne pas comprendre que la politique macronienne à l'origine de ces réorganisations consiste à scinder  les activités des deux entreprises d'Etat pour distinguer celles qui sont rentables pour les privatiser en faisant des heureux, des autres déficitaires dont la charge sera supportée par l'Etat et donc les contribuables. Cette vision révisionniste et capitalistique du service public est contraire à ce que fut l'ambition des grands serviteurs de l'Etat, pères fondateurs des monopoles SNCF et EDF de se mettre au service du public à des coûts accessibles à tous. Rien de surprenant que ces deux entreprises nationales aient été la tête de pont des mouvements syndicaux et de leurs conquêtes sociales.

Réformer pour Macron ce n'est pas construire pour redresser le pays mais détruire pour séparer le bon grain de l'ivraie laissant cette dernière aux laissés- pour- compte de notre société de plus en plus inégalitaire. Aujourd'hui, il s'attaque aux régimes des retraites et aux services public en attendant les prochaines cibles.

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