L'avenir du nucléaire français champ clos des technocrates

L’avenir du nucléaire français champ clos des technocrates

Le programme nucléaire français a été et demeure un long parcours semé d’embûches, à commencer par l’arme atomique et ses irradiés des campagnes d’essais au Sahara puis dans le Pacifique, ces oubliés de l’histoire coloniale, suivie du nucléaire civil qui sans connaître de Fukushima est fragilisé par ses dérives avec le problème non réglé de l’enfouissement de ses déchets radioactifs. En effet, nos technocrates bâtisseurs du parc nucléaire en service depuis trente ans ont laissé sans solution la question cruciale du sort des déchets radioactifs lorsque sonnera l’heure du démantèlement de l’outil industriel qui a permis la conversion de l’atome en électricité.

Comment comprendre que notre pays, parmi les premiers, se soit lancé dans cette aventure sans prendre d’engagement pour le futur afin de répondre à cette question de la destination ultime des déchets. Rappelons les premières  initiatives entreprises par l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires) pour le choix de l’enfouissement en couche profonde avec la sélection de deux sites, le premier dans une zone calcaire située dans le sud Vienne (La Chapelle-Bâton), le second en couche argileuse avec le choix de Bure dans la Meuse. L’enquête publique de recevabilité a écarté le calcaire en raison de la présence de failles. Quant à Bure, aucune décision n’a été prise après des années de tergiversations, si bien que la solution de facilité pourrait être l’entreposage à ciel ouvert pour des produits radioactifs sans fin de vie.

Et cependant, notre pays est fier de sa réussite industrielle dans le nucléaire civil, avec des justifications à prendre en considération, le faible coût de l’électricité pour les consommateurs et sa contribution importante à notre indépendance énergétique. Mais, l’histoire du nucléaire français ne s’arrêtera pas en si bon chemin.

Avons-nous une idée du surcoût attendu du démantèlement des centrales avec la mise au rebus des déchets radioactifs ? Vraisemblablement, la réponse n’est pas connue tant qu’une solution ne sera pas retenue pour leur destination. Sans compter que pour gagner du temps, nos exploitants misent sur la prolongation de la durée de vie des centrales. Notre nucléaire nous laisse donc un lourd héritage dont le financement n’est pas maîtrisé. Un tel dilemme devrait amener nos hauts responsables à lancer une grande concertation nationale sur l’avenir de la production d’électricité à partir du nucléaire. Aussi, quel ne fut pas ma surprise d’apprendre que notre champion national, EDF, voulait construire « de trente à quarante » EPR en France. Emboitant le pas à sa ministre de l’écologie, madame Ségolène Royal, le PDG de l’électricien, Jean-Bernard Lévy, a évoqué le 23 octobre dernier, le remplacement complet du parc nucléaire d’ici à 2050. Mais de quelle expérience dispose ce brillant ingénieur pour endosser la responsabilité d’enfermer la France dans son passé nucléaire en choisissant de maintenir la puissance installée de son parc nucléaire à son niveau actuel de 63,4 GW ? Qui plus est, l’annonce est accompagnée de la promotion d’un réacteur nucléaire EPR nouveau modèle, sans doute pour effacer le souvenir des déboires rencontrés en Finlande et à Flamanville (Manche).

Monsieur Jean-Bernard Lévy a passé dix ans, de 2002 à 2012, chez Vivendi comme N°2 et faire valoir de Jean-René Fourtou, son président. Comment croire à son expérience des enjeux de l’énergie et du nucléaire après un si long passage dans cette société de medias et de contenus musicaux ? Que la future politique énergétique de la France au travers du nucléaire soit dictée par des technocrates aussi peu préparés suscite un malaise et ne peut nous empêcher de revenir sur les déboires d’une autre éminence grise de ce sérail de spécialistes, je veux parler de la déroute de madame Anne Lauvergeon à la tête d’Areva ?  

 

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