Grève du 12 février 2013. Quand un mensonge des médias cache une coucherie des syndicats

A priori, il est difficile d'y voir clair dans la présentation fumeuse des tenants et des aboutissants de la grève du 12 février 2013 des enseignants du primaire contre le ministre socialiste Vincent Peillon, concernant le retour à une semaine scolaire de 4 jours et demiLe fin mot de l'histoire

A priori, il est difficile d'y voir clair dans la présentation fumeuse des tenants et des aboutissants de la grève du 12 février 2013 des enseignants du primaire contre le ministre socialiste Vincent Peillon, concernant le retour à une semaine scolaire de 4 jours et demi

Le fin mot de l'histoire

Le fin mot de l'histoire devrait être le suivant : après la suppression des cours du samedi matin, mise en place par Nicolas Sarkozy dès la rentrée 2008, et déguisée alors, de façon toute provisoire, en une mise en place de « soutien scolaire » pour les élèves en difficulté, il s'agirait aujourd'hui de transformer l'essai, pour qu'en fin de compte le service des enseignants du primaire passe définitivement de 27 heures de cours par semaine devant les élèves, à 24 heures.

Le problème est alors celui de la prise en charge des élèves et de l'organisation pratique de leurs activités sur les trois heures qui sont ainsi à nouveau assumées par la collectivité.

Pour les enseignants de la base, le problème, c'est que les difficultés parfois odieuses de leur métier ne se réduisent pas à une question d'horaire devant les élèves, il s'en faut de beaucoup.

Elles ont des causes très diverses dont aucune n'est jamais abordée sérieusement, ceci à cause du sabotage systématique du nécessaire débat sur l'éducation, notamment sur tous les forums internet, par la nomenklatura du Mammouth

Parmi ces difficultés, les réactions relevées sur internet à l'occasion de cette grève en montrent déjà une qui va être exacerbée, elles invoquent la célèbre argumentation « enseignants toujours en grève, nantis et fainéants » avancée par un public que l'on taxe volontiers de populiste, contre laquelle la non moins célèbre argumentation syndicale fourre-tout invoquant « l'intérêt des enfants » et les « conditions de travail » ne changera rien sur les dispositions du public

Noter d'abord que la situation conflictuelle ainsi constatée est une affaire en or pour les états-majors syndicaux, elle contient implicitement le signal fort : « enseignants, vous êtes en danger, syndiquez-vous ! »

 

La double fabulation du journal de 20 heures

Dans le tourbillon déversé par le journal de 20 heures de France2 du même jour 12 février 2013, une double fabulation n'est pas piquée des hannetons :

1°) un court tronçon de manif, filmé de côté, sans aucun panneau lisible, est présenté de façon quasi subliminale, avec un commentaire faisant passer cette manif comme une protestation contre la mesure de 2008 instaurant la semaine scolaire sur quatre jours. Or, on ne se souvient absolument pas qu'il y ait eu quoi que ce soit dans ce sens, internet non plus.

2°) deuxième fabulation : une phrase selon laquelle, à l'occasion de cette suppression des fameux cours du samedi matin, tous les syndicats auraient protesté contre cette suppression.


Pourquoi ce message quasi subliminal n'est pas passé inaperçu

Dès cette époque, j'avais de bonnes raisons de suivre de près ce genre d'information. En effet, dans le cadre de l'opération Ortograf-FR, j'en étais à constater depuis trois ans déjà le sabotage du débat sur l'éducation et les techniques de manipulation avec lesquelles nos pédagos, avec l'appui des médias et des pouvoirs publics, roulent les français dans la farine.

Par exemple, dès avril 2008, j'avais écrit un article intitulé : « Eclairages interdits sur mai 68 », chargeable iciqui a été posté et censuré six fois en deux jours sur le forum Education de France2, autour du 7 avril 2008, donc peu avant la commémoration du quarantième anniversaire. Cet article est lui-même résumé sur une page avec le titre : « Mai 68 : la propagande officielle vous cache l'essentiel », chargeable ici

Etant ainsi présensibilisé, je ne pouvais pas manquer de remarquer et de vérifier rigoureusement au contraire l'absence totale de toute protestation, de la part des syndicats d'enseignants comme de la part des appareils des fédérations de parents d'élèves.

La fabulation du journal de David Pujadas arrive donc à fabriquer de toutes pièces des événements qu'on n'arrive pas à trouver sur internet, même en cherchant bien.

 

La révélation subversive de la première supercherie

Ce qui a été annoncé en 2008 aux français, ce n'était pas du tout la suppression des cours du samedi matin dans les écoles primaires. C'était au contraire la mise en place d'un « soutien pour les élèves en difficulté ». Rien de tel qu'une action de charité pour imposer le respect en bluffant le public.

J'ai alors diffusé, dans la modeste limite de mes possibilités, le mini-tract intitulé : « les deux heures de « soutien » scolaire : un calcul de voyous », chargeable ici  (c'est sur le polycop Ortograf 2010)

Les effets cocasses de sa rediffusion spontanée sont décrits sur Médiapart dans un article intitulé : « la semaine scolaire sur quatre jours et demi au primaire : le récapitulatif bidonnant », chargeable ici

 

 

Une division des français faite avec la complicité des médias, par le pouvoir politique

Comme on l'a dit plus haut, une bonne partie des réactions constatées sur internet à propos de cette grève traite volontiers les enseignants de fainéants . Voir par exemple sur Le Télégramme.com, les commentaires à l'article intitulé : « Rythmes scolaires. 36,2% de grévistes en Bretagne ». C'est ici

Cette accusation de paresse est fréquente dans une partie de l'électorat de l'UMP, comme il est constaté dans l'article d'une page intitulé : « Marchands d'orthographe, fabricants de haine », à voir ici.  c'est dans lepolycop Ortograf 2010

Comme par hasard, aucun  journaliste n'a ouvert les yeux du public sur le fait que le soutien scolaire annoncé, étant fait dans des conditions chaotiques, était destiné à tomber aux oubliettes dans les plus brefs délais.

Autrement dit, pas un journaliste n'a fait remarquer à l'électorat de Nicolas Sarkozy que, si paresse des enseignants il y avait, cette paresse était comblée par la suppression du samedi matin décidée par son leader.

 

Complicité des syndicats d'enseignants pour une opération de démantèlement du service public d'éducation

En réalité, Nicolas Sarkozy donnait aux syndicats d'enseignants la possibilité de se faire valoir à brève échéance devant leur base, en affichant l'exploit d'avoir obtenu une réduction substantielle du temps de travail de la profession. Il pouvait alors être assuré d'une complicité apportant des commodités politiques immédiates, et surtout des atouts insoupçonnés dans la perspective de futures élections.

Encore actuellement, en lançant les enseignants dans la rue avec leur célèbre argumentation fourre-tout, les leaders syndicaux espèrent secrètement le changement de majorité qui leur permettra de forniquer en secret.

Si cette suppression des cours du samedi matin avait été présentée par des médias fonctionnant honnêtement, elle n'aurait pas manqué de mettre en évidence un véritable délit de complicité pour une opération de démantèlement du service public d'éducation.

 

Conclusion : un jeu de dupes qui est le fondement de l'immaturité politique française

- Nicolas Sarkozy a trompé ses électeurs en privant des cours du samedi matin tous les élèves ayant une scolarité bonne ou normale

- Les syndicats d'enseignants ont trompé leur base en apportant un appui plein et entier au démantèlement du service public d'éducation

- Cette double duperie est permise par la complicité de médias qui maquillent la vérité

 

On a là un bel exemple où les complices de deux camps opposés sont gagnants dans un sabotage secret et concerté de l'intérêt général.

Moyennant une manipulation suffisante, chaque clientèle politique ainsi trompée rejette  la responsabilité de ce qui ne va pas sur la clientèle de l'autre camp, et en vient à demander une protection, complètement illusoire, à ses propres chefs qui, en réalité, la trompent. 

Ce jeu de dupes mérite d'être démasqué le plus largement possible parce qu'il est le fondement de l'immaturité politique française.

Voir aussi, notamment :

« La revalorisation de la profession enseignante passe par l'opération Ortograf », c'est ici

« L'alphabet français : histoire et situation fin 2012 »,  ici

 « Les excellentes raisons de l'excellence finlandaise », ici.

 

Ortograf-FR sites : 1°) Makyavel 2013 2°) Alfograf 3°) Ortograf chez free 4°) blog ortograf .nouvelobs 6°) blog mediapart louis rougnon glasson

doc f405 d02 février 2013

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