Après les européennes, comment relancer le Front de gauche ?

Texte d'un article rédigé à la demande du bulletin d'Ensemble!, une des composantes du Front de gauche (voir : https://www.ensemble-fdg.org/sites/default/files/ensemble_-_le_bulletin_-_numero_4.pdf)

Il faut d'abord s'entendre sur le diagnostic. Certes, la politique du gouvernement déconsidère le parti socialiste et l'éloigne de sa base naturelle, y compris électorale. Au vu des résultats, le Front de gauche n'en tire aucun profit et tout se passe comme si la déconfiture socialiste entraînait toute la gauche vers le bas. S'ajoute à cela, s'agissant du scrutin européen, le refus justifié, de plus en plus large dans la population, des injonctions européennes à l'austérité et, par conséquent de l'Europe libérale actuelle. De là à contester l'Union européenne elle-même, il n'y a qu'un pas que beaucoup d'électeurs ont dû franchir, se réfugiant dans l'abstention voire le vote pour le Front national dont la position simpliste (repli national, sortie de l'euro, fermeture des frontières, etc.) peut, dans ce contexte, faire illusion.

Le problème aujourd'hui, c'est que les partis dominants au sein du Front de gauche semblent en rester là, sans s'interroger beaucoup sur les responsabilités propres du Front de gauche et de ses principales composantes dans la campagne électorale et, de façon plus générale, sur son mode de fonctionnement et sur l'innovation politique qu'il a pu un moment incarner (à gauche en tout cas). En somme, il n'y aurait que des causes externes.

Or, les difficultés internes qui, pour l'opinion, sont apparues comme des problèmes d'appareils, ont pu stériliser les espoirs nés en 2012 et dissuader de voter pour un cartel aux pratiques et même aux messages politiques aussi incohérents. Comment comprendre (et admettre) par exemple une prise de position comme celle de la tête de liste dans le Grand Est écrivant le 8 avril sur son blog : « Cette Europe est définitivement irréformable. Il faut en finir et rendre leur pleine souveraineté aux peuples. ». Ce qui est en totale contradiction avec les positions (connues) du Front de gauche et de ses composantes et relève d'une concurrence en l'espèce infantile et vouée à l'échec avec le Front national.

Comment en sortir ? Dans ce domaine aussi, on peut être inquiet. Chacune des composantes est certes consciente du fait que le Front de gauche n'y arrivera pas tout seul. Et même qu'il ne peut guère espérer dans les conditions actuelles jouer tout seul un « rôle dirigeant » dans le rassemblement espéré avec les mouvements sociaux, EE-LV, la gauche du PS, le NPA, Nouvelle Donne, etc. Mais il y a des ambiguïtés : qui doit prendre les initiatives ? Le Front de gauche en tant que tel ? Ou telle ou telle composante, ce qui renforcerait le côté cartel actuel ?

Je plaide pour que l'on écoute et entende les divers groupes qui, depuis les élections, se sont inquiétés de l'avenir du Front de gauche et ont appelé qui à une refondation, qui à un nouveau départ. Parmi les signataires, il y avait beaucoup de militants n’appartenant à aucune des composantes. Continuer à fonctionner en cartel présenterait le risque de les perdre, alors qu'il s'agit d'un « gisement » important pour la dynamique du Front de gauche. Leur donner une place plus grande, c'est aussi se donner un outil pour « réguler » les rivalités entre organisations – qui subsistent, ne nous voilons pas la face, et sont structurelles en quelque sorte, car elles se nourrissent de la nature même du Front de gauche. Et la meilleure façon de le faire, c'est de permettre les adhésions directes. Cela ne veut pas dire créer une nouvelle composante. Il va donc falloir innover car le Front deviendrait alors un ensemble constitué d'individus et de partis.

Cette coexistence ne sera durable que si on s'appuie davantage sur des structures horizontales, à commencer par celles qui existent actuellement : Conseil national, fronts thématiques et, surtout, assemblées citoyennes. Et que l'on en crée de nouvelles. L'enjeu sera alors de les faire vivre, c'est-à-dire d'en faire des lieux d'élaboration et non des lieux de discussion sur des décisions déjà prises « en haut » ou de mobilisation à l'occasion des élections. Ce qui revient à renverser la pyramide actuelle !

5 juin 2014

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