Au temps du coronavirus, soutenir libraires et éditeurs indépendants

Le coronavirus crée un paradoxe. Il ralentit la vie et laisse du temps pour des activités délaissées dans le tourbillon habituel. Parmi elles, la lecture. En même temps le confinement contraint les librairies à fermer, ce qui menace l'existence même de certaines. Et par contrecoup celle des éditeurs les plus fragiles, qui sont aussi ceux restés en dehors de la concentration capitaliste.

Un des imprimeurs habituels des éditions du Croquant vient d'informer qu'il allait fermer en fin de semaine. Pour combien de temps ? « Jusqu'à nouvel ordre », pour reprendre une formule décidément à la mode. C'est un nouveau chaînon, essentiel, du processus de publication des livres qui est touché par les conséquences de la prolifération du coronavirus. Avec pour premières victimes les librairies et l'édition indépendantes. Et par conséquent les lectrices et les lecteurs attaché·es à la possibilité de lire des œuvres échappant au rouleau compresseur des concentrations en cours dans ce secteur, qu'il s'agisse de l'édition, de la diffusion/distribution ou de la librairie.

François Gèze a déjà ici même tiré la sonnette d'alarme, en mettant l'accent sur le risque de voir la (très) grande distribution symbolisée notamment par Amazon être la grande bénéficiaire des dérèglements actuels dus au confinement et à la fermeture forcée des librairies (à l'exception là encore d'un autre « grand », les rayons spécialisés des supermarchés). Sur les réseaux sociaux, l'historienne Ludivine Bantigny a diffusé un message pour dire : « Comme beaucoup d'entre vous, je pense tout particulièrement aux librairies et maisons d'édition qui vont traverser plus que d'autres une période de tourmente. Comment pourrions-nous aider, collectivement et en activant certaines solidarités élémentaires ? Une collecte, une souscription? Avec un texte de lancement? Si nous nous y mettons avec toutes celles et tous ceux, autrices, auteurs et puis bien sûr lectrices et lecteurs, que nous connaissons, par un principe démultiplicateur, cela pourrait avoir un peu d'effet. Qu'en pensez-vous ? »

En tant qu'éditeur et gérant des éditions du Croquant, je m'associe totalement à ces deux prises de position, qu'il convient donc de relayer largement. Il semble aujourd'hui que beaucoup de libraires soient contraints en plus de renoncer à vendre des livres en ligne, moyen qui risque de toute manière d'être de moins en moins praticable si les services de la poste devaient être réduits.

Dans ce contexte, beaucoup d'éditeurs indépendants continuent à proposer leurs publications sur leur site. C'est le cas des éditions du Croquant (http://www.editions-croquant.org/). Et de bien d'autres fort heureusement. Il faut donc continuer (ou commencer) à les acheter par ce moyen dans la situation actuelle. Il serait dommage en effet que des publications récentes, œuvres d'auteur·es exigeant·es, ne trouvent pas leur public autrement que via les (très) grands distributeurs par correspondance.

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