Gauche de gauche et Islam

Ce texte, écrit au mois d'août, est paru dans le numéro de septembre de la revue Savoir/Agir. Il se veut à la fois complément et réponse à des articles sur le même sujet parus dans la revue. Il prend le parti de celles et ceux qui pensent que non seulement l'islamophobie existe mais qu'elle est une forme de racisme à combattre résolument, sans l'opposer à aucune autre.

« J'ai tout de suite dit que je voulais maintenir la braderie, et ne pas céder à la peur du terrorisme », selon Martine Aubry, maire de Lille, quelques jours après l’attentat meurtrier de Nice en juillet. Pourtant, moins de trois semaines après, la même annonçait la « décision douloureuse » de renoncer cette année à organiser une manifestation commerciale vieille de plusieurs sièclesi. Le terrorisme aveugle atteint donc son objectif : faire que la menace agisse, sans avoir nécessairement à la brandir de manière explicite.

Dans le cadre de cette chronique, l’objet n’est pas de revenir sur les analyses très diverses faites ici ou là d’un phénomène, le terrorisme, dont l’histoire n’est pas nouvelle mais qui frappe aujourd’hui aveuglément notre pays. On essaiera plutôt de voir comment les partis et les mouvements de la gauche de la gauche abordent la question.

Reste que ce qui frappe, c’est, au-delà des réactions d’horreur devant des assassinats froidement commis et que Daech s’empresse de revendiquer même si les enquêteurs ont parfois du mal à établir le lien exact avec leurs auteurs, inventant de nouveaux concepts comme celui de « radicalisation rapide » pour boucher les trous de l’enquête, les attitudes quant au fond du débat peuvent être diamétralement opposées. De même que les remèdes proposés. Sans même parler des nombreux personnages et sites, pas tous d’extrême-droite malheureusement, qui se saisissent de l’occasion pour tenter de jeter le discrédit sur l’ensemble de celles et ceux qualifiés de « musulmans »ii, on reste étonné devant la surenchère entre certains des candidats de droite ou aspirants tels aux prochaines élections. Beaucoup s’inscrivent délibérément dans une logique de guerre des civilisations. Hervé Morin décroche sans doute le pompon dans ce genre : pour lui, « il nous faut israéliser notre sécurité »iii, oubliant au passage, comme le rappelle l’ancien député européen Francis Wurtz, que l’exemple « qu’il recommande de suivre est celui d’un État qui a institutionnalisé un apartheid de fait, où une violence extrême est, au nom de la sécurité, quotidiennement exercée contre une partie de la population, considérée comme intrinsèquement suspecte, et vis-à-vis de laquelle la détention illimitée sans inculpation et les punitions collectives tiennent lieu de justice ! »iv.

En contrepoint, beaucoup, et pas seulement des catholiquesv, ont salué les déclarations du pape François, refusant tout amalgame entre islam et terrorisme, expliquant que les catholiques pouvaient être aussi violents que les musulmans et déclarant que l’Europe était en train de pousser une partie de sa jeunesse vers le terrorisme.Pour lui, et on aimerait l’entendre plus souvent malgré la complexité de la situation, le terrorisme « prospère quand le dieu de l’argent est placé en premier » et « quand il n’y a pas d’autre option […] Combien parmi nos jeunes Européens avons-nous abandonné sans idéal, sans travail ? Alors ils se tournent vers les drogues, vers l’alcool, et vont là-bas s’engager avec les groupes fondamentalistes. »vi

Sans doute faut-il tenir compte du fait que le pape joue la solidarité entre les religions, conformément à la doctrine actuelle de l’Église catholique qui a renoncé à tout monopole dans le domaine religieux et estime que devant le recul global du sentiment religieux, les religions doivent faire front ensemble. Ce qui est aussi une des explications des manifestations de solidarité réunissant tous les grands cultes – chrétiens, musulman et juif – quand l’un d’entre eux est touché. L’assassinat du prêtre de Saint-Étienne du Rouvray l’a encore illustré.

Mais cette interprétation des faits, très loin des amalgames entre islam et terrorisme, loin aussi des injonctions aux « musulmans modérés » de condamner les attentats – ce qu’il font au demeurant sans avoir besoin de l’avis de qui que ce soit – se retrouve chez d’autres personnes, pas du tout impliquées dans les relations entre religions.

Au cours de son audition par la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale en mai dernier, Patrick Calvar, le « patron » de la Direction générale de la sécurité intérieure, après avoir confirmé que selon lui « la France était le pays le plus menacé » par Daech, a ainsi attiré l’attention des députés sur le fait que « si on se limite à une réponse sécuritaire, on se trompe » et qu’on constate « chez la plupart de ceux que [nous] arrêtons, un profond mal-être [alors que] la seule idéologie qui leur donne une raison d’espérer en ce bas monde est l’extrémisme religieux »vii.

On se contentera de signaler ici, par contraste et comme exemples du campus radicalism qui sévit chez tant d’auteurs très éloignés des débats dans la vie réelle, les doctes interrogations sur le fait de savoir s’il s’agit de terrorisme ou de « crime génocidaire »viii, si le qualificatif fasciste traduit bien la nature profonde de Daechix, etc. Comme c’est souvent le cas, certaines contributions d’origine anglo-saxonne, moins idéologiques, permettent bien mieux de comprendre la nature profonde de Daech et du phénomène islamiste en généralx.

L’islamophobie ambiante

L’expression est d’Alain Marsaud, député de la droite plutôt dure et donc a priori peu enclin à défendre les « musulmans », particulièrement nombreux chez les « immigrés » que lui et les siens refusent d’accueillir en Francexi. On notera, ce qui est la règle quasi générale maintenant, l’absence de tout guillemet ou autre signe de distance prise à l’égard du mot dans le compte-rendu publié au Journal Officiel déjà cité. L’usage social l’a donc emporté sur les considérations savantes, aux racines diverses, qui voudraient que le mot ne soit pas utilisé.

C’est une évolution constante depuis une dizaine d’années et peu nombreux sont aujourd’hui ceux qui nient la réalité de cette forme de racisme ou qui, tout en la reconnaissant, ne veulent pas utiliser le mot islamophobie. Leur résistance est une caractéristique française, les pays anglo-saxons et les organisations internationales ayant à traiter de racisme n’ayant jamais manifesté la même hésitation à ce propos.

À l’origine, la mise en cause du vocable n’est venue ni de la recherche, ni du monde associatif et politique, mais d’une journaliste/essayiste, Caroline Fourest (avec Fiammetta Venner), au prix – comme d’autres l’ont montré depuis – d’une falsification, ou tout au moins d’une erreur historiquexii. Elles faisaient remonter l’introduction du mot aux « mollahs » iraniens dans les années 1970 et à celui qui est resté jusqu’à aujourd’hui la bête noire de beaucoup de pourfendeurs de l’islam, Tariq Ramadanxiii. Elles avaient cependant le mérite de mettre en cause l’extrémisme islamiste et non les musulmans, en même temps que les fondamentalistes juifs et chrétiens d’ailleurs.

Que reproche-t-on à l’usage de ce mot ? À juste titre, sa construction lexicale. Elle pourrait laisser entendre, du moins selon beaucoup de ceux qui refusent d’utiliser le mot, qu’il interdirait la critique de l’Islam. Quelle que soit sa valeur, cet argument est cependant affaibli, d’une part par l’usage aujourd’hui à peu près généralisé du mot, y compris par ceux qui ne veulent absolument pas renoncer à leur droit de critique des religions, d’autre part parce que le même argument vaut pour bien d’autres termes, à commencer par celui d’antisémitisme, qui fait référence aux sémites, ce qui inclut les Juifs mais aussi… les Arabes et quelques autres.

Au-delà de cette querelle subalterne et un peu dépassée aujourd’hui, l’islamophobie est-elle seulement un leurre brandi par les islamistes pour faire oublier leur véritable dessein, à savoir celui de soumettre la société à la loi islamique, de (ré)introduire le blasphème dans notre législationxiv et la domination masculine dans nos modes de vie ? Ou peut-on y réfléchir et combattre l’islamophobie tout autant que l’antisémitisme, et le racisme en général ? Ce débat traverse aujourd’hui la gauche de gauche, ses composantes politiques comme les associations.

Dans les partis politiques

À son dernier congrès (en juin 2016), le Parti communiste s’est retrouvé pour la première fois contraint de passer par un vote pour faire adopter un texte où figure le mot islamophobie. Pour Alain Hayot, responsable des questions culturellesxv, « il y a trois ans, le texte proposait de combattre toutes les formes de racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie, sans que cela pose de problème à personne. Mais depuis, il y a eu débat dans la société française, les attentats, etc. Les opposants voulaient donc simplement écrire : “condamner les actes anti-musulmans” ». Pour lui, cela ne règle pas la difficulté lexicale car, en arabe, « le mot islam est dans le mot musulman, dire anti-musulman ou islamophobie est donc à peu près la même chose. En fait, c’est un débat qui nous est imposé de l’extérieur, par Élisabeth Badinter par exemple, qui se revendique islamophobe sans d’ailleurs y mettre de guillemets ». De façon plus générale, la question du rapport au religieux n’est jamais simple pour un parti politique, qui cherche à rassembler alors que la religion divise. Pour lui, « la question de l’Islam est rendue encore plus complexe par le fait que derrière celle des attentats ou du voile se pose celle de l’imaginaire colonial, voire des croisades. L’histoire récente – cf. la tentative de Nicolas Sarkozy de faire adopter la notion de bienfaits du colonialisme – montre que notre pays n’assume toujours pas les guerres coloniales. Ce qui est aujourd’hui en cause, ce n’est donc pas une religion mais le regard porté sur les immigrés en général et les musulmans en particulier. Nous assistons au déploiement d’une stratégie de constitution d’un bouc émissaire. Cela ne peut plus être les juifs, pour des raisons évidentes. Mais les fantasmes qu’on diffuse sont semblables (dans les années 1930, on accusait les juifs de tuer leurs enfants pour en boire le sang…). Pour le Parti communiste, il ne peut pas y avoir concurrence entre les victimes. Il combat le même processus de constitution de boucs émissaires, même s’il frappe aujourd’hui une autre catégorie de la population ». Comment le Parti communiste voit-il dans ces conditions la question de la laïcité ? « Nous nous situons dans la lignée de Jean Jaurès : la laïcité doit émanciper et non pas interdire et brimer. La logique qu’on nous assène aujourd’hui n’a fondamentalement rien à voir avec la religion, c’est celle du capital qui veut diviser les travailleurs. En ce sens, combattre l’islamophobie, c’est permettre la convergence des travailleurs, quelle que soit leur religion ou leur absence de religion. S’agissant par exemple du voile, nous ne croyons pas que l’interdire soit une bonne solution. Nous cherchons au contraire à associer les femmes au combat afin qu’elles se libèrent elles-mêmes. Nous pensons en effet que la lutte pour l’émancipation ne peut réussir que si elle est menée par les dominés eux-mêmes. »

Le Parti de gauche, qui participe aux mêmes combats contre le racisme et les discriminations, n’utilise pas en revanche le mot islamophobie mais préfère parler de racisme anti-musulmans. Pour Éric Coquerelxvi, « ce terme n’est pas très adéquat non plus car il mélange racisme et religion. Mais il faut reconnaître que cela traduit ce qui a gagné les esprits, que la religion soit d’ailleurs réelle ou supposée. Mais le mot islamophobie dérange au sein du Parti de gauche car il peut vouloir dire qu’aucune critique de l’Islam n’est possible, sous peine d’être traité d’islamophobe ». Éric Coquerel fait remonter aux années 1980-90 ce qu’il appelle une « bataille perdue ». Pour lui, « c’est la période où Huntington invente le choc des civilisations, celle de la présidence Bush (père) et de la première guerre du Golfe, de l’arrivée au pouvoir des islamistes intégristes en Iran, etc. Cela nous conduit à accepter de mettre le racisme en relation avec la religion. En même temps, le gouvernement israélien arrive à légitimer son action et notamment la colonisation au nom du choc avec l’islamisme radical prêté aux Palestiniens, qui eux-mêmes ont à faire la clarté à ce propos, notamment à Gaza. Jusque-là, le racisme et la xénophobie très réels envers les Arabes étaient analysés et condamnés de façon indépendante de la religion. Aujourd’hui, le choc des civilisations a gagné les esprits. Pourtant, sur le terrain de la religion, tout est piégé. Il faut imposer que la critique des religions reste possible ». Y a-t-il un rapport entre le racisme anti-musulmans et l’histoire coloniale ? Pour Éric Coquerel, « il faut se garder d’une approche relativiste et d’une grille de lecture qui interdirait la critique d’une religion au motif qu’elle est la religion des défavorisés. On doit toujours pouvoir le faire, c’est une question de laïcité ». Y a-t-il débat à ce sujet au sein du Parti de gauche ? « Bien sûr, ce que j’exprime, c’est l’opinion de la majorité. Ceci dit, vu la façon dont le terme s’est répandu aujourd’hui partout, il n’est plus très grave de l’utiliser ou non ! »

Dans le mouvement social

Ces débats traversent toutes les organisations, à des degrés divers bien entendu. Ils prennent des formes variées. Quel rapport avec les attentats ? Quels rapports entre lutte contre l’antisémitisme et lutte contre l’islamophobie ? Avec qui agir et sous quelles formes ? Quelles alliances ? Que dire de l’état d’urgence et surtout de sa prolongation répétée ?

Ces derniers mois ont vu se constituer plusieurs collectifs, enfants en quelque sorte de l’état d’urgence. Ces collectifs se sont retrouvés aussi à Nuit Debout. La nouveauté, c’est l’inclusion des associations « musulmanes », y compris le parti des Indigènes de la République, et du thème de l’islamophobie. On a pu constater aussi, sur l’autre versant, la multiplication des appels à la haine sur les réseaux sociaux et sur le terrainxvii. Et, ce qui n’est pas la même chose, le raidissement des tenants d’une certaine conception de la laïcité avec de nombreuses interventions dans les médias et la création du Printemps républicainxviii.

À l’origine, peu après les attentats de janvier 2015, une vingtaine de personnalités (universitaires, militants associatifs d’horizons divers) initiaient un manifeste : Unissons-nous contre l’islamophobie et les dérives sécuritairesxix pour affirmer que la « solidarité avec les victimes des attentats sanglants doit s’étendre à tous ceux qui sont aujourd’hui pris comme boucs émissaires et qui ressentent au quotidien, notamment dans les quartiers populaires, les effets d’une haine instillée depuis de nombreuses années. […] Nous condamnons résolument toute forme de racisme, d’antisémitisme ou d’islamophobie qui chercherait à tirer prétexte des tragiques événements que nous avons vécus. » Dans la suite de cet appel, de nombreuses organisations appelaient pour le 6 mars à un meeting « contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritairexx ».

C’est cependant l’institution de l’état d’urgence en novembre 2015 et, singulièrement, le projet de déchéance de la nationalité, qui allaient être plus directement à l’origine d’une remobilisation des associations de lutte qui allait se renforcer à partir du mois de mars 2016 avec les manifestations contre la loi El Khomri.

Cette mobilisation s’est faite, comme souvent à gauche, en ordre dispersé. L’atteinte directe à des droits considérés comme acquis en France a conduit, très vite après les attentats du 13 novembre, la Ligue des Droits de l’Homme et la mouvance laïque traditionnelle (Ligue de l’enseignement, syndicats, etc., mais à l’exclusion des partis politiques, apparaissant seulement comme soutiens) à lancer le 25 novembre 2015 l’appel « Nous ne céderons pas » et peu après le texte « Sortir de l’état d’urgence ». Une pétition suivra : « Pour nous, c’est définitivement non ! »xxi.

Le collectif Stop état d’urgence s’est constitué à peu près au même moment que le précédent, à partir d’organisations plus habituées aux actions revendicatives publiques (des syndicats comme Solidaires, le DAL, le syndicat de la magistrature, etc.). Les doubles appartenants étaient cependant très nombreux, ce qui a contribué à faire que les appels à manifester qui se sont succédé sur le double refus de l’état d’urgence et de la déchéance de nationalité (le 30 janvier, le 5 février, le 12 mars, etc.) ont été communs.

Enfin, le collectif Ni guerres ni état de guerrexxii a choisi comme thème de mobilisation non pas la politique intérieure du gouvernement mais sa participation à diverses actions de guerre extérieure et, surtout, au commerce international des armes. Pour les signataires de l’appel lancé en février 2016, « l’État qui mène ces guerres, en pompier pyromane, nous entraîne dans une spirale infernale ayant pour effet de renforcer la haine qui débouchera sur d’autres attentats. Les Rafale tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan ».

Et maintenant ?

Aucun de ces derniers textes n’aborde directement la question de l’islamophobie. Mais le grand changement déjà évoqué par rapport aux collectifs de ces dernières années, c’est la présence dans chacun d’eux d’associations qualifiées de façon sans doute un peu sommaire de « musulmanes » : le Comité contre l’islamophobie en France, Participation et spiritualité musulmanes, occasionnellement l’UOIF…, et, lorsque le collectif accepte les partis politiques, le Parti des Indigènes de la République. Ces alliances de type nouveau devaient permettre une meilleure compréhension réciproque de ce qu’est l’islamisme radical, sans les excès des spécialistes de la mise en spectacle des débats sociaux, et par là de combattre toutes les formes de racisme qui rongent la société, notamment l’antisémitisme et l’islamophobie (ce que la présence active d’Une Autre voix juive ou de l’Union juive française pour la paix ne peut que favoriser, en évitant d’opposer les deux).

Roland Gori, psychanalyste et un des initiateurs de l’Appel des appels, se situe dans cette perspective. Il ne croit pas que le monde soit face à un choc des civilisations ou qu’il s’agit de guerre de religion. Il cite Sébastien Castellion, ce protestant qui s’est opposé à Calvin à la suite de l’exécution de Michel Servet à Genève pour hérésie au seizième siècle : « Tuer un homme n’est pas défendre une doctrine, tuer un homme c’est d’abord et avant tout un homicide. » Pour Gori, « ce qui se produit aujourd’hui, ce ne sont pas des guerres de religion ou bien de civilisation. Nous sommes face à quelque chose de l’ordre du meurtre et ces meurtres ont un rapport étroit avec les passions nihilistes d’une époque qui a justement oublié les grandes valeurs de l’humanisme, valeurs de l’humanisme qui ne sont pas propres à l’Occident mais qui sont partagées par bien des cultures et des civilisations »xxiii. Ou comme l’a dit le maire communiste de Saint Étienne du Rouvray après « avoir pris connaissance de l’ineffable » : « Soyons ensemble les derniers à pleurer et à être debout contre la barbarie et dans le respect de tous. »xxiv

Résister à la fermeture de l’« Occident » sur lui-même, favoriser le respect de tous en combattant toutes les formes de discrimination pourrait être une des grandes tâches des nouveaux types de regroupements évoqués ici, grâce précisément à leur diversité sociale, culturelle et religieuse. n

 

i.
Le Monde.fr, 6 août 2016.

ii.
Cette essentialisation des « musulmans » en un ensemble homogène est ancienne. Dans un article par ailleurs hostile aux « indigénistes et aux gauchistes islamophiles », Fatiha Boudjahlat rappelle une déclaration de la Cour d’appel d’Alger en 1903 : « Le terme musulman n’a pas un sens purement confessionnel mais désigne au contraire l’ensemble des individus d’origine musulmane qui, n’ayant point encore été admis à la naturalisation ont nécessairement conservé leur statut personnel musulman, sans qu’il y ait lieu de distinguer s’ils appartiennent ou non au culte musulman ». Fatiha Boudjahlat, secrétaire nationale du Mouvement républicain citoyen à l’éducation, Marianne.net, 18 août 2016. Rien ne semble avoir changé depuis un siècle, à lire certains écrits !

iii.
Le Figaro, 27 juillet 2016.

iv.
L’Humanité Dimanche, 4 août 2016.

v.
Un récent sondage Ifop vient de montrer cependant que la communauté catholique nationale est très en retrait, dans sa majorité, par rapport au pape. La présence de musulmans est « une menace pour l’identité de notre pays » pour 55 % des catholiques pratiquants, contre 47 % pour l’ensemble des Français. Voir « Les catholiques pratiquants moins tolérants envers les musulmans », Le Monde, 13 août 2016.

vi.
Toutes ces citations sont de Le Monde.fr, 1er août 2016.

vii.
Citations extraites du compte-rendu n° 47 de la Commission de la défense nationale et des forces armées, séance du 10 mai 2016, Journal officiel, sur le site de l’Assemblée nationale.

viii.
Richard Rechtman, Télérama, 27 juillet 2016.

ix Vincent Presumey, « Pourquoi il faut parler de fascisme à propos de l’islamisme politique radical », Médiapart, 6 août 2016. L’auteur est par ailleurs un des signataires de l’appel pour un printemps républicain.

x.
Peter Harling, « Une réinvention radicale du djihadisme. La dynamique inédite de l’organisation de l’État islamique », orienxxi.info, 9 août 2016. Peter Harling collabore aussi au Monde diplomatique. On citera aussi Camille Belsœur, « Daech veut détruire l’“espace de coexistence” entre musulmans et non-musulmans », Slate.fr, 26 juillet 2016.

xi.
Selon le Journal officiel, op. cit., Alain Marsaud pose la question : « Pourquoi sommes-nous les premiers ciblés et que faire pour ne plus l’être ? Devons-nous intervenir à un moindre degré en Syrie et en Irak ? Doit-on partir en chasse contre l’islamophobie ambiante ? »

xii.
Le terme apparaît dès le début du vingtième siècle dans divers textes, dont certains rédigés par des officiels de la République. Voir à ce propos, Gérard Mauger, Islamophobie (1), Savoir/Agir, n° 36, juin 2016, et plus particulièrement le rappel historique dans la note 7, p. 115.

xiii.
Pour reprendre les mots de Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble et élue régionale, « le nom de Tariq Ramadan [qu’elle décrit sans concession comme un “orthodoxe conservateur, lié aux frères musulmans”] suscite des réactions hyperviolentes qu’aucune autre personnalité religieuse à orthodoxie équivalente dans d’autres Églises ne suscite », Le Monde.fr, 26 avril 2016.

xiv.
Notons pour l’anecdote que le délit de blasphème continue à exister sur le territoire de la République, notamment en Alsace-Moselle. Ce que Jean-Luc Mélenchon, entre autres, ne manque jamais de rappeler.

xv.
Entretien avec l’auteur, juin 2016.

xvi.
Coordinateur du Parti de Gauche. Entretien avec l’auteur, juillet 2016.

xvii.
Le 26e rapport de la Commission nationale consultative sur les droits de l’Homme montre que les actes antimusulmans « ont crû de façon particulièrement inquiétante en début et en fin d’année 2015, en lien avec les deux vagues d’attentats parisiens de janvier et novembre. ». La Corse détient un bien triste record avec un nombre d’actes islamophobes par habitant près de cinq fois plus élevé que celui de la région qui suit. Voir : « La Corse en tête des actes antimusulmans en France », Le Monde.fr, 15 août 2016.

xviii.
Le texte fondateur est disponible sur un site dédié. On y voit un certain nombre de leaders du PS proposer de redéfinir la laïcité et la République avec le journal en ligne Causeur et ses amis de la droite extrême. Mais le texte est signé aussi par des élus et responsables politiques des « frondeurs », des Verts et des communistes. Ce qui illustre l’effacement, déjà évoqué, des lignes de clivage traditionnelles à propos de ces questions. Par contre, Caroline Fourest a refusé de s’y associer, préférant un « compromis laïque bien plus modéré que le radicalisme de certains membres du Printemps républicain », selon son compte Twitter.

xix.
Disponible sur Mediapart, https ://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/050315/manifeste-unissons-nous-contre-l-islamophobie-et-les-derives-securitaires

xx.
Selon Mediapart, Attac, Ensemble !, le PCF, EELV, l’Union juive française pour la paix (UJFP), l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), Stop le contrôle au faciès, les Indigènes de la République et de nombreuses autres organisations appellent à un rassemblement le 6 mars prochain contre l’islamophobie et pour les libertés publiques », Mediapart, 19 février 2015. Cette réunion a été suivie d’autres qui ont donné lieu à des attaques violentes de Jean-Marie Le Guen et du Premier ministre contre les « islamo-gauchistes » et, nommément, Clémentine Autain, affirmant de façon mensongère que celle-ci y avait fait tribune commune avec Tariq Ramadan, Le Monde.fr, 26 avril 2016, art. cit.

xxi.
Tous ces textes sont disponibles sur le site http ://www.nousnecederonspas.org.

xxii.
Voir : http ://collectifantiguerre.org/. Le site donne notamment les signataires de l’appel initial.

xxiii.
Roland Gori : « Face à la terreur, le défi est de donner des raisons d’espérer, de penser l’avenir », L’Humanité, 27 juillet 2016. On pourra consulter aussi le grand entretien qu’il a consacré à notre revue dans Savoir/Agir, n° 33, septembre 2015.

xxiv. « Les larmes du maire de Saint-Etienne-du- Rouvray: Soyons les derniers à pleurer », Site de BFM/TV, 26 août 2016.

 

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