Le Ravi, 100e numéro d'un journal «rigolo-chiant»

Le Ravi, le seul satirique régional en France, sort ce 5 octobre son 100e numéro.

Le Ravi, le seul satirique régional en France, sort ce 5 octobre son 100e numéro. Neuf ans que ce journal indépendant, diffusé à 5000 exemplaires dans toute la région Provence Alpes Côte d’Azur (sauf, allez comprendre pourquoi, dans les Alpes maritimes), joue son rôle de poil à gratter, à travers de croquignolets dessins et des articles au vitriol (et vice versa). Une longévité exceptionnelle au vu du paysage médiatique local et national dévasté. Le Ravi consacre d’ailleurs le dossier de sa nouvelle formule aux médias «pressés comme des citrons».

En commençant par la presse quotidienne régionale. Les journaux du groupe Hersant (La Provence, Nice, Var et Corse Matin) perdent des lecteurs depuis des années, et un dépôt de bilan n’est pas à exclure face à la dette de 200 millions d’euros du groupe. La Marseillaise, dont les comptes sont également dans le rouge, vient d’ouvrir un guichet de départ. Le système de distribution de la presse, au bord de l’explosion, ne facilite rien.

Seul point positif, une flopée de sites d’actu ont fait irruption depuis deux ans sur la toile marseillaise. Des plus installés et reconnus comme Marsactu, à ceux qui cherchent encore leur place comme Chez Albert ou Mlactu. On ne leur fera pas l’injure de les mettre dans la même catégorie que l’ovni News of Marseille, le site créé par un proche d’Alexandre Guérini, en rade depuis le début de l’été.

Edité par l’association La Tchatche, le Ravi tourne avec six journalistes (dont trois en contrats aidés correspondants dans le Var, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse) aux salaires riquiqui (entre 1500 et 650 euros), une dizaine de dessinateurs à peine payés (je peux témoigner*), des bénévoles et «une bonne dose d’autoexploitation», selon Michel Gairaud, son rédacteur en chef.

Pour schématiser, les recettes du journal proviennent pour un tiers de ventes, un autre tiers des subventions versées à la Tchatche qui anime des ateliers d’initiation à la presse et au dessin dans les écoles et centres sociaux, et enfin, pour le tiers restant, des publicités et partenariats. La rédaction vient ainsi de passer plusieurs semaines avec les sans-abris pour réaliser un cahier central spécial «Le Ravi crèche dans la rue» cofinancé par la fondation Abbé Pierre.

L’équilibre est précaire. En 2009, le journal avait ainsi failli ne pas passer Noël. «Nous n’avons pas pu nous payer pendant un trimestre, heureusement il y a eu une grosse réaction au niveau des ventes et des abonnements qui nous a permis de payer l’imprimeur et de continuer à faire tourner la machine, raconte Michel Gairaud. Nous avons toujours mis la barre très haut sur l’objet, en nous faisant vraiment plaisir. Mais aujourd’hui, nous avons besoin de convaincre plus de monde de nous donner les moyens d’atteindre nos ambitions éditoriales.»

Le journal fait d'ailleurs partie de signataires d'un appel des «médias citoyens numériques» demandant, par exemple, à ce qu'un part de la publicité institutionnelle puisse être réservée aux médias citoyens qui respecteraient une certaine charte. «Est-ce normal qu'aujourd'hui des directeurs de la communication de collectivités locales puissent décider tout seuls dans leur bureau d'allouer tant ou tant à tel journal?», demande Michel Gairaud.

En 2003, tout était parti de l’envie d’un petit groupe de chercheurs du laboratoire marseillais Arènes, très branchés démocratie participative et aménagement du territoire, d’avoir un média relayant leurs préoccupations. «Ils sont tombés sur Gilles Mortreux qui animait Babazouk, un journal ultra satirique, à Nice», explique Michel Gairaud, qui a pris son relais au 6ème numéro. D’où le grand écart éditorial de ce journal, qui aime se définir comme «rigolo-chiant». «C’est un mélange des genres entre le côté satirique et une démarche plus scientifique d’investigation, d’enquêtes fouillées, etc.», souligne le journaliste.

La nouvelle formule veut prendre son temps, avec une maquette plus colorée, moins d’articles mais plus longs, un accent mis sur l’enquête et également le reportage avec un reportage dessiné de trois pages. Pour le lancement de ce 100e numéro, le Ravi organise une exposition de dessins de presse à la bibliothèque L’Alcazar à Marseille du 2 au 13 octobre, et un débat sur l’indépendance des médias avec Charb de Charlie hebdo, samedi 6 octobre à 13h30.

Voir aussi le «talk» avec Michel Gairaud sur le site Marsactu

*J'ai autrefois reçu des sous du Ravi pour des reportages dessinés, d'ailleurs pour certains republiés sur ce blog. Mais, rassurez-vous, pas de quoi faire sauter de joie mon banquier. Mediapart est partenaire du Ravi, avec lequel nous publions régulièrement des enquêtes, la dernière portant sur des soupçons de favoritisme au sein du Conseil général des Bouches-du-Rhône.

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