Inauguration sous le signe sécuritaire du premier établissement de réinsertion scolaire

Saint-Dalmas-de-Tende, au fond de la Vallée de la Roya, à une heure de Nice en convoi ministériel (1h20 pour le commun des mortels, les feux rouges grillés en moins). C'est dans ce petit village de moins de 2000 habitants, aux portes du parc national du Mercantour, qu'est inauguré ce lundi 13 septembre le premier établissement de réinsertion scolaire (ERS).

Saint-Dalmas-de-Tende, au fond de la Vallée de la Roya, à une heure de Nice en convoi ministériel (1h20 pour le commun des mortels, les feux rouges grillés en moins). C'est dans ce petit village de moins de 2000 habitants, aux portes du parc national du Mercantour, qu'est inauguré ce lundi 13 septembre le premier établissement de réinsertion scolaire (ERS). Cet internat, souhaité par Nicolas Sarkozy dans son discours du 5 mai 2010 sur la sécurité, vise, non plus les élèves «méritants» de milieux défavorisés des internats d'excellence, mais les élèves «pertubateurs». De ces collégiens «capables à un ou deux de vous polluer la vie d'un établissement de 1000 personnes» et «d'entraîner avec eux des dizaines voir des centaines d'élèves», précise le ministre de l'éducation, Luc Chatel, venu de Paris pour cette occasion.

 

Ils sont treize (quatre élèves de quatrième et neuf de troisième), garçons et filles, des petits citadins de 13 à 16 ans «venus de toute la frange littorale» selon Christine Campo, principale du collège voisin Jean-Baptiste Rusca, auquel est rattaché l'internat. «Les deux tiers ont un an de retard, certains n'ont plus été à l'école depuis six mois, et seulement trois ont leurs deux parents avec eux à la maison», souligne encore Christine Campo. Les élèves, tous volontaires (bien que le placement en ERS puisse être prononcé contre l'avis des parents, après une saisine du procureur par l'inspecteur d'académie), ont été signalés début juillet par des principaux de collèges, des assistantes sociales, le conseil général ou encore de candidatures spontanées de parents. «Nous avons auditionné une trentaine de famille en août, tout a été très vite», raconte Christine Campo. Les critères : «des enfants qui posent de gros problèmes de comportement, qui ont déjà bénéficié des dispositifs existants et on été renvoyés au moins une fois», détaille Luc Chatel.

 

Le ministre échange deux mots avec les internes dans une salle de classe. «Alors toi aussi tu perturbais ta classe ?», demande-t-il à une jeune fille en jogging. La réponse se perd dans le brouhaha ambiant. A la suite de Luc Chatel, les journalistes tentent d'arracher quelques bribes de biographie aux adolescents avant de se faire virer. «Ils vont déjeuner, les journalistes vous sortez», exhorte un assistant d'éducation excédé. «Du balai !», renchérit un élève. Les chaînes de télévision ont déjà tourné tout le jeudi et le vendredi précédent. «Deux jours de matraquage des médias, soupire la principale. Au début, les élèves ont trouvé ça très drôle, très ludique, mais au bout d'une matinée ils n'en pouvaient plus.» «L'inauguration a eu lieu beaucoup trop tôt, à peine deux semaines après la rentrée, ça a mis le bazar», peste un des membres de l'équipe qui préfère rester anonyme (trois professeurs à temps plein, trois à temps partagé, quatre assistants d'éducation et deux éducateurs spécialisés). Sur le fond, un enseignant de technologie au collège Jean-Baptiste Rusca apprécie qu'on «libère les professeurs de collège des cas difficiles, car, les collègues qui se laissent embêter, avec un jeune comme ça, ils ne peuvent pas faire cours.» Mais un autre doute des possibilités de retour à une scolarité normale au bout de l'année prévue. «Ce sont des cas difficiles avec au minimum un conseil de discipline, voire trois ou quatre, juge cet enseignant qui souhaite rester anonyme. Je pense qu'il aurait fallu les repérer plus tôt : à dix-sept ans, ils ont déjà de mauvaises habitudes.»

 

Aux côtés de Luc Chatel et du ministre du l'industrie et maire de Nice, Christian Estrosi, Eric Ciotti, président du Conseil général des Alpes maritimes et chargé de la sécurité à l'UMP, sourit à tout va, ravi d'avoir implanté le premier ERS français dans son département et d'avoir, dans la foulée, attiré deux ministres. Il se félicite de son partenariat avec l'Etat «dans le cadre de la proposition de loi sur l'absentéisme votée cette semaine au Sénat» et des «200 contrats de responsabilités parentaux» signés dans le département, qui prévoient eux-aussi la suppression des allocations familiales en cas d'absentéisme. Christian Estrosi appelle lui à «une union sacrée» au vu «des objectifs très clairs de réduction de l'insécurité que le président de la République a fixés». Luc Chatel enfonce le clou ; le gouvernement sera «intraitable avec la violence à l'école quelque soit sa forme». «Il manquait dans notre chaîne éducative un maillon entre les classes-relais et les établissements spécialisés qui sont sous l'autorité judiciaire», explique le ministre. C'est même, selon lui, «une date qui marquera l'histoire de l'éducation nationale quand à sa capacité à avoir une réponse globale aux questions d'insécurité».

 

Très optimiste pour ces jeunes «qui sont demandeurs», Sébastien Eusebi, professeur d'EPS ravi de faire partie du «challenge», tique tout de même un peu sur le mot réinsertion. «Nous sommes des enseignants pas des éducateurs spécialisés, et les élèves ne sont pas des délinquants», nuance-t-il. Au programme : cours le matin et sport (équitation, ski de fond, ski de piste, course d'orientation voire tir à l'arc en fin d'année) l'après-midi. «Le mot réinsertion ne vient pas du domaine éducatif, recadre aussi Sébastien Vassallo, conseiller municipal, fils du maire de Tende. On a beaucoup appuyé sur le volet sécuritaire alors que c'est avant tout un projet éducatif et social, car on ne touche pas les plus nantis.» Il ne cache pas que l'ERS est aussi une bonne affaire pour le village qui conserve ainsi son petit collège «toujours menacé de regroupement et de fermeture», s'adjoint quelques emplois et des ventes de baguette assurées pour la boulangerie ! «Et puis les jeunes deviendront peut-être des médiateurs de notre environnement de montagne, espère-t-il. Les souvenirs qu'on se crée à cet âge là, on les garde toute la vie.»

 

Le conseiller général (UMP) du canton, José Balarello, tente lui de faire contre mauvaise fortune bonne figure. Il n'a pas apprécié que l'hôtel en ruines qu'il avait fait acheter et restaurer en 2008 par le Conseil général pour créer un internat normal soit transformé d'un coup de baguette magique par Eric Ciotti en un ERS. Le sénateur honoraire craint que «cet éminent site touristique» et les adultes handicapés du centre d'aide par le travail (CAT) voisin soient «perturbés». Une pétition contre l'ERS a d'ailleurs recueilli 150 signatures à Breil-sur-Roya, un village distant d'une quinzaine de kilomètres. «Ancien sportif», José Balarello se dit tout de même prêt à aller voir les jeunes, à «leur parler». «C'est sûr, il aurait préféré un internat d'excellence», glisse Sébastien Vassallo.

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