Louise Fessard
Journaliste
Journaliste à Mediapart

80 Billets

3 Éditions

Billet de blog 17 mai 2014

«L'homophobie à l'amende» dans les commissariats et les gendarmeries

Pour la première fois, ce 17 mai, la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie sera visible dans les commissariats et dans les gendarmeries. «Une révolution culturelle, surtout dans la gendarmerie», se réjouit Mickaël Bucheron, 40 ans, président de l’association Flag qui regroupe policiers et gendarmes LGBT (personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans).

Louise Fessard
Journaliste
Journaliste à Mediapart

Pour la première fois, ce 17 mai, la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie sera visible dans les commissariats et dans les gendarmeries. «Une révolution culturelle, surtout dans la gendarmerie», se réjouit Mickaël Bucheron, 40 ans, président de l’association Flag qui regroupe policiers et gendarmes LGBT (personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans). L’association a obtenu l’appui du ministère de l’intérieur pour une campagne d’affichage proposant de mettre «l’homophobie à l’amende».

Campagne de Flag et du ministère de l'intérieur © 

Selon Flag, une note du directeur de la police nationale demande à tous les chefs de service de placarder ces affiches dans leurs locaux. Et, côté gendarmerie, de relayer la campagne sur l’intranet. «C’est un message envoyé par l’institution aux agents gay, lesbiens ou trans, qui ne sont pas toujours rassurés sur l’état d’esprit de la maison à leur égard et hésitent à devenir visibles», se réjouit Mickaël Bucheron, président depuis 2011. «Quand je suis rentré dans la police en 1998, je n’ai pas fait mon coming out tout de suite, se souvient-il. La plupart des policiers LGBT étaient contraints de rester cachés ou de s’inventer une deuxième vie. Au repas de brigade je venais tout seul, alors qu’il y avait les conjoints et conjointes des autres. On s’est dit "Merde, pourquoi on ne peut pas venir avec notre copain ?"»

Créée en 2001, deux ans après l'adoption de la loi créant le Pacs (pacte civil de solidarité), l’association Flag revendique aujourd’hui quelque 500 adhérents, pour la plupart en région parisienne. Elle intervient en école de police et de gendarmerie. Les policiers ont leur propre char à la Gay pride, où ils défilent en ancien uniforme avec l’autorisation tacite du ministère. En octobre 2012, l’ex ministre de l’intérieur Manuel Valls avait anticipé la loi sur le mariage pour tous, en accordant le droit aux congés parentaux aux familles homoparentales de la police et de la gendarmerie.

Mais «même si les mentalités ont bien évolué et que l’accueil dans les commissariats est plus chaleureux, la plupart des fonctionnaires LGBT restent encore cachés, dit Mickaël Bucheron. On a des cas de harcèlement moral pour homophobie ou transphobie qui vont parfois très loin. Et ça reste compliqué en province de trouver des collègues prêt à se rendre visibles pour des actions de sensibilisation.»

Comme beaucoup de Français, il s’est pris une claque devant la violence des débats lors du vote de la loi sur le Mariage pour tous. Et la libération d'une parole homophobe dans la rue. «Il y a eu quelques affiches de la Manif pour tous collées dans des commissariats : à chaque fois le ministère a immédiatement réagi, explique Mickaël Bucheron. Et les collègues, très impliqués dans le maintien de l’ordre et pour plusieurs blessés, ont pu constater le caractère extrémiste et le discours haineux des manifestants contre le mariage pour tous.»

La même campagne à destination des gendarmes © 

La campagne d’affichage vise également à améliorer le recensement des actes homophobes et transphobes, et la prise en charge des victimes. Le 15 et le 16 mai, Flag a distribué dans plusieurs services de police et à la Direction générale de la Gendarmerie Nationale (DGGN) des fac similés de Procès verbaux récapitulant l’ensemble des codes recensant ces actes. «Parmi les milliers de codes qui existent lors d’un dépôt de plainte, les fonctionnaires ne rentrent pas forcément le bon dans le logiciel et l’aspect homophobe ou transphobe est largement sous-estimé», explique Mickaël Bucheron.

© 

En 2013, seuls 253 crimes et délits commis à raison de l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de la victime ont ainsi été enregistrés par la police, selon Flag. Dans le même temps, l'association SOS Homophobie a elle enregistré une hausse sans précédent des appels pour des actes homophobes : 3500 témoignages reçus en 2013, soit 78% de plus qu'en 2012.  Les insultes représentent 39% des actes et les agressions physiques 6%.

Comment expliquer ce décalage criant ? Selon une étude de mai 2013 de l’agence des droits fondamentaux de L’Union européenne, une toute petite minorité des actes homophobes ou transphobes commis arrivent jusqu’aux portes des commissariats. Sur les cinq dernières années, au sein des 28 Etats de l'Union européenne, un cas de violence sur cinq (22 %) commis en raison de l'orientation LGBT de la victime a été signalé à la police. Seulement 6 % des cas de harcèlement équivalents ont été signalés à la police.

En cause ? La peur d’être mal accueilli et des procédures judiciaires trop longues et aléatoires. Selon le rapport annuel de l’association SOS Homophobie, certains services de police ou de gendarmerie français continuent de refuser d’enregistrer des plaintes. Ou lorsqu'ils prennent la plainte, refusent de faire enregistrer la circonstance aggravante « homophobie » choisissant à la place « racisme ». L’association évoque également des parti pris en faveur de l'agresseur, des insultes et des remarques déplacées, du style « Quand on est homosexuel, on n'habite pas ce quartier ».

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Fausse rétractation de Takieddine : sur la piste d’un « cabinet noir » au service de Sarkozy
L’enquête sur l’interview arrangée de Ziad Takieddine révèle les liens de plusieurs mis en cause avec le clan Sarkozy et leur volonté de « sauver » l’ancien président, mais aussi ses anciens collaborateurs, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, également mis en examen dans l’affaire libyenne.
par Karl Laske et Fabrice Arfi
Journal — Terrorisme
Les confidences du commissaire des services secrets en charge des attentats du 13-Novembre
Le commissaire divisionnaire SI 562 – le nom de code le désignant – a dirigé la section chargée des enquêtes judiciaires liées au terrorisme islamique à la DGSI, entre 2013 et 2020. Il offre à Mediapart une plongée inédite dans les arcanes du service de renseignement.
par Matthieu Suc
Journal — Justice
À Marseille, des juges font reculer l’incarcération à la barre
L’aménagement de peine, par exemple le bracelet électronique, prononcé dès le jugement, est une possibilité qui n’avait jamais décollé avant 2020. Mais à Marseille, la nouvelle réforme de la justice et la volonté d’une poignée de magistrats ont inversé la tendance. Reportage.
par Feriel Alouti
Journal — Politique
Violences conjugales : le jugement qui condamne le candidat LREM Jérôme Peyrat
Investi par la majorité présidentielle malgré sa condamnation pour violences conjugales, l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron continue de minimiser les faits. Mais le jugement rendu en septembre 2020 par le tribunal correctionnel d’Angoulême note que Jérôme Peyrat a « adapté sa version » aux stigmates, physiques et psychologiques, constatés sur son ex-compagne, ayant occasionné 14 jours d’ITT.
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
La chanson sociale, comme levier d’empowerment Bernard Lavilliers en concert
Dans la veine de la chanson sociale française, l’artiste Bernard Lavilliers transmet depuis plusieurs décennies la mémoire longue des dominés, leurs souffrances, leurs richesses, la diversité des appartenances et propose dans ses narrations festives et musicales. Balzac disait que «Le cabaret est le Parlement du peuple ». En quoi la chanson sociale est-elle un levier de conscience politique ?
par Béatrice Mabilon-Bonfils
Billet de blog
La clique de « Kliniken » vue par Julie Duclos
Quinze ans après Jean-Louis Martinelli, Julie Duclos met en scène « Kliniken » du dramaturge suédois Lars Noren. Entre temps l’auteur est décédé (en 2021), entre temps les guerres en Europe ont continué en changeant de pays. Immuable, la salle commune de l’hôpital psychiatrique où se déroule la pièce semble jouer avec le temps. Troublant.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Un poète palestinien : Tawfik Zayyad
Cette poésie simple, émouvante, populaire et tragique a circulé d'abord sous les tentes des camps de réfugiés, dans les prisons avant d'être lue, apprise et chantée dans toute la Palestine et dans tout le monde arabe.
par mohamed belaali
Billet de blog
La comédie des catastrophes
Au Théâtre de la Bastille, le collectif l'Avantage du doute dresse un hilarant portrait de la société contemporaine pour mieux en révéler ses maux. De l’anthropocène au patriarcat, de la collapsologie aux comédiennes mères ou non, du besoin de tendresse des hommes, « Encore plus, partout, tout le temps » interroge les logiques de puissance et de rentabilité par le biais de l’intime.
par guillaume lasserre