Un journaliste marseillais privé d'hôtel de police

Les autorités préfectorales des Bouches-du-Rhône ont-elles décidé de blacklister un journaliste trop critique ?

L'Hôtel de police de Marseille, dit L'Evêché. L'Hôtel de police de Marseille, dit L'Evêché.
Les autorités préfectorales des Bouches-du-Rhône ont-elles décidé de blacklister un journaliste trop critique ? Dans un communiqué du 19 avril, le SNJ-CGT du quotidien régional La Marseillaise dénonce une «entrave préfectorale à la liberté de la presse».

Selon ce syndicat, «depuis plus de trois mois, le fait-diversier de La Marseillaise  n’est plus autorisé à entrer dans l’Hôtel Central de Police de Marseille où il se rendait quotidiennement depuis 8 ans». Selon le syndicat, cette décision ne peut qu'émaner «de la haute hiérarchie policière», c'est-à-dire en clair de l'entourage du préfet délégué à la sécurité et à la défense, Alain Gardère, dont le bilan est régulièrement étrillé dans les colonnes de La Marseillaise (sa dernière idée lumineuse : détruire un bâtiment pour lutter contre le trafic de stupéfiants).

En novembre 2011, Philippe Pujol avait ainsi, entre autres, publié les (mauvais) chiffres de la délinquance marseillais, directement extraits de l'état 4001 «avant tripatouillage préfectoral».

Dans la foulée, il avait révélé que le nouveau préfet délégué à la sécurité et à la défense avait été victime d’un « vol à la roulotte », son véhicule ayant été fracturé un dimanche soir près de la gare saint-Charles. «Considérant que le taux d’élucidation en matière de vol à la roulotte sur le département est à 6,81%, les chances pour le préfet de police de retrouver ses chemises de tenues volées restent très minces…», avait-il noté avec humour.

La publication, en septembre 2011, d'extraits d'une curieuse note des RG marseillais plaidant pour une réduction du nombre de mosquées à Marseille et s'intéressant, au passage, à la vie privée d'un imam qui aurait «fauté avec la femme d’un de ses fidèles», avait également été remarquée. Selon le SNJ-CGT, une enquête administrative aurait même été ordonnée fin 2011, à l'Evêché, pour trouver les sources de ce journaliste un peu trop bien informé.

«Quand un journaliste écrit des choses infondées, on l'attaque en diffamation, là la préfecture n'a jamais démenti ses informations, réagit Jean-Louis Bousquet, directeur général de La Marseillaise. De notre côté, il est évident que c'est lui qui va continuer à suivre les questions de sécurité. Le préfet est arrivé à Marseille il y a moins d'un an avec un mandat de rétablir la sécurité à Marseille, il est en échec, ce qui explique sûrement l'agacement. Mais les colonnes du journal lui sont ouvertes si demain il voulait faire une interview.»

Contacté jeudi le cabinet d'Alain Gardère a répondu ne pas être être au courant et nie avoir donné des consignes concernant ce journaliste. «La Marseillaise reçoit tous nos communiqués et nos invitations, il n'y a pas d'atteinte à la liberté de la presse, nous explique-t-on. S'il y a un contentieux avec une personne, cela ne nous concerne pas.»

Visiblement, ce n'est donc pas le quotidien qui est visé, mais le travail d'un journaliste. «Depuis, ce sont d'autres journalistes de La Marseillaise qui vont aux conférences de presse à l'Evêché, explique Jean-Marie Dinh, représentant du SNJ-CGT et journaliste à Montpellier pour l'Hérault du jour (une édition de La Marseillaise). Mais si la préfecture prétend maintenant choisir ses journalistes, on tombe dans un fonctionnement très malsain».

«Ce journaliste fait un très bon boulot sur un terrain difficile à couvrir, surtout localement car il faut savoir prendre de la distance avec ses sources, explique Jean-Marie Dinh. Nous n'avons jamais eu aucun droit de réponse, aucune contestation de ses articles, le préfet de police n'a jamais répondu à ses nombreuses demandes d'interview, et maintenant on veut l'empêcher de faire son boulot !»

Pas évident de traiter des questions de sécurité à Marseille. En octobre 2011, le service de communication de la police avait refusé toute autorisation à Mediapart pour un reportage sur l'unité de prévention urbaine de Marseille (pourtant saluée pour ses bons résultats dans les quartiers). M'indiquant au téléphone qu'en raison de l'arrivé du nouveau préfet délégué à la sécurité et à la défense, aucun reportage ne serait possible dans les services de police marseillais (quelqu'ils soient) jusqu'à fin 2011...

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Le communiqué du SNJ-CGT

Marseille le 19 avril 2012

Le SNJ-CGT de La Marseillaise-l’Hérault du jour dénonce l'entrave préfectorale à la liberté de la presse. Depuis maintenant plus de trois mois, le fait-diversier de La Marseillaise n’est plus autorisé à entrer dans l’Hôtel Central de Police de Marseille où il se rendait quotidiennement depuis 8 ans.

Le SNJ-CGT de La Marseillaise prend acte de cette décision émanant de la haute hiérarchie policière mais s’interroge sur la conception de la liberté d’expression qui anime ces mêmes représentants de l’Etat. Le droit à une information libre demeure l’un des piliers de la République, au même titre que le droit à la sécurité pour tous. Les intérêts des médias comme ceux des forces de l’ordre ne divergent en ce sens absolument pas.

Nous constatons surtout que cette interdiction intervient suite à une série d’articles publiés dans nos colonnes : la réduction drastique des effectifs de police (Edition du 14 mai 2011), des extraits d’un rapport des renseignements généraux, très orienté sur les prières de rues à Marseille (Edition du 24 septembre 2011), le coût prohibitif des heures supplémentaires pour mettre des policiers sur le terrain chaque week-end à l’approche des élections présidentielles (Edition du 22 novembre 2011) ou encore les très mauvais chiffres de la délinquance de l’année 2011 avant tripatouillage préfectoral (Edition du 23 novembre 2011).

Le SNJ-CGT de La Marseillaise considère que la suppression l’énoncé des problèmes ne revient pas à les résoudre. Et comme il semble que l’enquête administrative ordonnée en fin d’année dernière afin de déceler les « fuites » soit restée infructueuse, empêcher La Marseillaise d’entrer dans l’Hôtel Central de Police de Marseille a été l’option de secours choisie par les autorités.

Le SNJ-CGT de La Marseillaise constate d’ailleurs que jamais aucun droit de réponse n’a été demandé par les autorités policières, pas plus qu’un démenti quelconque sur aucun sujet. Aucune attaque ou menace d’attaque en diffamation n’est arrivée à nos oreilles pour aucun écrit des journalistes de La Marseillaise.

Et aucune des nombreuses demandes d’interview au Préfet de police de Marseille n’ont trouvé de réponses alors même qu’elles ont été formulées à l’ensemble des interlocuteurs habilités à les recevoir jusqu’au Préfet de Région en personne.

Le SNJ-CGT de La Marseillaise regrette qu’aucune médiation que la direction du journal ait tenté depuis n’ait aboutie

Le SNJ-CGT de La Marseillaise dénonce par ce communiqué l'entrave à la liberté de la presse.

SNJ-CGT La Marseillaise-l’Hérault du jour

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