Alexandre Guérini lance un site d'info «loin des caniveaux de l'information»

Un nouveau site d'information vient de voir le jour ce matin à Marseille, News of Marseille, (signalé par Marsactu). Son seul actionnaire, SMA Médias, n'est autre que la dernière des sociétés créées par l'entrepreneur marseillais Alexandre Guérini, qui, après les déchets, entendait se mêler d'actualité.

Un nouveau site d'information vient de voir le jour ce matin à Marseille, News of Marseille, (signalé par Marsactu). Son seul actionnaire, SMA Médias, n'est autre que la dernière des sociétés créées par l'entrepreneur marseillais Alexandre Guérini, qui, après les déchets, entendait se mêler d'actualité. En plein affaire Alexandre Guérini où les enquêteurs reprochent justement à l'entrepreneur, spécialisé dans le traitement des ordures, un goût certain pour le mélange de genres et son entrisme dans plusieurs institutions locales, il fallait oser. Surtout quand le premier édito précise que l'actionnaire a demandé un journal «qui se tienne le plus loin possible des "caniveaux de l’information"».

Peu avant sa mise en examen et sa détention provisoire le 2 décembre dans l'enquête sur les marchés publics des Bouches-du-Rhône, Alexandre Guérini avait prudemment cédé la présidence de SMA Médias à l'ancien cadre d'une de ses sociétés, Gilles Pascal, secondé de sa compagne Jeannie Peretti, depuis également mise en examen. Le directeur de la publication, Gilles Pascal, est par ailleurs le frère d'un des proches d'Alexandre Guérini, Eric Pascal, gérant d'une société de collecte de déchets mis en examen en juin 2010.

Mais pas de panique, News in Marseille vise, selon son premier éditorial, des «sujets de fond en se tenant loin des compromissions et des intérêts des uns et des autres.» Le tout grâce à son «indépendance financière (...) seul moyen selon nous pour pouvoir écrire et aborder tous les thèmes (...) sans avoir à craindre la pression des acteurs locaux». Ancien directeur du Cercle des nageurs, puis publicitaire avant de devenir producteur et animateur sur la chaine locale LCM, Jeff Carias, le rédacteur en chef de News in Marseille, aurait obtenu «la garantie d'une indépendance totale dans le choix éditorial» selon le dossier de presse.

Ça commence par un entretien vidéo avec le directeur du Point, Franz-Olivier Giesbert, qui ne savait manifestement pas où il mettait les pieds. «Il ne connaissait pas le journal (et pour cause) et il a accepté d'être notre tête d'affiche : merci Monsieur», le remercie Jeff Carias. Un entretien surprenante où Jeff Carias demande ingénument à Franz-Olivier Giesbert : «Est-ce que vous subissez une pression de la part des politiques ou de la part de l'argent ? C'est une question très naïve». L'entretien de Childéric Muller, un élu marseillais Modem vaut également le détour. L'ancien animateur télévision met les pieds dans le plat en défendant son mentor Bayrou. «C'est celui qui prône l'indépendance des médias avec les attributaires de marchés publics (...), explique-t-il. Et qui dit que les médias ne doivent pas être entièrement contrôlés par des gens qui sont dépendants des commandes que leur passe le pouvoir.» Prôner l'indépendance économique des médias sur un site propriété d'un entrepreneur dont les sociétés (assainissement d'abord, puis collecte et tri de déchets ensuite) dépendent des marchés publics, c'était inédit !

Ça continue par un «sondage» sur «votre personnalité marseillaise préférée» qui propose en deuxième choix, juste après Didier Deschamps, entraîneur de football, «Jean-Noël Guérini, président du conseil général»... et frère du principal propriétaire du journal (via la SMA Environnement qui détient la SMA Médias). Enfin l'avènement de la «presse objective qui rend compte et informe loin de toute interprétation tendancieuse, susceptible de créer le scandale», réclamée le 18 janvier lors de ses vœux aux médias par Jean-Noël Guérini ?
*Jeff Carias n'a pas souhaité me répondre, le site renvoyant vers une agence de relations presse.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.