La presse marseillaise aux abois

Les titres de presse se succèdent devant le tribunal de commerce de Marseille. Lundi 24 novembre 2014, le tribunal a prononcé la mise en redressement judiciaire de la société éditrice du quotidien La Marseillaise. L’entreprise, en cessation de paiement depuis le 14 novembre, a cumulé entre un million et 1,5 million d'euros de pertes en 2014.

Les titres de presse se succèdent devant le tribunal de commerce de Marseille. Lundi 24 novembre 2014, le tribunal a prononcé la mise en redressement judiciaire de la société éditrice du quotidien La Marseillaise. L’entreprise, en cessation de paiement depuis le 14 novembre, a cumulé entre un million et 1,5 million d'euros de pertes en 2014.

Mardi 25, c’était au tour de l’association La Tchatche qui édite depuis onze ans le mensuel satirique le Ravi*. Le procureur s’est prononcé pour une mise en redressement judiciaire avec la nomination d’un administrateur. La décision du tribunal de commerce est attendue vendredi.

Devant le tribunal, Michel Montana, le directeur de la publicité et des relations extérieures de La Marseillaise (lire le portrait de ce personnage), a fait valoir, selon l’AFP, que Marseille était la seule ville où subsistait un «pluralisme de journaux». Ce dernier est aujourd’hui en danger. D’autant que les autres titres locaux traversent également une période très difficile. Depuis le départ volontaire de 40 journalistes (sur 180) suite à son rachat par Bernard Tapie, la rédaction de La Provence tourne en équipes réduites. Créé début 2010, le site d’information Marsactu* a lui largement fait ses preuves mais cherche toujours son modèle économique (comme les autres pure players régionaux).

Baisse chronique des lecteurs, chute des contrats publicitaires notamment avec les collectivités locales : la restructuration et le plan de départs lancés en 2012 par La Marseillaise n’ont pas suffi. Ce quotidien de gauche, fondé en 1943 par des résistants, est diffusé dans six départements et emploie quelque 200 personnes. Autre gabarit, le Ravi, distribué dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, le Var les Alpes-de-Haute Provence à un peu moins de 2000 exemplaires (mais 50 000 lecteurs gratuits sur son site), a lui aussi fait les frais de coupes dans le budgets des collectivités locales : baisse en 2014 de certaines aides publiques aux associations «de 44 % pour le conseil régional Paca et 90 % pour le Conseil général  des Bouches-du-Rhône», selon la rédaction. Qui indique que «le déficit à combler est deux fois plus important que tout ce que nous avons connu, près de 60 000 euros».

L’équipe du mensuel satirique va être considérablement réduite en passant de 5,5 à 3 équivalents temps plein, avec la publication d’un journal allégé. «C’est aussi l’occasion de nous réinventer, de bousculer les formats existants, de séduire de nouveaux lecteurs animés d’une même conviction : il faut que vive dans cette région une presse d’enquête et de satire, citoyenne, bref «  pas pareille »», souligne l’association La Tchatche, qui fait appel en faisant à toutes les compétences.

Les habitants de la région Paca ont plus que jamais besoin de ces titres indépendants et de leurs enquêtes. Leur travail de terrain, leur expérience, leur réseau de sources et leur ton n’a rien d'un luxe. Sans eux c’est tout un pan de la vie de la cité qui ne sera plus raconté et qui deviendra invisible. Je pense aux Quartiers nords de Marseille si bien chroniqués par les journalistes de La Marseillaise que l’un d’eux (parti du journal depuis) a reçu cette année le prix Albert Londres. Je pense à la veille permanente sur le clientélisme et les petits arrangements menée depuis onze ans par Le Ravi. Abonnez vous, abonnez vos amis, vos ennemis et même vos élu !

Pour soutenir le Ravi

Pour soutenir La Marseillaise

*J’ai travaillé à de nombreuses reprises sur des enquêtes en partenariat avec ces deux journaux.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.