Quand Laurent Pietraszewski change discrètement d'attributions...

Aux retraites, Laurent Pietraszewski ajoute la qualité de secrétaire d'État «contre l'épidémie de Covid-19». Quelles conclusions tirer de cette extension qui en fait un secrétaire d'État rattaché désormais à deux ministres?

Laurent Pietrasewski en 2019. © Recadrage personnel d'après «Ministères sociaux/ DICOM/ Tristan Reynaud/ Sipa Press»/Wikimedia Commons, licence CC-BY-SA int. 4.0 Laurent Pietrasewski en 2019. © Recadrage personnel d'après «Ministères sociaux/ DICOM/ Tristan Reynaud/ Sipa Press»/Wikimedia Commons, licence CC-BY-SA int. 4.0
Laurent Pietrazewski était passé du statut de rapporteur parlementaire du projet de loi instituant un régime universel de retraite à celui de secrétaire d'État après la démission contrainte de Jean-Paul Delevoye. On sait que les «réformes» en cours ont du plomb dans l'aile, avec une raison invoquée: l'épidémie de Covid-19.

Or vient de paraître au Journal officiel de la République française un décret en date du 19 mai 2020 dans lequel, sur proposition du Premier ministre comme le prévoit la Constitution, le président de la République modifie les attributions de Laurent Pietreaszewski.

De «secrétaire d'État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé chargé des Retraites» (décret du 16/2/20), il devient «secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé des retraites et auprès de la ministre du travail, chargé de la protection de la santé des salariés contre l'épidémie de covid-19».

«Journal officiel de la République française» (20/05/20). Copie d'écran. «Journal officiel de la République française» (20/05/20). Copie d'écran.
C'est — sauf erreur de ma part — une nouveauté en ceci que, d'habitude, un secrétaire d'État occupe un poste soit non défini, soit relevant d'un domaine délimité dans le champ de responsabilité d'un ministre. Quand il y a des logiques interministérielles (ou par choix politique), voire des logique transversales, les rattachements se font auprès du Premier ministre (comme le porte-parolat, quand il n'est pas exercé par un ministre de plein exercice). Mais voilà le secrétaire d'État rattaché auprès de deux ministres différents.

Conservant la branche «retraite» de son activité, il n'a affaire qu'à Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé (plus largement au chef du Gouvernement et, en pratique, au chef de l'État dans la pratique exécutive des institutions de la Ve République). Dans son activité «Covid-19», si je puis dire, au premier tuteur, responsable des politiques de santé, s'ajoute la ministre du Travail.

C'est assez logique dans la mesure où l'épidémie implique une prise en charge au titre de la santé au travail qui relève des attributions de Muriel Pénicaud. Mais on aurait sans doute mieux compris qu'il fût désormais rattaché au Premier ministre, avec des liens fonctionnels, dans son décret d'attributions, avec les ministres concernés et, en tant que de besoin, les directions qui en relèvent. Mais cela aurait mis en évidence, plus que souhaité sans doute, cette modification d'intitulé et de responsabilité. Plus discret était le maintien auprès d'Olivier Véran, toujours cité le premier, avec le rattachement à Muriel Pénicaud.

On n'aura pas manqué de relever que cette extension d'attribution pouvait signifier une disparition prochaine du premier volet. À l'évidence, les pouvoirs publics sont davantage mobilisés par l'épidémie de Covid-19 que par l'évolution du dossier des retraites. À défaut de rassurer durablement ceux qui pouvaient être inquiets comme les fonctionnaires (voir: «Fonctionnaires : des lendemains qui déchantent?», 8/5/20), l'avenir gouvernemental du soldat Pietraszewski semble garanti... jusqu'au prochain remaniement.

Luc Bentz

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.