Luc de Visme
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Billet de blog 2 janv. 2020

L'égalité - publié le 1er janvier 2018 - malheureusement toujours actuel

Le professeur danois Svend Brinkmann parle de la nécessité dans la tempête des transformations aléatoires de la société et des cyclones médiatiques de tenir bon et ne pas se laisser entraîner par le mouvement général irrationnel, de retrouver ses propres valeurs refuges et s’y tenir, de ne pas toujours faire des choses « utiles » à soi-même.

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Egalité

(af Luc de Visme, conseiller consulaire au Danemark)

J’ai été inspiré à écrire ces chroniques sur les valeurs de la société par les écrits du professeur danois Svend Brinkmann, auteur de trois livres philosophiques/psychologiques, qui a été nommé « l’homme de l’année » ici. Les titres en disent quelque chose : « Tenir bon », « Refuges » et « Passe à côté ». Il parle de la nécessité dans la tempête des transformations aléatoires de la société et des cyclones médiatiques de tenir bon et ne pas se laisser entrainer  par le mouvement général irrationnel, de retrouver ses propres valeurs refuges et s’y tenir, ne pas toujours faire des choses « utiles » à soi-même et avec le dernier livre « Passe à côté », Il faut apprendre à se contenter de ce qu’on a au lieu de toujours en vouloir plus. 

L’égalité est la valeur centrale de notre société. Elle est complémentaire de la liberté, il n’y a pas de liberté sans égalité.  L’égalité se présente sous tout un tas de formes. Egalité entre citoyens, égalité entre hommes et femmes, égalité au travers des origines ethniques, égalité des chances tout au long de la vie. Quand on parle d’égalité on est obligé de parler d’inégalités, parce que c’est la tendance générale depuis plusieurs décades. Notre société s’est développée dans une direction libérale où c’est l’individu qui est le plus important, plus les communautés, les rassemblements de ces individus. Chacun pour soi, chacun est responsable de son propre destin.  Aide-toi  toi-même, et tant pis pour toi si tu es à la traine,  s’il t’arrive un malheur. Notre société est de plus en plus inégalitaire, les riches devenant de plus en plus riches et les pauvres dont le nombre s’accroit de plus en plus dans nos pays soit disant civilisés. En France selon l’INSEE les 10% les plus riches possèdent pratiquement le tiers des richesses tandis que les 10% les plus pauvres doivent se contenter des 3% (c’est-à-dire dix fois moins). Selon le deuxième rapport de l’Observatoire des inégalités publié fin mai 2017, la moitié de la population française ne possède que 8% du patrimoine total alors que le pourcent des plus riches en possède 17%. L’écart salarial global entre les hommes et femmes et de 26% et de 13% pour exactement le même travail. Le taux de pauvreté moyen en France est de plus de 14% et il augmente chaque année. En province dans les petites villes comme Cahors (où vient de se tenir un nouvel exercice de communication illusionniste d’Edouard  Philippe : la conférence des territoires) le taux de pauvreté est de 18%. Cela est dû au fait que les centres villes sont désertés, le commerce ayant eu le droit de s’installer en périphérie de la ville. Le chômage en France continue à se situer à plus de 9% en moyenne et il touche 20% des ouvriers non qualifiés ainsi que 24% des moins de 25 ans, alors qu'au Danemark le chômage global n'est que de 4% et celui des moins de 25 ans de 12%. Mais selon ce même rapport les 2,9 millions de chômeurs ne sont que la partie émergée de l’iceberg. 1,4 millions d’inactifs (femmes au foyer, seniors souhaitant trouver un emploi) ne sont pas enregistrés par pôle emploi. Les dernières mesures prises par le gouvernement obligeant les chômeurs à envoyer deux demandes d’emploi par semaine et à écrire un rapport sur leurs recherches d’emploi vont permettre à l’administration d’effacer un peu plus de chômeurs de longue durée en dehors des statistiques. Par ailleurs, 3,4 millions de travailleurs occupent un emploi précaire ou mal rémunéré (CDD, intérim, stages). Au total, 7,7 millions de personnes seraient en situation de « mal-emploi ». Avec les étrangers en France, on ne parle plus d’inégalités. On peut parler de discriminations touchant les étrangers.  En 2014, 17,2 % des immigrés étaient au chômage, contre 9,1 % de Français, avec une grosse différence entre les étrangers non européens et les ressortissants de l’Union européenne.

La question à présent, c’est de savoir ce qu’on va faire contre toutes ces inégalités. D’avoir il faut centrer toute politique sur ce problème des inégalités et éviter cette fausse idée venant de la Droite que si on enrichit sans arrêt les riches un jour il va retomber quelque chose sur les pauvres. C’est incroyable qu’en 2017 on en soit à répéter qu’il s’agit d’un mythe inventé qui n’a jamais été vérifié. Aux Etats Unis où c’est la politique officielle les discriminations sont encore plus grandes qu’en Europe de l’Ouest. En plus, on pourrait lire le document présenté par ce même Observatoire des inégalités : « Que faire contre les inégalités », publié grâce à un financement participatif pour lequel se sont mobilisés près de 400 citoyens.  Il s’agit d’un rapport complet écrit par 30 chercheurs qui savent de quoi ils parlent, car nous assistons dans certains débats télévisés à tellement de charlatans venant débiter leur idéologie néolibérale, le plus souvent sans étude aucune de ce que sont réellement les inégalités dans notre pays. Dans ce document, ce sont de vrais experts qui s'expriment : ils travaillent sur le thème qu'ils abordent, ce qui explique qu'ils ne sont jamais ou que très rarement invités sur les dits plateaux de télévision.

Une petite note positive qui pourrait nous indiquer des pistes à suivre. Au Danemark, un groupe de chercheurs qui a étudié le comportement des jeunes voulant faire des études a conclu que les enfants de migrants venant de pays en dehors de l’Europe se débrouillaient mieux que les danois de revenus faibles quand on voit la proportion de ceux qui commencent au lycée. Nous savons que les enfants de migrants ont beaucoup de peine à se débrouiller dans le système éducatif ordinaire, ils ont des problèmes de langue (difficulté à maitriser le danois) qu’ils n’arrivent rarement à rattraper dans le cursus scolaire. Il y en a moins qui terminent leur enseignement secondaire et réussissent au bac par rapport aux danois (50% au lieu de 60% au total). Mais ce qui est surprenant, c’est que la proportion des enfants de migrants commençant au lycée est beaucoup plus grande que des danois de souche dans la même tranche de bas revenus. 60% au lieu de 40%. Cette différence ne disparait que lorsqu’on atteint une tranche de revenus parentaux beaucoup plus élevés. La conclusion des chercheurs c’est que les migrants sont un potentiel important pour la société danoise qui a besoin d’eux et qu’il faudrait faire le maximum pour l’exploiter. En particulier en commençant au niveau du jardin d’enfants pour garantir que tous les enfants soient à un même niveau pour maitriser le danois et qu’il y ait dès le plus jeune âge une égalité des chances.

La suppression des inégalités est un travail de longue haleine, c’est un travail de prévention dès les plus jeunes âges, à l’école, mais c’est la seule garantie d’avoir une société en équilibre qui puisse se développer en Harmonie.

(A suivre)

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