Libérez le travail – pour l’amour de la retraite !

La réforme des retraites se heurte le plus souvent en France à des oppositions massives alors qu’au Danemark, le système est beaucoup mieux accepté parce que ce sont les partenaires du marché du travail ensemble qui l’ont créé.

Il y a deux ans, quelques mois après son élection Macron a envoyé une délégation dans trois pays pour essayer de voir quel système de réforme des retraites pourrait convenir à la situation des français. Cette délégation est allée en Grande Bretagne, en Suède et au Danemark. Je l’ai rencontrée à Copenhague au titre de mon mandat de conseiller consulaire et parce que j’avais écrit en une page une description du système de retraite danois sur notre site d’informations.

(version mise à jour : https://sites.google.com/site/conseillerconsulairedanemark/home/syst%C3%A8me-des-retraites-au-danemark )

C’est dommage que cette délégation ait choisi dans son rapport le système suédois de retraite à points au lieu du système danois qui est un système de répartition, financé par l’impôt. Le système danois est fondé sur trois éléments : une retraite d’état pour tout le monde, indépendamment du nombre d’années travaillées ou pas – il suffit d’être résident au Danemark pour la toucher. Une retraite complémentaire professionnelle obligatoire, non soumise à l’impôt,  financée en commun par les cotisations des employeurs et des employés. Enfin une retraite privée par capitalisation, solution utilisée le plus fréquemment par des propriétaires de petites entreprises ou des commerçants qui ne sont pas salariés. En choisissant le système par points suédois, Macron s’est tiré une balle dans le pied. En réalité, c’est lui qui est responsable de se trouver confronté à des manifestations et des grèves dans l’ensemble de la France. Il n’a pas eu le courage de choisir un système fondamentalement différent mais plus juste dans son essence. On voit aujourd’hui dans Paris des pancartes de manifestants : « La Retraite, tu la veux à points ou saignante ? ». Ces manifestants avec leur humour ont compris les failles du système proposé.

Le système français est un système soit disant solidaire, c’est-à-dire que ce sont les cotisations de ceux qui travaillent qui financent les retraites de ceux qui ne travaillent plus. Il est clair que c’est un système fondamentalement injuste et absolument pas solidaire, puisque la proportion de ceux qui travaillent diminue constamment par rapport à celle de ceux qui atteignent l’âge de la retraite. Il y a un autre déséquilibre constaté dans tous les pays modernes, c’est que l’espérance de vie augmentant régulièrement le cout de la retraite s’accroit avec le temps. L’idée de parler de points, d’équilibre ou d’âge pivot est une notion entièrement capitaliste. Le système, n’est pas un système fermé et il n’a pas à être en équilibre, exactement comme l’éducation nationale n’a pas à être en équilibre ni même la santé. Dans une société comme la nôtre, la solidarité doit se faire entre ceux qui ont « de larges épaules » comme on dit au Danemark, c’est-à-dire ceux qui ont de gros revenus, qu’ils soient du travail ou bien hérités, et ceux qui sont plus démunis. S’il doit y avoir solidarité, c’est la société toute entière qui doit l’être, pas seulement ceux qui travaillent et ceux qui ne le font pas.

 Les gouvernements  précédents ont rencontré des difficultés équivalentes et ont dû abandonner leur projet. Certains en concluent que les Français non seulement sont ingouvernables mais qu’ils sont allergiques aux changements. En réalité l’erreur se trouve chez les gouvernants qui ne se rendent pas compte que des réformes globales sur notre façon de vivre ne peuvent pas se faire par un seul parti même s’il est majoritaire au parlement. C’est le système électoral français qui donne la majorité à un seul parti même s’il est soutenu par une minorité de la population. 25% c’est la base électorale réelle du président de la république actuel Emmanuel Macron.

Au Danemark, le système des retraites a été mis au point par les partenaires du marché du travail ensemble et il est de ce fait accepté par tout le monde. Les retraites, c’est comme les congés payés, la durée hebdomadaire du travail, ce sont les résultats des négociations entre les employeurs et les confédérations syndicales. En 48 ans au Danemark, je n’ai vécu que quatre grèves au moment du renouvellement des conventions collectives trisannuelles et la dernière fois, dans l’éducation, ce n’était pas une grève, c’était un « log out » où les communes qui sont les employeurs des personnels enseignants dans son ensemble ont renvoyé chez eux pendant 5 semaines la totalité des enseignants.

On dit en France, qu’il faut « simplifier » le système des retraites et uniformiser les 42 différents systèmes en un seul. Là aussi c’est une gageure.  Au Danemark, la retraite d’état est la même pour tout le monde, mais les retraites professionnelles sont différentes pas seulement dans les différentes branches mais également dans les différentes entreprises. Il y a des milliers de systèmes différents qui tiennent compte chacun des différences de pénibilité, de traditions et des résultats obtenus par négociation.  

Tant qu’on ne pourra pas « libérer le travail », c’est-à-dire laisser les partenaires du marché du travail s’entendre entre eux sans que le gouvernement ne s’en mêle, on ne résoudra pas les problèmes en France. C’est vrai, je l’avoue, cela suppose que tout le monde soit représenté dans les négociations et donc que tout le monde soit syndiqué comme dans les pays du Nord de l’Europe. Avec seulement 8% de syndiqués en France, les gens ne se sentent pas représentés et ils descendent dans la rue. La solution au problème, c’est l'appartenance obligatoire à un syndicat, comme il est obligatoire d’assurer sa voiture, il devrait être obligatoire d’assurer sa vie professionnelle par l’intermédiaire de représentants acceptés par tous. Au Danemark, le syndicalisme n’est pas obligatoire, mais fortement recommandé et 80% le sont parce qu’il y a des accords entre entreprises et syndicats de n’embaucher que des gens « organisés ». Un exemple à suivre ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.