L’Apres Covid: Faut-il faire une révolution ?

Le manifeste pour l’Ecosocialisme du parti de Gauche date de 2013, mais il est redevenu actuel pour toute réflexion sur le Monde d’après que les différents partis ont engagée. Il propose une action politique radicale d’aller à la racine des causes du problème de nos sociétés : Les inégalités flagrantes de classes causées par la façon dont les systèmes politiques et économiques sont construits.

Cette réflexion m’a été inspirée à la lecture du premier manifeste des Assises pour l’Ecosocialisme organisées par le Parti de Gauche en 2013. Une lecture enrichissante proposée par un co-candidat de notre liste le Cœur à Gauche qui représente plusieurs tendances de la gauche actuelle. Depuis près de cinquante ans vivant au Danemark, pays principalement marqué par la social-démocratie à la scandinave, je reconnaissais à ce pays le mérite d’une politique intelligente de redistribution des ressources basée sur un consensus des citoyens entre eux, même appartenant à différentes catégories sociales, ainsi qu’avec ceux qui les représentent au parlement danois, le Folketing. La crise du coronavirus n’a pas affecté cette situation. Au contraire, le Danemark a été un des pays à réagir le plus rapidement au développement de la pandémie, ce qui lui a permis non seulement de limiter les « dégâts » vis-à-vis de son système sanitaire, jamais menacé de surcharge, mais aussi de pouvoir commencer le déconfinement 3 – 4 semaines avant les autres « grands » pays européens comme la France.

Ce manifeste pour l’Ecosocialisme du parti de Gauche est d’après moi redevenu actuel pour toute réflexion sur le Monde d’après que les différents partis de la Gauche actuelle ont engagée. Il a le mérite avant de proposer une action politique radicale d’aller à la racine des causes du problème de nos sociétés : Les inégalités flagrantes de classes de la société causées par  la façon dont les systèmes politiques et économiques sont construits depuis plusieurs décennies. « Le renouveau du socialisme passe par le partage de la richesse et la démocratisation du pouvoir ».  Le Manifeste propose de reconstruire notre société à partir d’une relocalisation du système de production globalisé mondial et d’une transition écologique qui permettraient de transformer et de créer de nombreux emplois locaux dans tous les pays. Contrairement à ce que l’on pourrait penser ce manifeste n’est pas antieuropéen. Il propose seulement la construction d’une autre Europe sous le contrôle démocratique des peuples. Il parle d’une révolution citoyenne  qui en réalité est la suggestion d’un autre système démocratique basé sur une refonte des institutions incluant des scrutins à la proportionnelle [comme nous les connaissons en Scandinavie], la parité et le non cumul des mandats. Sur ce dernier point, je dois remarquer qu’il ne faut pas exiger le non cumul de tous les mandats, comme c’est devenu le cas actuellement depuis la dernière réforme administrative. Le fait que les députés pouvaient aussi être élus maire dans leur municipalité ne pouvait qu’être un avantage pour garantir que les décisions prises à l’Assemblée aient un lien réel avec la situation dans les territoires.

Faut-il faire une révolution ?

Le renouveau du socialisme proposé par le Parti de Gauche en 2013 ne s’envisageait pas sans un changement radical du rapport de forces entre d’un côté ceux qui possèdent les richesses accumulées fondées sur la production industrielle et les gains des valeurs financières, le capitalisme  et d’un autre côté les forces humaines qui travaillent pour toujours garantir plus de richesses aux mêmes. Une lutte des classes moderne  qui existe toujours au XXIème siècle. Un tel changement pourrait se faire par une remise totale en question du système de libéralisme et une lutte existentielle de la classe des travailleurs. Le problème de cette lutte, c’est qu’on ne peut plus parler d’une classe des travailleurs seulement mais qu’il faut parler de toute une catégorie de classes imbriquées les unes dans les autres. Il y a aussi les indépendants, les intermittents, les chômeurs, les étudiants sans revenu, les personnes sans ressources. Toutes les précarités et injustices. Mais ce qui reste, ce sont les inégalités qui se sont aggravées depuis des décades.

La révolution normalement se fait en deux parties, d’abord, on casse tout, on renverse la table et après on reconstruit, on invente une nouvelle façon de vivre. Dans la situation actuelle, on n’a pas besoin de tout « casser ». Le Coronavirus a fait ce travail pour nous. La société est à genoux, la production s’est arrêtée, la consommation exagérée aussi. Plus rien ne marche. Par contre les inégalités se sont aggravées. A la différence d’une révolution la crise actuelle nous a mis dans une position de défensive, ce n’est pas nous qui avons tout « cassé ». Mais il ne faut pas s’arrêter là et vouloir revenir en arrière. Il nous faut redevenir offensifs et s’attaquer aux problèmes fondamentaux de la société d’avant. La crise a révélé tous les défauts, les inégalités de notre société au point qu’il est impensable de reconstruire tout comme avant. C’est pourquoi cette envie de reconstruire différemment est apparue. C’est notre chance si on peut appeler cette crise une chance. Puisqu’on est d’accord de refaire les choses différemment, réfléchissons ensemble à reconstruire une société plus juste, plus égale, plus paritaire en « arrêtant l’exploitation de l’homme par l’homme, en prenant en compte les besoins humains et les limites de la planète ».

Le manifeste de 2013 critiquait la social-démocratie parce qu’elle préconisait "une redistribution de la richesse passant par une relance de la croissance et de la consommation matérielle". Mais la social-démocratie peut très bien se réinventer en préconisant toujours une redistribution de la richesse qui passerait par une relance d’une croissance de l’écologie sans accroitre les inégalités. Il faut se donner des buts ambitieux [c’est ce que fait le Danemark avec une réduction des gaz d’effet de serre de 70% en 2030] pour le climat. La croissance serait définie à ce moment-là pas en pourcentage de croissance du PIB, mais en pourcentage de réduction climatique chaque année.  Le projet éco socialiste du manifeste « réaffirme le rôle de l’état, de la collectivité et des services publics, indispensables pour planifier la rupture , construire une société émancipatrice et garantir l’égalité d’accès aux droits fondamentaux pour tous, partout. » Après ce qu’on a vécu à la suite de la crise sanitaire, qui ne serait pas d’accord avec un tel projet ? C’est vraiment devenu une nécessité.

Pour terminer. Le Manifeste préconisait une nouvelle synthèse politique à gauche. Il parlait d’un projet politique réalisant la synthèse d’une écologie anti capitalistique et d’un socialisme débarrassé des logiques du productivisme. Et de conclure qu’il permettrait la jonction des grands courants de la Gauche dans un nouveau paradigme politique. C’est l’occasion ou jamais de réaliser cette jonction en commençant dans toutes les parties de la Gauche à essayer de se comprendre et à réaliser un tel débat de principe en commençant par la base.

 

 

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