Le Pas de côté # 11 : D’aventure(s)

Plusieurs pratiques conjointes pour cette installation personnelle aux accents biographiques.

 

 

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Deux personnages sur supports de carton font face à la vitrine d’observation, chacun associé à des éléments naturels pauvres et arides. Le premier est relié par deux cordes — l’une à un arbuste émergeant de pierres sèches, l’autre à un groupe de branches entremêlées —, le second est relié de la même manière au socle-tronc d’un jeune arbre élancé vers le plafond, sa corde se prolonge ensuite jusqu’à une poignée de végétaux noués ensemble, jonchant le sol. Au pied du public, divers mots sont répandus en désordre (« terreur, amour, mort, mondial, simulacre, paysans, capital, sens, corps, société conviviale »…), à partir desquels se propage un réseau de chemins cahoteux composé de cartes géographiques. Sur les murs latéraux, des arabesques en cordelette se déploient émanant de plusieurs branches raides et massives, agrémentées de peintures découpées foliomorphiques [1] dans les tons des personnages.

 

 

Installation D'aventure(s), Luc Rigal, 2016 Installation D'aventure(s), Luc Rigal, 2016

 

 

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Texte d’accompagnement de l’exposition :

Quand on s’exprime par la peinture, on doit, disait Matisse, « se couper la langue ». Tout ce que je peux dire est donc insuffisant et seulement consécutif à cette particularité que les arts plastiques produisent en toute autonomie leur propre langage. Certes, l’artiste actuel tend à compenser la perte dramatique de son métier [2] par l’emprunt à la technoscience et aux moyens de la communication commerciale. Ce n’est pas une fatalité. Je fais fonctionner ma tête en relation avec ce que me disent mes doigts et mon corps, et parfois le résultat tel que je le comprends coïncide à un point que je n’espérais pas avec la sensibilité et l’interprétation personnelle de celui qui l’accueille. Le fruit d’un long travail d’apprentissage peut prendre une forme ultrarapide et se combiner avantageusement avec d’autres processus ; les entrecroisements d’évocations et de pratiques révèlent alors des perspectives inédites où le hasard joue sa part. Ici, le caractère « tragiloufoque » de ma peinture s’inclut dans une pluralité de manières de représentation : serpentins réticulaires en matière de cartes routières froissées s’extrayant d’un patchwork de mots d’actualité ; pierres et plantes du causse du Quercy dont l’étrangeté de la présence isolée se module en doublures des personnages ; cordelettes de lin parsemées de peintures découpées simulant les branchages de ces chênes qui nous entourent et qui par bien des aspects sont si proches de nous [3]… Mettre au jour la congruence de l’un et du pluriel invite à en repérer les répercussions dans le domaine social dont le pluralisme me paraît l’expression nécessaire. En me projetant dans cette diversité de formulations, j’ai tâché d’associer ma pratique et mon plaisir à l’éventail des émotions vécues et partagées que toute vie s’efforce d’augmenter, et qui m’enchante.

 

 

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Notes :

[1] Comparables à des feuilles.

[2] Je veux parler ici du sens et du savoir plastiques, non de la tradition académique.

[3] Les espèces de chênes caractéristiques de la région, nombreux et s’approchant de la taille humaine, se perpétuent dans des conditions de vie difficiles : chaleur intense, relief incommode, peu de terre, etc.

 

 

D’aventure(s), installation de Luc Rigal, galerie d’art autonome Le Pas de côté, 37 rue Saint-James/Louise Michel, Cahors. Du 15 mars au 31 mai 2016.

 

 

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