Orsay par Julian Schnabel

Le musée d’Orsay a proposé au peintre américain de présenter une confrontation d’œuvres appartenant aux collections avec des créations personnelles.

 

Julian Schnabel, 2018 © Musée d’Orsay/Sophie Crépy-Boegly Julian Schnabel, 2018 © Musée d’Orsay/Sophie Crépy-Boegly

 

J’aime les artistes modernes américains. Ils me reposent des justifications interminables des Français, ils étendent leur expression aussi loin qu’ils le peuvent, dans l’urgence. Schnabel est un de ceux-là. Dans l’exposition temporaire du musée d’Orsay, qui fait cohabiter des toiles et des sculptures de lui avec des œuvres tirées des collections, son amour de la création picturale et des peintres transparaît à chaque instant.

 

Van Gogh, « Portrait de l’artiste », 1889 © RMN - Grand Palais (musée d’Orsay) / DR Van Gogh, « Portrait de l’artiste », 1889 © RMN - Grand Palais (musée d’Orsay) / DR

 

 Extraits d’un entretien avec le scénariste et ami de J. Schnabel, Jean-Claude Carrière : « Quand on va chez lui [Julian Schnabel ], on voit que tout est en relation : le tableau qu’il a fait lui-même, sur le mur, avec la table qu’il a fabriquée lui-même, avec la chaise qu’il a faite lui-même, dans un lieu qu’il a lui-même conçu du début à la fin. Il a été l’architecte intégral de sa propre maison. Il y a tout un ensemble, de sorte que la peinture n’est pas, pour lui — qu’elle soit d’ailleurs la sienne ou celle d’un autre qu’il met chez lui —, un objet séparé. Ce n’est pas un objet qu’on isole du reste du monde. Tel a toujours été le sentiment que j’ai eu avec lui. Il en est de même quand il visite, quand il arrive dans un endroit : il voit la totalité.

[…] Je me suis retrouvé avec Julian et Van Gogh. À un moment donné — il y avait plusieurs autoportraits —, il m’a fait m’arrêter devant l’autoportrait du musée d’Orsay [voir ci-dessus], mais vraiment très très près, à disons vingt centimètres : il était d’un côté de Van Gogh, et moi de l’autre, et nous étions tous les trois dans un demi-mètre carré. Il a commencé à me parler technique, étrangement ; en n’essayant pas du tout de me parler du sentiment que le tableau pouvait dégager ou de Van Gogh lui-même. Mais de me dire : “Regarde, là, il a utilisé trois bleus. Là, c’est un bleu de Prusse ; là, c’est un cæruleum ; là, c’est un bleu marine. Il y a trois bleus différents et ce n’est pas pour rien.” Et il continue à m’expliquer qu’il y avait de petites lignes rouges qui encerclaient tout l’œil, et que l’on ne remarquait pas si on s’éloignait un petit peu. Il m’a fait me rapprocher. Ses remarques étaient d’une finesse et d’une précision qui ne détruisaient pas du tout l’émotion que dégageait le tableau, mais au contraire lui donnaient vie. C’est comme si van Gogh nous écoutait. Il me semblait entendre battre son cœur, l'entendre respirer à côté de nous et apprécier ce que disait de lui un autre peintre. J’avais quatre-vingt-deux ans, et n’aurais jamais pensé que j’aurais pu encore connaître une pareille émotion, à cet âge-là, devant un tableau. 

 

Julian Schnabel, « A little later », 1990 © galerie Gagosian Julian Schnabel, « A little later », 1990 © galerie Gagosian

 

[…] Un bon peintre comme Julian, qui est aussi un excellent cinéaste, est toujours à l’affût, non seulement du réel — c’est tout à fait normal —, mais de ce qui est au-delà du réel. Il a bien un œil d’avance sur nous. Il voit dans la réalité qui nous entoure des choses que nous ne voyons pas encore, que lui distingue vaguement, et qui demain nous seront familières. Il voit dans les œuvres d’art des parentés que les historiens de l’art ne voient pas, et que nous non plus nous ne voyons pas. Nous entrons dans son musée, et nous devons être sensibles à ces parentés. » (Jean-Claude Carrière, « Un œil d’avance », entretien avec Donatien Grau, Orsay par Julian Schnabel, catalogue de l’exposition, 2018, pp. 78, 80 et 82)

 

Julian Schnabel, « Exile », 1980 © Julian Schnabel Julian Schnabel, « Exile », 1980 © Julian Schnabel

 

 

Exposition Orsay vu par Julian Schnabel, musée d’Orsay, 1 rue de la légion d’honneur, 75007 Paris, jusqu’au 13 janvier 2019.

 

 

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