Lucas Alves Murillo
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Billet de blog 19 juil. 2018

Violence d'une époque

Les vidéos montrant Alexandre Benalla lors du 1er mai sont aujourd'hui connus de tous. Pourtant elles-ci sont disponibles sur internet depuis plusieurs mois. La polémique attendit d'apprendre l'identité du principal concerné avant de naître. Au final, c'est le fait de ne pas être policier et non sa violence qui le rattrape. Et c'est là, tout le problème.

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Les images tournent en boucle sur les chaînes d'information, sur les réseaux sociaux et sur tous les plateaux télé du 19 juillet. Sur ces images on peut voir Alexandre Benalla frapper violemment un manifestant lors du 1er Mai. Cet homme est un proche du président de la République. L'Elysée en réaction n'a fait que mettre à pied ce «conseiller» pour une durée de deux semaines. Les questions sont nombreuses : Quelle était la mission de Benalla en ce jour de Fête du Travail ? L'Elysée était-il au courant ? Quelle est la chaîne de commandement ? Les réactions sont diverses allant de l'extrême-gauche à l'extrême-droite. Mon interrogation est toute autre : Que nous dit cette affaire de la violence dans le contexte actuel de notre société ?

Le caractère légitime de la violence dans telle ou telle situation est difficile à établir. Le prêtre brésilien Hélder Pessoa Câmara a dressé une typologie de la violence. Celle-ci se décline sous trois aspects : « Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres ».

Alexandre Benalla n'est pas policier. Nous pouvons nous demander si dans le cas contraire, la vidéo eut été autant commentée. Il n'est pas risqué d'avancer que non. Ces vidéos et ces incidents sont nombreux. Le 1er mai fut particulièrement violent cette année. Comme si toute la tension politique jaillissait. Entre une gauche désunie et désabusée et un rouleau compresseur réformateur, deux entités qui avaient l'air de se rentrer dedans tels deux trains roulant à toute vitesse. Pour ce qui est de la répression de la violence, Pessoa Câmara disait à propos de sa typologie : « Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue ».

Alexandre Benalla, le 1er Mai 2018

Les réactions qui suivirent la révélation de cette affaire montrent bien une chose : la philosophie de la violence légitime dans les mains de l'Etat est parfaitement ancrée dans les pratiques et les esprits. Le nombre de policiers n'arborant pas de matricules (un matricule est un numéro qui est assigné à tout policier et qui permet son identification) est aussi une des données significatives mise en lumière par le « Benalla gate », car l'homme, passa inaperçu au milieu de ses collègues d'un jour. 

Tandis que la droite utilise cette polémique pour attaquer le président de la République, que pour veiller à la bienséance républicaine, la France Insoumise, de son côté, rappelle qu'elle fut une des voix dénonçant les violences ayant cours dans les manifestations et pointe du doigt les incohérences qui entourent la révélation de l'affaire. L'extrême-droite a réagit, pour sa part, de manière timide. Le porte-parole du Rassemblement National, Julien Sanchez, y alla bien de sa petite phrase, mais au final, pas grand chose. Ce mutisme peut s'expliquer sur le plan idéologique. Comment condamner cet homme pour ses méfaits sans attaquer indirectement la Police française ? Nous étions en droit d'attendre de la part de la droite et de l'extrême-droite à un peu de fantaisie, en évoquant par exemple une cinquième colonne ou un bureau noir à l'Elysée, deux grands classiques.

Alexandre Benalla est le visage d'une époque. Une époque qui s'interroge sur ses libertés et sur son rapport à la sécurité. Il représente une certaine idée de la politique qu'incarne le ministre de l'intérieur, Gérard Collomb. Preuve en est, syndicats policiers, fonctionnaires et autres ministres commencent à se renvoyer la faute. Comme un déni face à leur propre miroir. Enfin et surtout, ce visage dévoile un état de fait : la violence qui se banalise dans toute manifestation et peut-être une certaine porosité entre pouvoirs et par extension, entre fonctions dans la République.

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