Lucas Alves Murillo
Rédacteur en chef adjoint du site Le Corner et collaborateur de RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France. Tout ceci après une formation académique en histoire et deux années de recherche sur le sport colonial français.
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Billet de blog 20 mai 2019

La petite chanson de l'apolitisme

Ce samedi s'est déroulé le concours de l'Eurovision dans la ville israélienne de Tel-Aviv. Le lieu du déroulement de cette édition 2019, le choix du candidat français (Bilal Hassani) et la prise de position des candidats islandais en faveur de la Palestine, par l'agitation de drapeaux, ont déclenchés de vives et habituelles polémiques autour d'un concours censé être « apolitique ».

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La séquence est très rapide mais frappante. Lors de la remise des « points du public », les membres du groupe Hatari, représentant l'Islande, déploient des drapeaux aux couleurs de la Palestine. Le public hue ce geste, les présentateurs, gênés, le condamnent. Certains voyaient en ce geste, la remise en cause du sanctuaire de l'apolitisme que devrait incarner le concours de l'Eurovision. Un caractère apolitique qui, supposons, garantirait une compétition saine et les échanges culturels entre différentes nations. Des échanges s'effectuant à travers le chant.

Pourtant, ce geste de solidarité rappelle en premier lieu les doutes qui entourèrent la participation de l'Islande à cette édition 2019 de l'Eurovision. En effet, une pétition demandant le boycott du concours trouva un certain écho sur l'île puisque celle-ci fut signée par plus de 20 000 islandais. Rappelons que la population insulaire ne s'élève qu'à 350 000 habitants. Dans d'autres pays européens, des partis politiques ont également appelés au boycott (Suède, Royaume-Uni, etc.) de cette édition se déroulant en Israël. On peut par exemple citer différentes personnalités du Sinn Féin (Irlande) dont les déclarations allèrent en ce sens. La chansonnette de l'apolitisme subissait, déjà, quelques perturbations.

Si l'on se contente de regarder le contexte franco-français, comment croire à un apolitisme crédible pour une cérémonie internationale ? Lorsque le choix de Bilal Hassani fut évoqué, certains ressuscitèrent d'anciens tweets du jeune homme ou il critiquait l'Etat d'Israël. Celui-ci avait dû s'expliquer afin de ne pas compromettre ses chances de participer au concours de l'Eurovision. Une situation qui rappelle celle de Mennel Ibtissem, éphémère candidate de The Voice sur TF1. Comment prétendre à l'apolitisme alors qu'un maccarthysme 2.0 a pignon sur rue ? Bilal Hassani fut, de plus, victime d'un harcèlement certain à cause de son homosexualité. Le concours de l'Eurovision s'est illustré ces dernières années comme un porte-voix exceptionnel concernant les minorités sexuelles et leur acceptation par la société. Voilà un rôle honorable dont peut se targuer ce concours. Un rôle purement politique car militant ?

Avec ces différentes rappels, nous pouvons aisément accepter la chose suivante : l'apolitisme est simplement une posture politique parmi d'autres. Le premier est utilisé pour contenir les débats et problématiques qui sont portés par le second. Si nous mettons de côté toute polémique, l'attribution même des points lors du concours prouve bien que la question politique ne peut se défaire des esprits. La chose est connue, les votes sont bien souvent le fruit d'une réflexion géopolitique, plutôt qu'artistique. Les 12 points accordés par Chypre à son voisin grec, qui sont un exemple parmi d'autres, montrent bien qu'une simple chanson porte bien plus qu'un refrain et une performance.

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