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Billet de blog 9 mars 2022

Stimming : saisir l'effondrement

Les gestes répétitifs et régulateurs des personnes autistes - que la médecine qualifie de stéréotypies - sont identifiés par les militant.e.s de la neurodiversité comme du "stimming". Et si ce "stimming" avait plus de choses à raconter qu'une simple histoire de régulation, et qu'il racontait un savoir-faire, un savoir-faire en contexte d'effondrement sensoriel ?

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Stimming : saisir l'effondrement 

Le savoir-faire est un jeu. C’est un jeu simple car il se joue avec 10 doigts. C’est un jeu complexe car ses combinaisons sont infinies. 10 segments et une infinité d’échelles : nos mains ne sont pas des organes, ce sont des mises en abîme. Avant de regarder comment jouer à ce jeu à 10 doigts, voyons ce à quoi le savoir-faire ne joue pas.   

Le savoir-faire est le contraire de l’idéologie. C’est le contraire des idées souveraines qui nous contraignent à agir. C’est aussi le contraire du mode d’emploi, dont le nombre de pièces et le nombre de résultats possibles sont connus d’avance. Le savoir-faire est un savoir-faire-avec un nombre non fini de pièces et un nombre non fini de résultats, et dont le nombre et la nature changent à chaque coup. 

Aujourd’hui, face à l’effondrement de nos structures socio-économiques, deux portraits de l’avenir semblent se présenter à nous. Tous deux récusent, en apparence, la possibilité du savoir-faire : entre un défaitisme technologique et un défaitisme naturaliste, entre un réseau d’acteurs étatiques et financiers manipulant dans l’ombre un jeu dont nous sommes éliminés par avance et une nature reprenant irrévocablement ses droits sur le vivant humain, aucun ajustement ne semble possible. Les deux solutions reproduisent l’idée qu'existeraient, à un endroit, que ce soit dans une nature toute-puissante ou une société toute-puissante, des jeux de forces automatisés, qui nous enlèvent toute capacité d’agir, c’est-à-dire toute capacité de jouer un coup de plus.

Il ne s’agit pas ici de prononcer la venue d’un monde d’après, qui prendrait lui aussi la forme d’un mode d’emploi, édictant ce qu’il faut faire. La question du falloir-faire semble, en effet, opposée à la question du savoir-faire. Savoir-faire c’est d’une part refuser de répondre à la question du falloir-faire en montrant qu’il y a toujours déjà quelque chose en train de se faire : des rencontres organiques et des effets sensoriels, des amitiés et des responsabilités, des montages politiques et des soulèvements, des habitations et des ZAD etc. C’est d’autre part, savoir limiter l’emploi de certains outils théoriques (l'humanisme, le capitalisme, et tout autre mot en -isme) et pratiques (de l’acte de communication ordinaire à l’exercice du vote) qui nous font regarder, de loin, sans y toucher, ce qui est déjà en train de se faire.

Ces outils théoriques et pratiques qui nous permettent de jouer le jeu de l’humain(-isme) ne sont pas dépourvus d’intérêts : les appareils juridiques sont bien utiles pour lutter à grande échelle contre des désastres de proximité, intoxication au glyphosate, guerres de territoires et de ressources, et les crimes contre l’humanité. Néanmoins, ces outils placent le corps humain dans un processus ambivalent : il peut créer des disjonctions, des sorties de la sphère consumériste par l’utilisation du langage verbal et non verbal traçant d’autres frontières entre l’humain et non-humain, nous indiquant une autre voie à suivre, ou bien il peut répéter les mêmes images et les mêmes cadres d’analyse, offrir des artefacts de puissances-d’agir, des sensations éphémères de contrôle sur notre environnement, générer des spectres insaisissables. 

Mais il ne s’agit pas non plus de laisser-faire, de regarder le monde en train de se faire dans une distance contemplative. Ce savoir-faire est corporel en tant qu’il a pour objet, non pas un artefact à créer de la main de l’humain, mais la main elle-même, et l’équipement biologique et technique qui la crée. 

Dès lors, ce savoir-faire ne vise pas à construire quelque chose mais à maintenir notre capacité à nous insérer dans une construction en train de se faire. Il vise à démanteler les structures perceptives et conceptuelles qui reproduisent une séparation optimiste ou catastrophiste, mais toujours propre et nette, entre moi et le monde, entre ma main et ce qui est à sa portée. Les militants queer et féministes ont un terme pour cette opération de démantèlement actif de ces structures qui est aussi une libération de la puissance d’agir de nos corps : le désapprentissage. Le désapprentissage n’a pas à être un projet, il est déjà en train de se faire. La question est plutôt de savoir : comment éviter que le démantèlement ne contourne l’endroit du corps humain, de sa motricité, de son emprise – comment faire pour que l’effondrement vécu soit un démantèlement actif ?

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Timothy Morton nous avertissait : la raison pour laquelle nous ne nous mobilisons pas pour certains enjeux est moins de l’ordre de la compréhension que de l’ordre de la préhension, de la prise, de la saisie (1). Lorsqu’un objet tombe nous le rattrapons parce que nous savons quoi faire de nos dix doigts, ou plutôt parce que nos dix doigts savent quoi faire avec cet objet. L’effondrement, quant à lui, est un hyperobjet. Contrairement à un objet classique, observable et mesurable, celui-ci agit dans des proportions infiniment plus grandes, sur nos systèmes macro-économique, financiers, géologiques, sur nos réseaux de socialités, nos croyances, nos lois et nos instruments de mesure, mais aussi de façon infiniment plus petite, sur notre perception du temps et de l’espace, sur notre sens de la responsabilité individuelle, sur notre faculté de percevoir, d’évaluer, d’opérer des choix. Nous le comprenons, mais il glisse entre nos doigts. 

De nombreux efforts sont perpétrés pour rendre perceptible les aspects microscopiques et gigascopiques des hyperobjets, pour les médiatiser, leur donner une figure picturale, une image télévisuelle, et un son radiophonique, pour les traduire dans la langue manuelle des corps humains. Il s’agit de découper des séquences, de tracer des frises chronologiques, d’extraire des carottes glaciaires, d’échantillonner des données massives pour lier l’activité de minuscules agents (microparticule de plastique) à de gigantesques conséquences (disparition des écosystèmes). Néanmoins trop peu d’efforts sont entrepris pour rendre perceptible l’aspect macroscopique des hyperobjets : le fait que l’interdépendance entre les vivants humains et non humains, l’apparition de médiateurs viraux, tectoniques et plastiques entre les humains n’engendrent pas seulement des reconfigurations technologiques et logistiques mais aussi une reconfiguration linguistique et logique entre les humains eux-mêmes. De façon très concrète, nous ne savons pas comment prendre en main les conséquences de l’effondrement sur nos corps. 

Ainsi pouvons-nous ajouter à la suite de Timothy Morton que l’hyperobjet n’est pas seulement infiniment grand ou infiniment petit mais qu’il est infiniment à taille humaine. Il est aussi le nez au milieu de la figure, ces figures de l’interdépendance, de la vulnérabilité. Cette solidarité est première car « la solidarité est la structure même du vivant » nous dit Timothy Morton, mais nous pouvons ajouter que la solidarité est en phase de remplacer l’individualité dans la structure de base du vivant humain. 

Nous sommes, en effet, déjà en train d’occuper une place sur le spectre de l'interdépendance. Les dégradations environnementales engendrent des situations de précarité sans précédent mais aussi de nouvelles amitiés. Il s’agit maintenant de voir ce que nous pouvons apprendre de celles et ceux qui l’occupent et qui s’y organisent politiquement depuis plusieurs décennies. Il est possible que face à l’effet conjoint de la surproduction d’information des niveaux micro et giga des hyperobjets et de l’absence relative de la question des différences sensorielles et cognitives, que le corps humain et l’outil de son emprise, que la main elle-même, soient devenus des éléments insaisissables, étrangement distants, des hyperobjets de notre écologie. Le premier geste de ce jeu à 10 doigts est celui d’une main tendue à ces jeux de mains qui se combinent différemment.

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Un été 1996, quelque part sur terre, s’organise Autscape : la première retraite-séminaire intégralement organisée par des personnes autistes. Ces séminaires comportaient des présentations de recherches sur l’autisme, des groupes de parole concernant les situations d’exclusion sociale et d’enfermement vécues par les personnes psychiatrisées, et de nombreux ateliers : ateliers de sensibilisation à la différence de communication pour les non-autistes présents, ateliers de scénarios sociaux pour aider les personnes autistes à la socialité entre humains. Ces rencontres posent les bases d’un mouvement de justice sociale que l’on nommera plus tard « neurodiversité »(2). Néanmoins Autscape n’est pas uniquement un lieu où la parole des autistes est libérée, c’est aussi un espace permettant l’expression du corps autiste.

Le règlement intérieur de l'événement Autscape mentionne le principe suivant :

“Le stimming (les mouvements répétitifs), l’écholalie, la distractibilité, les différences ou altérations de compétences conversationnelles, le langage corporel atypique, et les persévérations (obsession), pour nommer quelques possibilités, sont attendues et acceptées comme éléments à parts entières d’une conférence autiste.”(3)

Le stimming est un mouvement répétitif, souvent matérialisé par l’agitation des mains. Même lorsqu’il est inoffensif, ce mouvement est éliminé par les modèles éducatifs destinés aux personnes autistes et par les thérapies comportementales. Pourtant ce mouvement ne sert pas uniquement à réguler le stress de la personne, à éviter ce que les autistes nomment littéralement effondrement (meltdown) : les personnes autistes le revendiquent comme une façon de communiquer à part entière, comme la description d’une séquence particulière d’éléments sémantiques dont la compréhension n’est pas séparée du fonctionnement neurologique normal du corps humain. 

La revendication du stimming n’est ainsi pas seulement un combat pour l’émancipation des personnes autistes, c’est une précaution garantissant que les mouvements du corps et de la main notamment ne soient pas soumis à une seule idéologie, celle du symptôme, à guérir ou éliminer. Ce combat est celui que l’activiste autiste et trans Rémi Yergeau nomme le combat des « énoncés sensoriels » et ce combat se passera en plusieurs sens : le démantèlement des énoncés idéologiques (pathologiques, biologiques, etc.) autour du corps différent, et l’apparition d’une nouvelle science des énoncés sensoriels, comme un bricolage entre les théories de l’effondrement, les figures de l’entraide et les gestes physiques et linguistiques de la neurodiversité. 

Rémi Yergeau et son équipe esquissent un tel bricolage théorique autour stimming. Plutôt que d'utiliser un vocabulaire médical, ils utilisent un vocabulaire ludique et politique, à travers l’image du fractal (4). Le fractal est une figure géométrique paradoxale : c’est une figure apparemment finie mais dont les motifs se répètent à l’infini. C’est une figure dont les niveaux inférieurs démantèlent l’ordre des niveaux supérieurs. Ce n’est pas une figure effondrée, chaotique, mais une figure d’un démantèlement continu. À l’instar du stimming, c’est une figure du soulèvement et de la prolifération des liens. C’est une figure qui fait plonger la main dans ses propres abîmes. 

Si l’on veut se saisir d’un monde dont non seulement le système s’effondre mais dont les outils d’organisation logique, la systématisation, la classification s’effondrent elles aussi, il ne suffit pas de garder le fractal en tête, de se répéter sa logique, encore faut-il appuyer les lignes qu’il trace à même nos mains. Encore faut-il trouver le nez au milieu de notre figure, ou la main devant nos yeux. Regarder ce qui en soi ou autour de soi stim, s’effondre, se reprend ; regarder cette main qui ne peut s’empêcher de toucher un écran, de serrer un corps, de tenir, et de se tenir comme si la stabilité du monde en dépendait. Sentir le monde s’effondrer lorsqu’on ne sait pas quoi faire de ses mains, c’est tracer la première ligne de l’immense fractale du démantèlement. Ce changement d’énoncé sensoriel sur notre propre main est un point de départ nécessaire mais bien insuffisant. Il nous rapproche néanmoins, à toute vitesse quoique du bout des doigts, des autistes. Il nous rapproche de celles et ceux que les jeux du monde ont exclus bien avant les autres. Ces amitiés nouvelles indiquent l’ordre du démantèlement : la chaîne de production qui part de l’exclusion sociale des personnes autistes au fatalisme des flux financiers et de la technocratie, à l’élimination de notre savoir-faire. 

Certains trouveront étonnant que le mot de « handicap » n’ait pas été écrit jusqu’à présent. Sans pour autant nier la réalité sociale et technique du handicap, il semble plus que nécessaire de repenser la séparation entre handicap et non handicap à l’aune d’une mise en commun des jeux de mains et du stimming. Nous sommes, en effet, amenés à devoir faire-avec les comportements inhabituels des éléments non humains (hyperobjet incontrôlable, machine climatique déréglée) mais aussi faire-avec les manifestations atypiques des éléments humains, et à s’allier avec eux dans le démantèlement des normes des corps.

Si l’on continue à interpréter la différence neurologique en des termes de déficience, c’est-à-dire, à ranger les différences dans des lieux à géométrie finie, hôpitaux, cliniques et centres, à cacher nos mains agitées ou tendues sous la table des normes sociales, nous ne nous exposons pas uniquement à des difficultés logistiques liées à l’augmentation de ces différences en population générale : nous limitons notre savoir-faire dans un contexte de sensations fugaces, de cohabitations complexes et d’effondrement. Or il semble que ce savoir-faire de la régulation sensorielle, de l’articulation de nouveaux énoncés sensoriels, soit le plus à même d’éviter qu’en s’effondrant, le monde ne glisse entre nos doigts. Il est possible que la neurodiversité, ses dix doigts et ses amitiés, puisse nous enseigner les paradoxes de cette nouvelle géométrie sociale, le désapprentissage des fonctions de notre main et de ce que l’on en fait. On sait ce qu’il reste à faire. 

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(1) Les notions d’hyperobjet et de solidarité sont tirées de Morton T (2010) The ecological thought. Harvard Press & Morton T (2017) Humankind : solidarity with non-human people. Versobook.

(2) Singer J (2017) Neurodiversity : the birth of an idea. Amazon publishing

(3) Buckl K-L (2995) Autscape 2005 information pack. http:// www.autscape.org/2005/infopack.doc.

(4) Maier S, Hsu V-jo, V Cedillo C, & M. Yergeau R (2021) GET THE FRAC IN! Or, The Fractal Many-Festo: A(Trans)(Cript), peito vol 22, 2020.

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Lucas Fritz, doctorant en sciences de la communication et sociologie, membre de CLE Autistes.

Cet article a été originellement publié dans la version papier du numéro #1 de la revue Polymorphe

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