Afin de calculer ce risque, je réalise l'hypothèse suivante :

  • Tous les réacteurs du monde et à tout âge ont la même probabilité par unité de temps de se retrouver en situation d'accident majeur.

Le temps de service des réacteurs nucléaires s'élève jusqu'à présent à environ 17100 réacteur-an, d'après des données extraites du site de la World Nuclear Association. Le nombre d'accidents "majeur" (au sens de l'Échelle Internationale des Événements Nucléaires) est de 2, pour 4 réacteurs impactés (1 à Tchernobyl, et 3 à Fukushima). Cela donne donc, par une simple division, une estimation de la probabilité d'accident de 0,023 % par réacteur et par an.

Quelle est, sur la base de ce résultat, la probabilité que nous connaissions un accident majeur en France, d'ici 2050, dans les conditions actuelles ? Sachant que le nombre de réacteurs en service est de 58, et en supposant donc qu'il reste inchangé, une loi de Poisson donne une probabilité d'environ 36 %. Cette probabilité est considérable : il y aurait plus d'une "chance" sur trois que se produise un Tchernobyl ou un Fukushima à la française d'ici 2050 si la taille du parc demeure constante.

Cependant, il se pourrait que jusqu'à présent, nous ayons été chanceux, ou malchanceux, du fait de fluctuations statistiques. Afin d'en tenir compte, on peut évaluer la "zone de confiance à 95 %", c'est-à-dire, dans le cas présent, l'intervalle dans lequel le nombre de réacteurs en état d'accident majeur a 95 % de chance de se trouver pour une durée d'opération de 17100 réacteur-an, si la probabilité de 0,023 % par réacteur et par an était exacte. Tout calcul fait, cet intervalle est compris entre 1 et 10 (sachant que la valeur observée est 4). Dès lors, la zone de confiance à 95 % de la probabilité qu'un accident majeur se produise en France, est comprise entre 11 % et 68 %.

L'estimation empirique souffre donc de limitations statistiques intrinsèques, du fait de la rareté des événements. Mais quoi qu'il en soit, elle prédit des risques d'accident considérables. Une probabilité aussi basse qu'un pourcent serait inacceptable pour la plupart des gens.

Il n'y donc plus qu'à espérer que l'expérience acquise après chaque accident a permis de réduire considérablement le risque que d'autres se reproduisent par la suite.

 

 

 

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