De l'amour, pour une écologie des relations

Dans tous mes textes, dans toutes mes créations, dans toutes mes pensées, il n’est jamais question, en fin de compte, que d’amour. Quand je dis amour, je ne sépare pas l’amour de la nature de l’amour tout court, pour moi c’est une seule et même chose.

 © Lucile Longre © Lucile Longre

 

De l’amour, pour une écologie des relations.

 

Dans tous mes textes, dans toutes mes créations, dans toutes mes pensées, il n’est jamais question, en fin de compte, que d’amour. Quand je dis amour, je ne sépare pas l’amour de la nature de l’amour tout court, pour moi c’est une seule et même chose.

 

J’ai retenu cette leçon de la poésie persane, il n’y a pas, d’un côté, l’amour de la nature et, de l’autre, l’amour que l’on éprouve pour une personne, pour moi c’est indissociable, et je trouve que l’on ne devrait jamais s’adresser à une rose que comme l’on s’adresse à l’être aimé.

 

Lorsque je pense à quelqu’un que j’aime d’amour, les premières images qui me viennent, les premiers mots et métaphores qui me vienne pour exprimer ce que je ressens pour lui, ce sont des images en rapport avec la nature, qu’il s’agisse du monde végétal, animal ou bien des éléments terrestres. J’ai beaucoup de mal à m’intéresser, dans tout ce que je fais, lis, ou entreprend, à tout ce qui ne se rapporte pas, de près ou de loin, au monde naturel. Toutes mes actions et toutes créations, toutes mes pensées ne sont, en fait, qu’un cri d’amour adressé à toute cette nature qui nous environne, et dans laquelle je me sens baignée constamment.

Je ne cesse jamais, quoi que je fasse, d’interagir avec les éléments naturels, et de leur témoigner les sentiments que j’éprouve pour eux, comme j’adresse des mots d’amour à la personne que j’aime, pour moi c’est une seule et même chose. Je ne saurais envisager un monde où ces deux choses seraient définitivement séparées, car, pour ma part, j’envisage l’amour comme une écologie des relations plutôt que comme un phénomène qui ne concernerait exclusivement que des humains.

 

Les relations que je peux avoir avec un animal, une plante, un arbre, ou bien un élément naturel, pour moi ne sont pas forcément différentes de celles que je peux avoir avec une personne humaine et ne sont pas moins authentiques. J’éprouve vraiment des sentiments profonds pour certains animaux, comme le loup, ou bien pour les arbres, ou encore pour le soleil ou la lune, et je ne saurais vivre dans un monde qui serait dépourvu de chants d’oiseaux, de même que je ne saurais continuer mon existence sans penser à l’être aimé et sans lui témoigner mon profond attachement pour lui.

J’envisage toutes ces relations et toutes ces différentes sortes d’affections que j’éprouve plutôt comme un continuum, que comme des choses soigneusement différenciées et compartimentées, c’est une façon d’être, une façon de respirer, une façon d’être au monde qui, pour moi, ne saurait être autrement, et sans lesquelles ma vie n’aurait plus aucun sens, ni plus aucun intérêt.

 

Cette écologie des relations qui est ma façon d’interagir et d’être avec le monde, cet amour que j’éprouve pour tout ce qui vit et tout ce qui ne vit pas, je souhaiterai qu’il soit le plus largement partagé possible. J’aimerai que les êtres humains, dans leur ensemble, apprennent qu’ils ne sont pas les maîtres et possesseurs de nature, mais qu’ils en sont bien partie intégrante et qu’ils ont à apprendre interagir et à dialoguer avec chacun des éléments qui composent ce monde naturel, à avoir des relations plus saines et plus d’égal à égal avec tout ce qui les environnent. L’homme n’est pas un être à part, mais il fait partie de la nature, comme la nature fait partie de lui, et il doit l’aimer et la chérir comme il chérit l’être dont il est épris. Il n’y a pas d’un côté l’amour humain et de l’autre, les sentiments que l’on peut ressentir pour ce qui nous entoure, c’est un seul et même amour qui nous baigne tous, humains comme non- humains, et c‘est la même la seule chose que nous devrions savoir.

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