le messager des dieux

Du rouge-gorge comme messager des dieux et maître des choses cachées et secrètes.

le messager des dieux © Lucile Longre

 

C’était une fin d’automne, la journée, qui avait été assez nuageuse, se terminait doucement. Le soir descendait lentement, sur la colline d’en face, et commençait de teinter le ciel d’or, tout était calme et tranquille.

Et c’est alors que, s’élevant dans le silence de ce jour finissant, je l’entendis, puissant et mélodieux, et ce fut  tout d’un coup comme si cette soirée prenait un autre visage, une autre apparence, comme si le voile de ce que je croyais être la réalité se déchirait, et que le monde se transformait sous mes yeux pour devenir étrange et mystérieux.

 

La beauté de ce chant d’oiseau me frappa soudain au cœur et ce n’était plus seulement une mélodie de rouge-gorge que j’écoutais, c’était le chant de la nature, le chant de la vie elle-même qui s’exprimait par l’intermédiaire de ce petit passereau. Le son s’élevait dans le ciel, radieux et sublime, et mon cœur s’élevait avec lui dans les cieux, je n’étais plus seulement limitée à ma propre existence mais j’embrassais celle de tous les humains, celle de tout ce qui vit et ne vit pas, je flottais dans les airs, portée par cette mélodie digne des dieux.

 

Une porte s’ouvrit en moi, et je vis tout d’un coup le voile de la réalité se déchirer, et j’aperçus enfin ce qui est en général caché aux yeux des hommes, j’aperçus le monde des fées et des enchantements qui attendait là, patiemment, que mon regard et mon âme puissent enfin les voir.

 

Et le chant du rouge-gorge m’apparût alors pour ce qu’il était en fait, un messager, un passeur, une espèce d’Hermès Trismegiste, chargé de révéler aux humains la parole des dieux et de leur ouvrir la porte du monde divin. En effet, le rouge-gorge, sous ses apparences d’oiseau ordinaire, était fée et son chant portait la parole de l’au-delà du miroir, de l’au- delà de l’existence quotidienne, qui était l’ordinaire des hommes. Par la grâce de sa mélodie, ce petit passereau révélait enfin sa vraie nature, celle d’un messager des Dieux, celle d’un initié aux mystères des choses, versé dans la science des matières occultes et qui possédait le secret de la vie elle-même.

 

Et c’est ainsi que, dans le soir finissant, j’entrais, par la magie de ce chant d’oiseau, dans le monde des songes et des enchantements.

 

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